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Réflexions

La chasse pour améliorer la biodiversité ?

Mercredi 22 Juillet 2009

 

Je ne suis pas contre la chasse raisonnée, ni contre certaines régulations à des niveaux locaux, après une estimation correcte des populations animales qui y séjournent.

On a voulu réguler le renard: le blaireau fut quasi éradiqué...

"Gaia contre la biodiversité" (S.B. du 19 juin). Comment peut-on écrire de telles contre-vérités? Je vais me faire l'avocat de la rigueur du propos!

Depuis des temps immémoriaux, les chats vivent dans le voisinage de l'homme et on ne parlait pas de perte de la biodiversité. Les harets, ou les chats domestiques, ne sont pas la cause de la disparition de la biodiversité dans nos régions.

Pression humaine, gestion anarchique des paysages, nouvelles pratiques agricoles, urbanisation immodérée, modifications climatiques en sont les vraies causes!

Une erreur

Il est vrai que Gaia a commis une énorme erreur en faisant interdire l'euthanasie des chatons à domicile via le retrait du chloroforme des pharmacies. Le coût d'une euthanasie chez le vétérinaire rebute pas mal de détenteurs de chats. Il aurait suffi d'expliquer comment procéder pour ne pas brûler les poumons des chatons avant qu'ils s'endorment et ainsi ne pas causer de souffrances inutiles.

Revenons aux chats harets: l'hybridation a toujours existé et ce n'est pas la cause de la disparition, la preuve, c'est que le chat sauvage reconquiert des territoires chez nous.

Je me demande quelles sont les chances d'un chat haret malingre ou d'un matou domestique de conquérir une chatte sauvage. L'inverse me semble plus plausible!

Le chat sauvage, encore un animal que les chasseurs ont voulu réguler parce qu'il détruisait les couvées ou les nichées! Quant aux petits mammifères, les chats harets jouent un rôle dans le contrôle des rongeurs et ils limitent, notamment, la transmission de l'hantavirose .

La nature complexe...

Les chasseurs ont voulu réguler les mordants. Encore un peu, ils disparaissaient de nos paysages.

On a voulu réguler le renard: le blaireau fut quasi éradiqué! La loutre nous a presque délaissés, victime de tirs intempestifs, de chasseurs amateurs de pêche.

La chasse a voulu aussi contrôler les corvidés, et même l'écureuil, car ils déplaisent en tant que dénicheurs. Dans nos contrées, le loup, le lynx et le castor furent sans doute exterminés par les soins de chasseurs!

A un certain moment, ce fut le nettoyage parmi les rapaces.

A présent, certains voudraient contrôler les ramiers ou les oies sauvages invasives.

Après cela, être défenseurs de la biodiversité, ben voyons!

Il faut aussi cesser de citer de grandes études, d'en reproduire les conclusions et de les généraliser: la plupart du temps, les conditions des observations, les sites étudiés, les régions n'ont rien de commun avec nos superficies encore sauvages ni par la taille, ni par les conditions écologiques ni climatiques !

Projets pour améliorer la biodiversité

Aux deux derniers colloques du St-Hubert club sur la gestion des espaces sauvages, force m'est de constater que, comme régulateurs, les chasseurs ne parviennent pas à réguler les populations de gibier, problèmes aussi bien avec les grands cervidés que les sangliers. Malgré les plans de tir, la pression sur les cultures ne diminue guère; on n'a même pas des populations saines équilibrées en âge ou en sexes, ou un rapport rationnel têtes/ha!

Même le lapin que l'on tenta de maîtriser avec la myxomatose a failli ne jamais s'en remettre!

Malgré les conseillers privés du public, rien ne s'améliore !

Certains entretiennent des densités qui détruisent allègrement les repeuplements forestiers ou des plantations à mi-croissance, quand ce ne sont pas des vieux peuplements bles- sés, à la valeur commerciale réduite. La pression sur les cultures a été accrue, perturbant même les abords des agglomérations urbaines. Des plantes rares se sont encore davantage raréfiées et même les myrtilliers sont nanifiés sous la pression d'abroutement dans les forêts de l'Est de la Belgique.

Pire, certains chasseurs pratiquent l'ostracisme envers toutes espèces non consommables! D'autres souhaitent la restauration de la pratique du déterrage aux chiens ou aux mordants...

Lors du dernier colloque du St- Hubert Club, après l'échec avoué des pratiques du nourrissage qui a généré surpopulation, épidémies et parasitisme, voici l'aveu que les nouveaux gagnages intensifs ne diminuent pas la pression du grand gibier sur les cultures!

Par contre, ces gagnages, artificiels, je le souligne, perturbent les équilibres floristiques et faunistiques sur des hectares. De l'aveu même de chefs de cantonnement, l'effet dissuasif de ces nouveaux gagnages est vain.

A Mochamps

Le projet Life Cervidés à Mochamps fut analysé durant ce colloque. Tout fut abattu en 2004 sur une grande travée de plus de 5 km de long sur quasi 1 km de large!

Je fréquente Mochamps depuis 1985, y observant faune et flore. Depuis 2004, j'avais noté quelques impressions sans qu'elles soient étayées par une quelconque analyse statistique.

Les initiateurs du projet ont avoué qu'il n'y avait guère de mouvements vers ces nouveaux espaces dénudés mais que le gibier continuait à se retirer dans les gagnages traditionnels ou les coupes à blanc à la végétation tendre et variée, et loin des regards!

Pour la biodiversité, dans leur tableau de chiffres, les observateurs ont fait des relevés systématiques; ils parvenaient au même constat que le mien, pourtant seulement visuel.

C'est un laps de temps trop court pour prévoir l'évolution d'un tel projet. Peut-être verra-t-on de nouvelles espèces coloniser le site, d'autres y revenir? Mais ce site me semble perturbé pour un bon bout de temps.

Comme amélioration de la diversité, ce projet Life de trop grande ampleur est, dans un premier temps, une hécatombe pour diverses espèces tant oiseaux qu'insectes, même protégés, que je voyais autrefois lors des coupes traditionnelles. Leur population a fortement chuté.

Un morceau de choix en matière de conservation de la Nature par les chasseurs, l'affluent du Hoyoux appelé l'Ossogne coulait dans une vallée paisible près de Pailhe. Le ruisseau a été canalisé et la vallée nivelée pour en faire un étang à canard, tir aux clays vivant!

La vigilance des habitants des alentours l'a rendu illégal et on espère un retour à l'état antérieur!

J'avais constaté aussi la mise à sac d'une belle cariçaie, une des plus variées, à Grandhan (vivier Madame), transformée en canardière; trois espèces protégées au moins y habitaient: loutre, râle d'eau et marouette à l'époque des travaux.

Je ne parlerai pas non plus des lisières ou layons à grande richesse biologique modifiés pour assurer une vision large à certains postes d'affût! J'ai aussi vu l'empierrement de chemins (dont les ornières recelaient des associations floristiques ou fauniques riches, parfois avec des espèces protégées), tout cela pour permettre un accès "à pieds secs" à un mirador.

... " les moyens pour améliorer l'état de conservation de la faune sauvage de nos plaines et de nos bois doivent inclure l'appui du monde de la chasse pour faire face aux déséquilibres créés artificiellement entre proies et prédateurs" (S.B.19 juin), déséquilibres souvent engendrés par les chasseurs qui ne savent pas ensuite rattraper leurs erreurs !

La biodiversité ne doit rien aux chasseurs de notre temps; ni à l'humanité en général! Chasseurs, arrêtez de vous prendre pour Dieu ou pour le Grand Architecte!

Camille Thirion

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