Dans le rapport annuel de la Banque nationale de Belgique, son Gouverneur, Guy Quaden, note des évolutions qui ne sont pas de nature à faciliter le rétablissement de l'économie du pays. Nous analysons ici plus particulièrement le secteur des produits alimentaires
La compétitivité de l'économie belge et sa capacité à créer des emplois dépendent aussi de la formation des prix et des salaires. Par rapport à la zone euro, l'écart d'inflation négatif enregistré en 2009 a été moindre que l'écart positif de l'année précédente. Cette évolution résulte notamment de hausses à caractère permanent dans le secteur du gaz et de l'électricité, et d'une réaction, encore plus asymétrique que dans la zone euro, des prix d'un certain nombre de produits alimentaires transformés à l'évolution des prix des matières premières. L'Observatoire des prix installé en 2009 devrait fournir des analyses approfondies au Conseil de la concurrence et aux instances de contrôle des industries de réseau, dont le rôle est crucial pour combattre les rentes de position dominante.
Produits alimentaires
Les produits alimentaires constituent une deuxième composante de l'Indice des prix à la Cosommation qui a concouru au recul de l'inflation au cours de l'année 2009. L'inflation des produits alimentaires non transformés, à savoir les légumes, les fruits, la viande et le poisson, est revenue de quelque 3 p.c., chacune des trois années précédentes, à 0,4 p.c. en 2009. Cette composante constitue traditionnellement une source de variations à court terme de l'inflation. En effet, les prix de ces produits sont, dans une large mesure, déterminés par des conditions d'offre parfois très instables. Ainsi, en raison de conditions météorologiques favorables, les prix des fruits et légumes ont été durant presque toute l'année sous revue inférieurs au niveau qu'ils avaient atteint un an auparavant. En dépit de l'importante volatilité qui caractérise les prix des produits alimentaires non transformés, le profil d'inflation de ces produits est assez similaire partout dans la zone euro. Ce constat peut s'expliquer par les échanges commerciaux auxquels ces produits donnent lieu entre les États membres ainsi que par l'interdépendance des marchés nationaux. Ainsi, même si les conditions climatiques sont largement responsables de l'évolution erratique des prix propre à cette catégorie de biens et sont le plus souvent différentes de pays à pays ou, à tout le moins, selon les groupes de pays, leur incidence sur la production et les prix locaux finit par se propager aux autres économies par le fonctionnement des marchés : un déficit de production dans un État crée une demande supplémentaire pour les importations en provenance des autres pays de sorte que la tension sur l'offre, et donc sur les prix, a tendance à gagner l'ensemble de la zone euro et même au-delà. Ce mécanisme joue aussi en sens opposé lorsque les récoltes sont bonnes, comme cela a été le cas en 2009. En conséquence, les produits alimentaires non transformés n'ont presque pas contribué au différentiel d'inflation de la Belgique par rapport à la zone euro, ni en 2008 ni en 2009.
Produits alimentaires transformés
En ce qui concerne les produits alimentaires transformés, la hausse des prix à la consommation s'est fortement ralentie pendant l'année 2009, à la suite de l'évolution des prix des matières premières alimentaires sur le marché international. Elle est ainsi passée de 8,5 p.c. pendant le premier semestre de 2008 à 0,7 p.c. à la fin de 2009. Alors que sous l'effet de tensions entre l'offre et la demande, dues, notamment, à des conditions météorologiques défavorables dans plusieurs régions du monde, à la progression de la demande de produits alimentaires riches en protéines en Asie, à un intérêt accru pour la production de biocarburants et à une forte augmentation des coûts de l'énergie, les matières premières alimentaires avaient nettement renchéri à partir d'octobre 2006 et jusqu'à la première moitié de 2008, leurs prix en euro étaient globalement revenus en décembre 2008 à leur niveau observé un an plus tôt. Et si, durant l'année 2009, les prix pratiqués sur les marchés internationaux sont quelque peu repartis à la hausse, notamment à la suite du redressement graduel de la demande émanant des pays asiatiques, ils sont demeurés bien inférieurs aux pics atteints l'année précédente. Grâce à des conditions climatiques favorables, des récoltes exceptionnelles ont été engrangées au niveau mondial, tandis que la suppression temporaire de l'obligation de mise en jachère et l'assouplissement du régime des quotas décidés par la CE dans un contexte de prix élevés ont entraîné une augmentation de l'offre en Europe. En outre, les cours du pétrole ont enregistré en moyenne annuelle un vif reflux, ce qui a réduit le coût de l'énergie et rendu la production de biocarburants moins attrayante. Enfin, la crise économique s'est traduite par un tassement de la consommation et des importations de produits alimentaires dans certains pays émergents.
