
Le début de la décollectivisation de l'agriculture en Chine remonte à la fin des années ‘70. Sa libéralisation a permis de spectaculaires augmentations de production, dès que les agriculteurs ont pu profiter du fruit de leur travail. Concrètement, cela signifie qu'un agriculteur (homme ou femme) peut disposer d'un terrain de 3 à 4 mu
(1 mu = 15 ares) qui est cultivé manuellement. Ce qui est compréhensible, aux yeux d'Européens, quand il s'agit de potagers.
La Chine doit nourrir 20% de la population mondiale en ne disposant seulement que de 10% des surfaces agricoles mondiales. Le gouvernement chinois peut se vanter d'avoir sorti des millions de Chinois de la misère au cours des 30 dernières années et il considère que la sécurité alimentaire est l'un de ses plus importants mérites, depuis l'énorme famine des années ‘50.
Avec une population de 1,350 milliard d'habitants, la Chine est le plus important pays du point de vue démographique devant l'Inde. Avec 9.596.961 km2 de superficie (±314 fois la Belgique), elle est quatrième au niveau mondial, derrière la Russie, le Canada et les Etats-Unis d'Amérique.
Notre périple en Chine débute à Beijing (Pékin) qui compte 15 millions d'habitants, passe par Hohhot (2,14 millions d'habitants), Xi'an
(4 millions), Chongqing (8 millions), une croisière de 3 jours sur le fleuve Yangtzé (fleuve jaune), Yichang (1,8 million d'habitants, arrive à Shanghai (17 millions), et une petite digression vers Ushou.
La mention du nombre d'habitants n'est pas innocente. En Chine, on n'est jamais seul; les villes sont bruyantes, les Chinois parlent haut, il y a de l'activité partout. Une petite ville chinoise, c'est une grande ville chez nous.

Un voyage aussi intense en déplacements et activités peut être difficilement décrit dans ses détails. C'est pourquoi nous nous limiterons à quelques points essentiels.
A Beijing, nous visitons la Cité interdite et nous nous rendons sur la célèbre place Tian'an Men, autrement dit la «place de la paix céleste». C'est une place nue de 300 m sur 100, destinée aux parades militaires. Sur le côté il y a des tribunes et, en bout, il y a le mausolée de Mao Zedong, le premier dirigeant de la Chine actuelle. La place fut connue internationalement le 4 juin 1989 à la suite de la contestation des étudiants. Selon les estimations, ils furent environ 1 million d'étudiants et de citoyens à prendre part à cette contestation qui fut réprimée dans le sang. Des centaines de personnes perdirent la vie dans la confrontation avec les autorités. Ce fut la première manifestation de masse contre le parti communiste et ses institutions qui étaient loin d'être démocratiques.
La cité interdite est également connue par le film «Le dernier empereur». Elle est bien plus grande que ce que j'imaginais. Le complexe fait 7ha 20; un mur de 10 m de haut et de 6 km de long l'entoure. Et à l'extérieur, il y a une douve de plusieurs mètres de profondeur. La majorité des visiteurs sont des Chinois. Nous attirons peu l'attention en tant qu'étrangers.
La première exploitation que nous visitons après notre arrivée à Beijing est la Mae Nothern Co, une entreprise gouvernementale de technologie de l'équipement agricole moderne. Nous faisons connaissance avec la production de machines agricoles telles que les arracheuses de pommes de terre, les semoirs et machines destinées à la riziculture. Les visiteurs sont d'avis que ces machines seraient déjà des antiquités chez nous. Toutefois, il faut se rappeler que l'agriculture chinoise est à petite échelle.
Nous visitons l'exploitation d'un fraisiériste, ouverte au citadin qui désire cueillir: c'est toujours à petite échelle. On doit s'y habituer...
A l'extérieur de Hohhot, capitale de la Mongolie intérieure, nous visitons le Groupe laitier Yili «Inner Mongolia Yili Industrial Group Co». C'est la plus grande entreprise chinoise dans ce domaine. Elle a des filiales partout dans le pays. Dans sa gamme de produits, on trouve lait, boissons lactées, yoghourt, crème glacée, fromage, poudre de lait... Cette laiterie peut se vanter d'avoir été le partenaire privilégié des jeux olympiques de Beijing et de l'Exposition universelle 2010 à Shanghai. Les responsables signalent que le Groupe laitier est repris dans le récent rapport de la Rabobank sur le secteur laitier mondial. Les entreprises laitières traditionnelles ont une croissance de 2 à 3 % depuis ces dernières années. Le Groupe Yili avance une croissance de 24 %. Le parc de machines vient d'Allemagne. Bien souvent, il y a de la technologie européenne dans les entreprises chinoises. Nous avons la chance, au cours de notre périple, de faire connaissance avec deux familles d'agriculteurs, l'une dans les environs de Hohhot, l'autre près de Beijing. Nous sommes accueillis chaleureusement dans leur maison. Dans les environs de Suzhou, nous avons rencontré des paysans qui étaient dans les champs.
