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A la lumière des avancées en matière de santé et d'environnement

La norme «nitrates» sur la sellette

Lundi 23 Janvier 2012 | 1 réactions

 

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Une série d'avancées scientifiques remettent en question le caractère nocif des nitrates pour la santé et pour l'environnement. C'est ce que met en lumière le Français Christian Buson, Docteur en agronomie et président de l'Institut scientifique et technique de l'environnement, en invitant les instances sanitaires et politiques à revoir leurs positions sur la norme des 50mg/l et la Directive nitrates.

Le 10 janvier dernier, Christian Buson était l'invité de la firme TMCE qui organisait à Thuillies une «réunion technique d'hiver». Devant un auditoire attentif de quelque 200 personnes, il est venu traiter du rôle des nitrates en fertilisation et en nutrition ainsi que de leur impact sur l'environnement.


En l'écoutant, on ne pouvait s'empêcher de faire le lien avec la devise de la société TMCE: «Une autre idée de l'agriculture». Car c'est véritablement de cela dont il était question.
Les propos de Christian Buson soulèvent en effet de lourdes interrogations: ne s'est-on pas complètement fourvoyé en ce qui concerne la nocivité des nitrates? N'a-t-on pas diabolisé à tort cette molécule en consacrant une attention et des moyens énormes pour la bannir de nos ressources en eau? Ne faut-il pas reconsidérer la notion de «pollution» des eaux par l'azote, voire abroger carrément la Directive nitrates?


 

Les nitrates, partie intégrante de notre alimentation...


Après un bref rappel sur la composition de l'ion nitrate NO3 (qui est fait d'atomes d'azote et d'oxygène), sur l'importance clé de l'azote pour la vie (il représente notamment 78% de l'air que l'on respire) et sur les différentes formes d'azote (nitrate, nitrite, ammoniac, ...), le conférencier a abordé la place des nitrates dans notre alimentation. Et d'emblée, il interroge: pourquoi fustiger les nitrates dans l'eau de boisson alors qu'ils sont présents en bien plus grande quantité dans bon nombre de denrées?
Dans notre alimentation en effet, explique-t-il, les nitrates proviennent en moyenne à 80% des légumes, à 10% des viandes et du poisson, et à 10% de l'eau de boisson. La plupart des légumes que nous consommons affichent des teneurs en nitrates comprises entre 500 et 5.000 mg/kg, soit de 10 à 100 fois la norme imposée pour l'eau!


Les légumes ne sont pas déconseillés pour autant par le corps médical, que du contraire. Tous les nutritionnistes s'accordent sur l'intérêt d'un régime à base de légumes. Et aucun ne s'inquiète de la teneur en nitrates de 4 à 5 fois plus élevée que la moyenne, que peuvent afficher certains régimes (végétarien et méditerranéen, entre autres), dit encore le conférencier.


 

... et de notre organisme


A côté des nitrates fournis par notre alimentation, notre organisme utilise également, mais dans une moindre proportion, des nitrates d'origine endogène. Et là aussi, relève Christian Buson, on peut se demander en quoi les nitrates peuvent inquiéter quand on constate que cette source endogène est diminuée chez les fumeurs ainsi que chez les personnes souffrant d'obésité, d'hypertension ou de diabète... et à l'inverse, qu'elle est augmentée chez les personnes qui pratiquent un sport, ou encore chez les montagnards qui, en altitude, doivent se contenter d'un air plus pauvre en oxygène.


Il existe aujourd'hui de nombreuses références scientifiques qui confirment non seulement l'inocuité des nitrates pour la santé humaine, mais aussi leur rôle déterminant et leurs bienfaits pour le fonctionnement de l'organisme.


En 1999, évoque M. Buson, le nutritionniste de renommée internationale Marian Apfelbaum mentionnait déjà dans un de ses ouvrages que «la consommation de nitrate est inoffensive chez l'homme, et ce sans limite de dose».