Evolution de la pac
Contrairement au passé, ces fluctuations prononcées des prix des matières premières alimentaires ont à peine été amorties les dernières années par les mécanismes mis en place dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), de sorte qu'elles se sont aussi reflétées dans une large mesure dans la formation des prix en Europe, à la hausse en 2007 et pendant une partie de 2008, et ensuite à la baisse. Cela s'est marqué en particulier sur le prix du lait. Au moment où les prix agricoles ont atteint leur niveau le plus bas, pendant l'été 2009, des mesures ont été prises, tant au niveau européen qu'au niveau national, pour soutenir le secteur agricole en général, et le secteur de l'élevage de vaches laitières plus spécialement. En outre, en Belgique, la fédération professionnelle représentant le secteur de la distribution (Fedis) a conclu avec des organisations représentatives du secteur de l'élevage laitier un accord par lequel les distributeurs s'engageaient à payer aux éleveurs, pendant six mois (de juillet à décembre 2009), un supplément plafonné à 14 cents d'euros par litre de lait de consommation destiné au marché belge. Le secteur de la distribution a en grande partie répercuté ce supplément sur le consommateur, de sorte que le prix à la consommation du lait s'est mis à augmenter à nouveau substantiellement entre juillet et septembre. L'incidence mécanique de cette mesure sur le rythme d'accroissement des prix des produits alimentaires transformés peut être estimée à environ 0,4 point de pourcentage pendant le deuxième semestre de 2009, ce qui explique pourquoi, malgré une décélération notable pendant l'année sous revue, le renchérissement de ces produits est demeuré plus marqué que celui observé dans la zone euro.
Prix et coûts dans le secteur laitier
L'évolution des prix du lait a fait l'objet d'abondants commentaires dans les médias en 2009. Dans de nombreux pays de la zone euro, les agriculteurs sont descendus dans la rue et ont déversé des millions de litres de ce produit pour protester contre les prix jugés trop bas. Le prix du lait payé aux éleveurs est passé de 27 cents par kilo en moyenne au cours de la période 1999-2006à un peu plus de 40 cents à la fin de 2007, pour revenir ensuite à quelque 20 cents pendant l'été de l'année sous revue. Ces fluctuations sont imputables aux évolutions des prix sur le marché mondial. S'agissant de la formation des prix des produits alimentaires dans l'UE – et par conséquent aussi de la transmission aux prix à la consommation dans la zone euro en général et en Belgique en particulier –, il convient de souligner que, dans le passé, le marché européen était largement protégé des variations des cours sur les marchés mondiaux grâce au mécanisme d'intervention prévu par la politique agricole commune (PAC). En 2007, les prix du lait sur les marchés internationaux ont toutefois dépassé les seuils d'intervention de la PAC, de sorte que leur mouvement haussier s'est aussi reflété dans la formation des prix en Europe. Au début de 2009, les prix du lait en vigueur sur le marché international sont repassés sous les seuils d'intervention, amenant la PAC à stabiliser partiellement les prix, cette fois en limitant leur baisse. L'effet stabilisateur de la PAC a été toutefois nettement moins prononcé qu'auparavant dans la mesure où les seuils d'intervention ont été abaissés à la suite des réformes successives de la PAC. À la fin de l'année 2009, des signes de reprise se sont toutefois fait jour sur les marchés internationaux du lait. Si pour les coûts des éleveurs de vaches laitières, il n'existe pas de données exhaustives, le SPF Économie en a produit une estimation à l'occasion d'une étude publiée en 2008 et actualisée à la mi-2009 (1). Selon cette estimation, les coûts variables de l'élevage ont nettement dépassé le prix de vente du lait en 2008, en raison notamment de hausses successives des coûts de l'énergie et du fourrage, et cette situation n'a pas vraiment changé pendant l'année sous revue, malgré une certaine baisse des coûts variables. Même lorsque l'on tient compte des subventions (non liées aux produits) et des autres revenus – vente de vaches, etc. –, les revenus des agriculteurs semblent avoir été insuffisants pour couvrir leurs frais. C'est dans ce contexte que les agriculteurs ont mené des actions de protestation, qui en Belgique étaient surtout dirigées contre le secteur de la distribution, notamment parce que