L'exiguïté des champs permet à certains membres de la famille d'aller travailler partiellement en ville.
La sécurité sociale semble être favorable pour ces familles. L'une d'elles a cessé l'exploitation mais a réussi à donner à ses enfants une instruction suffisante pour travailler et obtenir un niveau social satisfaisant.

Peu à peu, la discussion s'entame avec Eva, notre guide, une femme à la fois instruite et intelligente. De nombreuses questions lui sont posées: que pense-t-on de la peine de mort, des Droits de l'homme, de l'agriculture à petite échelle, où en est-on avec la limitation des naissances...
A un certain moment, Eva parle de la Chine comme d'un pays en voie de développement, et cela en relation avec la chance que le pays a eue d'organiser les jeux olympiques, puis l'exposition universelle... alors, il est difficile de la comprendre.
Elle fait partie de la couche la plus privilégiée de la population chinoise par son éducation et son statut social. D'intéressantes conversations surgissent à ce propos. Actuellement, il y a environ 950 millions de Chinois qui sont pauvres, dont 700 à 800 millions de paysans. Les riches, environ 250 millions, voire plus, vivent en ville. Pour Eva, les 950 millions sont plutôt de la classe moyenne; il y a environ 10% de la population qui est vraiment pauvre, qui n'a aucune possibilité de travail ou de sécurité sociale. Cela dit, on a l'impression que le système social fonctionne mieux que dans bien d'autres pays en développement. La population rurale et les minorités reçoivent souvent plus que les populations citadines. Enfin, il y a une classe de personnes riches qui, comparativement, sont bien plus riches que les riches de nos contrées.
Eva aime passionnément son pays et croit au progrès. A la question sur la peine de mort, cette citoyenne répond: «Nous n'allons quand même pas fournir de la nourriture et du logement à des criminels». Quant à la révolte des étudiants sur la place Tian'an Men en 1989, elle n'exclut pas une main étrangère...
On parlait de Yin et de Yang, partout présents dans la vie des Chinois, la signification des couleurs, le large éventail de la cuisine chinoise. En résumé, sa philosophie de vie revient à ceci: «Je crois en tout et en rien.» Son explication humoristique sur les coutumes alimentaires chinoises me resteront dans la mémoire: les Chinois mangent tout ce qui nage dans l'eau sauf les sous-marins, tout ce qui vole, sauf les avions, tout ce qui a 4 pattes, sauf les tables.
Elle raffole des cérémonies de thé qu'elle organise avec ses amis à la maison. Quant à nous, nous avons l'agréable occasion de participer à une traditionnelle dégustation de thé dans un magasin de thés de la meilleure qualité. Comme dans la plupart des activités, une vente est couplée à la démonstration, un phénomène récurrent dans la plupart des visites que nous aurons. Les Chinois ont l'esprit commercial chevillé au corps.
Eva s'y connaît également en matière de philosophie. Comme nous faisions remarquer que les Bouddhas aperçus dans de nombreux temples étaient plutôt pansus, Eva répondit que cela avait une signification. Un Bouddha souriant mange les souffrances et les misères des gens et leur apporte la paix et la tranquillité. Bouddha, c'est un leader spirituel autant que sympathique.
Les points d'orgue du voyage étaient la visite à la muraille de Chine, non loin de Beijing et celle de l'armée en terre cuite à Xian. C'est le premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi, qui a unifié son pays, déchiré par des siècles d'insécurité. Il reste de lui l'armée en terre cuite et la muraille de Chine. Il est mort en 210 avant Jésus-Christ. Le mot Chine vient également de Qin.
Avec les Chinois, nous avons en commun que la muraille de Chine et nos autoroutes éclairées sont visibles de la lune. La muraille de Chine est un ouvrage impressionnant sur lequel on peut se promener: elle s'étend sur 6.200 km, et il y a 1.000 tours de guet. Cet ouvrage serpente par monts et par vaux, à la manière d'une gigantesque chenille. Il est probable que des morceaux de muraille aient été construits tout d'abord, pour être reliés entre eux par la suite.