Plus récemment, le 31 mars 2011 à Paris, un colloque médical international a fait ressortir que les nitrates n'ont que des effets bénéfiques sur la santé et que les bienfaits des légumes proviennent finalement en grande partie de leur richesse en nitrates.


Ainsi que l'énumère le conférencier, ces effets bénéfiques sont nombreux. Les nitrates, mais aussi les nitrites, favorisent la protection du système vasculaire, la vasodilatation, la circulation sanguine, un meilleur fonctionnement des organes et une meilleure réparation des tissus.
Des chercheurs ont également mis en évidence que les nitrates sont au cœur du premier système naturel de défense de l'organisme vis-à-vis des pathogènes tels que coliformes, Listeria, Salmonella, ... Ils contribuent à réduire les risques de gastroentérites, ulcères, diarrhées infectieuses et autres infections.


Un autre acquis concernant les nitrates est leur contribution à l'amélioration des performances physiques et sportives (moins d'essoufflement, plus de puissance musculaire, meilleure endurance et meilleure récupération, ...). C'est notamment ce qui vaut au jus de betterave d'être consommé par les coureurs cyclistes et d'autres sportifs professionnels.
D'autres risques sanitaires liés aux nitrates ont également été envisagés, mais ils n'ont jamais pu être établis, déclare encore M. Buson. Dès 1995, les autorités européennes ont notamment reconnu que «dans l'ensemble, les nombreuses études épidémiologiques consacrées aux nitrates ont échoué dans leur tentative de démontrer leur association à un quelconque risque cancérigène chez l'homme».


Quand on prend en compte tous les effets bénéfiques et l'absence d'effets négatifs, résume le conférencier, on peut dire qu'il n'y a plus aucune justification pour le maintien en l'état de la norme des 50 mg/l sur l'eau potable. Si on tient compte des effets bénéfiques sur la santé, cette norme devrait être profondément réévaluée, au-delà de 100 mg/l.
Au sein du corps médical, les spécialistes qui ont étudié le sujet s'accordent aujourd'hui sur le fait que les nitrates doivent être considérés comme des nutriments essentiels et que les normes concernant leurs apports par l'alimentation doivent être réévaluées.


 

Un indicateur de l'état de l'environnement...


Pour Christian Buson, on fait également aux nitrates un faux procès sur le plan environnemental. «La médiatisation de phénomènes tels que l'eutrophisation des eaux douces ou le développement d'algues vertes en milieu marin servent de justification pour maintenir la suspicion à l'égard des nitrates et justifier a posteriori la raison d'être des normes existantes et de la directive nitrates. Or, là aussi, les travaux scientifiques sur le sujet ne permettent pas de faire le lien entre ces phénomènes et une teneur élevée en nitrates dans les eaux».
Très tôt, constate le conférencier, les nitrates ont été considérés comme un indicateur de la qualité de l'eau et de l'état de santé de l'environnement. Le fait que les nitrates soient très faciles à analyser y a sans doute contribué, tout comme le fait que dans les rangs des agronomes, on a considéré qu'il était impossible que l'agriculture soit incompatible avec une eau qui ne respecte pas la norme de 50 mg/l et menace donc la santé des populations. On s'est ainsi efforcé de concevoir une agriculture qui permet de respecter les valeurs fixées par les autorités sanitaires et inscrites dans les normes.


 

... mal choisi


On le sait, les nitrates sont accusés notamment de perturber la qualité des eaux douces et de favoriser l'eutrophisation. Or, les recherches ont montré que ce phénomène est provoqué par la prolifération de cyanobactéries fixatrices de l'azote de l'air. Pour ces organismes, explique Christian Buson, la quantité d'azote n'est donc jamais limitante. On s'est ainsi rendu compte que ce qui conditionne leur développement, ce n'est pas la teneur en azote de l'eau, mais bien celle en phosphore.