Le musée de l'armée en terre cuite se situe dans les environs de Xian. Il y a 4 halls construits sur le site. L'armée consiste en 8.000 soldats de taille normale, il y a des chevaux et des chars. Cette armée était prévue pour veiller sur le tombeau de l'empereur. C'était dans les années 200 avant Jésus-Christ. Ce n'est qu'en 1974 que des paysans ont découvert la fosse contenant l'armée en terre cuite. D'autres fosses ont été trouvées par la suite.
Toutes les statues sont différentes. Beaucoup sont dégradées; les lances étaient en bois; les couleurs ont disparu au fil du temps. Chaque statue est unique; non seulement pour la tête et le corps, mais également en ce qui concerne les vêtements, les ceintures et les chaussures. Selon des estimations, 2.000 statues doivent encore être déterrées. On raconte que les artisans de ce gigantesque tombeau furent enterrés pour éviter qu'on le découvre. Le secret fut en effet gardé durant plus de 2.000 ans.
La croisière qui dura trois jours sur le Yangtzé fut un temps de repos durant le périple, si l'on excepte les centaines de marches à monter et descendre le long des rives pour voir des jardins ou de magnifiques temples où trônait Bouddha, à côté d'innombrables figures mythologiques. Le but de la croisière était le barrage des Trois-Gorges, le plus grand barrage et la plus grande centrale électrique au monde. Ce n'est pas le barrage le plus haut. Celui-là se trouve au Brésil.
La construction a démarré en 1994. Le gros œuvre se termina le 20 mai 2006. Le barrage sera totalement opérationnel cette année 2011. Sa production électrique correspond à la consommation électrique de la Belgique mais ne représenterait que 10 ou 11% de la production chinoise.
Outre la production d'électricité, on vise à stabiliser le niveau du fleuve. Il varie très fort d'une saison à l'autre.
Le barrage des Trois-Gorges a été très controversé. Deux à trois millions d'habitants ont dû déménager pour lui faire place. Soixante mille ha de terres agricoles et de forêts ont été submergés par les eaux.?Des villes, des curiosités archéologiques ont été noyées. On évoque également la pollution. On craint par ailleurs l'envasement en amont du barrage...
Cela dit, c'est un moment unique que de pouvoir visiter un projet aussi gigantesque.
Shanghai est la plus grande ville de Chine. Elle était jadis un village de pêcheurs et de tisserands. L'arrivée des étrangers, au début des années 1800, amorça son destin actuel. En 2004, Shanghai est devenu le plus important port mondial, dépassant Rotterdam et Anvers.
Le Bund est l'une des attractions touristiques de la ville. Il comprend une longue promenade de 1,5 km de long entre le fleuve Huangpu et la route Zhongshan. Le Bund faisait partie jadis d'une concession commerciale anglaise. Les constructions sont un mélange des styles entre 1880 et 1940. Des banques et des services administratifs y étaient établis. De l'autre côté du fleuve, on découvre des gratte-ciels de la ville, ainsi qu'une partie du pays. La tour la plus grande est la tour des Finances (492 m).
De Shanghai, nous avons fait un petit détour vers Suzhou, une ville de jardins et de canaux. Suzhou, c'est la ville du poisson et du riz. Dès le XIIIe siècle, Suzhou fut célèbre pour sa production de tissus de soie et ses broderies. Suzhou abrite un musée de la soie. Le jardin du Maître des Filets est, selon les connaisseurs, l'un des plus beaux du genre. Nous avons vu beaucoup de jardins au cours de ce voyage et celui-ci est certainement le plus charmant.
La visite à une usine de la soie nous a permis de voir les différents stades du travail de la soie, en commençant par son extraction du cocon, un travail délicat. La soie sert à l'habillement, mais également à la confection de «couette» en duvet, très en vogue en Chine.
«Peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu'il prenne les souris», avait dit Deng Xiaoping en lançant la voie des réformes en 1977. Il voulait dire par là que le régime politique importait peu pour autant qu'il donne des résultats. Il est certain que tout n'est pas parfait, mais nous avons fait connaissance avec un peuple qui travaille dur dans un pays immense, à l'image de son incommensurable population.
Traduction d'un texte
de Bieke Wellens
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