Il est donc établi aujourd'hui que, quelle que soit la teneur en nitrates d'une eau douce, il n'y a prolifération d'algues que si la teneur en phosphore de l'eau est très élevée. Dans une eau eutrophe, l'ajout de nitrates peut même avoir un effet... positif (!), en favorisant le développement d'espèces algales incapables d'utiliser l'azote de l'air, qui vont entrer en concurrence avec les cyanobactéries fixatrices d'azote.


Un autre phénomène dans lequel les nitrates sont souvent mis en cause est la prolifération et l'échouage d'algues vertes (ulves) le long des côtes (en Bretagne notamment).
Ce phénomène a été observé dans plus de 150 sites dans le monde, mais sans qu'aucun lien ait jamais pu être établi avec l'activité agricole. Les premières observations de ce phénomène ont eu lieu début du XXe siècle, mais c'est seulement à partir des années 70, suite à une ampleur accrue présumée, que cette problématique a été étudiée.


En France, les recherches réalisées en Bretagne ont montré qu'il n'y avait pas correspondance entre les quantités d'azote apportées par les rivières et l'importance de la prolifération d'algues vertes. Le fait est qu'aucune corrélation entre l'activité agricole «intensive» et l'abondance d'ulves n'est scientifiquement établie, ni possible, insiste M. Buson.


Un autre constat des recherches est que les ulves ne constituent nullement des pompes à nitrates. Entre leurs besoins en nitrates et les quantités apportées par les rivières, il y a un rapport de 1 à 100. Même en réduisant fortement l'azote provenant des terres, le développement d'algues vertes ne sera donc pas freiné. Dans le milieu marin, pour les ulves, il y a naturellement pléthore d'azote.

Buson
 

Des cycles mieux connus


La science a également progressé au niveau de la connaissance du cycle de l'azote, observe le conférencier. «Autrefois, explique-t-il, la dénitrification était un phénomène méconnu, et donc négligé. On considérait donc qu'entre les apports d'azote dans les sols et les prélèvements réalisés par les plantes, s'il n'y avait pas équilibre, tout l'excédent était susceptible de polluer. C'est de là que découlent les contraintes de la législation actuelle sur les nitrates».


«Dans tout cela, poursuit-il, on a négligé la dénitrification, c'est-à-dire la réduction des nitrates en azote gazeux (N2) présent dans l'atmosphère. Il s'agit d'un phénomène naturel, puissant, qui a lieu partout, en particulier dans les milieux sans oxygène tels les sols hydromorphes, le sous-sol, les nappes, les cours d'eau, etc. La dénitrification est donc un mécanisme qui permet de ne pas avoir un enrichissement continu en nitrates dans ces différents milieux et qui maintient le taux de N2 dans l'atmosphère».


«Contrairement à l'azote, dit encore Christian Buson, le phosphore n'a pas, dans son cycle, de phase gazeuse. C'est un élément qui est très bien retenu dans le sol. Les infiltrations en profondeur sont très faibles. Seule l'érosion peut le faire migrer, mais avec des particules du sol».
«Ce qui est à proscrire, c'est le rejet direct de phosphore dans l'eau. Dès qu'on met un atome dans le milieu aquatique, il y reste longtemps, soit capté par différents organismes, soit dans les sédiments, soit en solution. Il peut ainsi alimenter des cycles successifs de prolifération algale, depuis les cours d'eau jusqu'aux lacs ou à la mer».

D'où vient la norme des 50mg/l?

La norme de potabilité de 50 mg de nitrates par litre d'eau a été adoptée par les autorités européennes en 1998. Elle tire son origine d'une recommandation de l'Organisation mondiale de la Santé destinée à prévenir les cas de méthémoglobinémie. Cette maladie a été observée chez des nourrissons exposés à des teneurs élevées en nitrites (qui peuvent provenir de la réduction des nitrates). Elle provoque une cyanose (coloration bleutée de la peau et des muqueuses) temporaire. L'évolution de cette maladie est bénigne et, après guérison, le sujet ne conserve aucune séquelle.
La méthémoglobinémie résulte de la fixation de l'hémoglobine du sang avec l'ion nitrite (NO2). Elle ne peut survenir que dans les premiers jours, voire les premières semaines consécutives à la naissance. Très vite en effet, l'organisme est capable de synthétiser une enzyme qui détruit la liaison hémoglobine-nitrite.
Aujourd'hui, observe Christian Buson, le risque qu'un nourrisson soit exposé à une quantité importante de nitrites a complètement disparu dans les pays occidentaux où il règne une hygiène correcte. Avec l'eau du robinet, il n'y a de toute façon jamais eu aucun cas de méthémoglobinémie à déplorer, et ce quel que soit le taux de nitrates. Il n'y en a d'ailleurs pas eu davantage avec les pots à base de légumes pour bébés, qui sont naturellement très riches en nitrates.
Le problème de cette norme de potabilité de 50 mg/l, poursuit Christian Buson, c'est qu'elle est à l'origine d'une peur collective entretenue et qu'elle a été transposée comme un indicateur de la bonne ou la mauvaise santé de notre environnement.
«Jusqu'ici, ajoute-t-il, l'OMS n'avait tenu compte que d'un éventuel effet négatif des nitrates, mais jamais de leurs effets bénéfiques sur la santé. Une rencontre est prévue cette année avec des représentants de l'Organisation pour tenter de corriger cela et reconsidérer la norme».

Une directive qui a perdu ses fondements


A la lumière de ces avancées scientifiques, déclare Christian
Buson, la directive nitrates apparue en 1991 voit se déliter ses fondements, à savoir:


1. «produire de l'eau d'alimentation garantissant la santé des consommateurs»: or, on sait désormais qu'il n'y a aucune toxicité des nitrates, mais seulement des effets bénéfiques. Si on considère qu'une eau à 51 mg/l de nitrates est impropre à la consommation, alors il faut interdire tous les légumes, ironise le conférencier;


2. «limiter les perturbations des milieux aquatiques»: là aussi, il est établi que les nitrates n'y contribuent jamais, mais qu'il s'agit seulement des phosphates dans l'eau.
La définition même de l'eutrophisation reprise dans la Directive nitrates ne tient plus debout. L'eutrophisation y est en effet présentée comme étant «l'enrichissement de l'eau en composés azotés, provoquant un développement accéléré des algues et des végétaux d'espèces supérieures qui perturbe l'équilibre des organismes présents dans l'eau et entraîne une dégradation de la qualité de l'eau en question».


«Cette définition, qui est à l'origine des actions et des contrôles imposés aux agriculteurs, est scientifiquement erronée. Seul le phosphore dans l'eau provoque ces proliférations algales», clame M. Buson.


Celui-ci ajoute encore que dans ses articles 8 et 9, la Directive nitrates prévoit des possibilités d'adaptation en fonction des connaissances scientifiques. Mais jusqu'ici, la commission prévue à cet effet ne s'est jamais réunie pour revenir sur ces fondements erronés.


Pour l'orateur, «si des scientifiques honnêtes, indépendants et qui n'ont pas peur des conséquences de leur décision se réunissent un jour sur le sujet, c'est l'abrogation pure et simple de la Directive qui serait la meilleure mesure. Cela induirait évidemment des reconversions difficiles chez ceux qui ont misé et travaillé sur la réduction des nitrates dans l'eau, mais ces reconversions sont nécessaires. Quand on y réfléchit, il y a aussi des économies considérables à la clé en arrêtant de focaliser l'attention et les recherches sur de faux sujets. Et enfin, arrêter de croire que notre planète est polluée et que notre agriculture amène la pollution dans nos pays serait également un formidable moyen de changer la donne et de redonner le moral et l'espoir à tous ceux qui participent à la production agricole», conclut Christian Buson. 


Christian Buson est président de l'ISTE (Institut scientifique et technique français de l'environnement) et directeur de GES, un bureau d'études en environnement.

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