les agriculteurs reprochaient à celui-ci de parvenir à commercialiser le lait à un prix nettement plus élevé. Lors de la phase de repli, le prix à la consommation n'a en effet que partiellement suivi celui qui s'impose à l'éleveur, alors que le choc à la hausse sur les prix en 2007 avait été pleinement répercuté sur le consommateur. Cette évolution n'a pas été nécessairement uniquement le résultat de la politique de prix de la distribution, vu qu'il faut aussi tenir compte de ce qui se passe au niveau de l'industrie laitière qui constitue un maillon intermédiaire entre les éleveurs et la distribution. Au niveau de la consommation de lait en Belgique, il n'est pas possible d'identifier les rôles respectifs de l'industrie laitière et de la distribution. En revanche, pour les « premiers prix » du lait demi-écrémé, (c'est-à-dire les prix pour les produits d'appel de cette variété de lait), le SPF Économie a mené, dans le cadre de ses travaux pour l'Observatoire des prix, une analyse plus poussée permettant de conclure que l'écart entre le prix à la consommation et celui payé aux éleveurs était resté plus ou moins stable pendant la phase ascendante, à environ 14 cents par litre et que cette marge brute était partagée à parts égales entre l'industrie laitière et le secteur de la distribution. L'existence d'une telle marge brute n'est pas en soi problématique, parce que celle-ci reflète, en principe, les coûts du travail, du capital et de l'énergie nécessaires pour la transformation, l'emballage, le transport et la distribution du lait. Elle s'est toutefois élevée considérablement pendant la période de baisse de prix, pour atteindre environ 25 cents en moyenne au premier semestre de 2009, avec à nouveau un partage à parts égales entre les deux secteurs. La différence croissante entre le prix à la consommation et celui payé aux éleveurs semble donc trouver une explication au niveau tant de l'industrie laitière que de la distribution qui ont contribué chacune pour moitié à l'élargissement de la marge brute. Une telle analyse n'est pas possible pour le lait des gammes supérieures mais, selon l'étude du SPF Économie mentionnée plus haut, la transmission du mouvement à la baisse a été encore plus partielle pour ce type de lait. À la fin de juin, la Fédération belge de la distribution (Fedis) a conclu avec le Boerenbond et l'Algemeen Boerensyndicaat un accord par lequel les distributeurs s'engageaient à payer, pendant six mois (de juillet à décembre 2009) un supplément plafonné à 14 cents d'euros par litre de lait de consommation. Étant donné que l'essentiel de la production laitière n'est pas transformé en lait de consommation pour le marché belge (une grande partie est transformée en d'autres produits laitiers ou est destinée à l'exportation) et que le secteur de la distribution ne verse pas de supplément pour ces produits laitiers, le secteur belge de l'élevage a reçu pour sa production totale l'équivalent d'environ 2 cents par litre à la suite de cet accord. Bien que cet accord n'ait pas été souscrit par les organisations représentant les agriculteurs wallons, ceux-ci en ont également bénéficié. Le secteur de la distribution a répercuté ce supplément en grande partie sur le consommateur, de sorte que le prix à la consommation du lait a à nouveau augmenté considérablement entre les mois de juillet et de septembre. Celui-ci devrait donc baisser à nouveau en 2010 puisque, comme prévu initialement, l'accord a pris fin en janvier 2010.
Asymétries dans les pratiques de fixation des prix
Même si les prix des matières premières énergétiques et alimentaires ont à nouveau augmenté dans le courant de l'année sous revue, ils sont restés nettement inférieurs aux pics exceptionnels observés pendant l'été 2008. Ces prix ont en effet sensiblement reculé pendant la seconde moitié de 2008 et, pour certaines matières premières, le mouvement à la baisse a même continué jusqu'à l'été 2009. La question se pose dès lors de savoir si les prix à la consommation des produits énergétiques et alimentaires transformés ont suffisamment suivi ce mouvement à la baisse. Cet examen est important pour deux raisons. D'une part, c'est la symétrie (ou l'absence de symétrie) entre la phase de hausse initiale et la phase de repli qui est l'indicateur qui, en général, permet le mieux de jauger le degré de concurrence dans la formation des prix. En effet, en ne disposant que d'une vue partielle, limitée à la phase de transmission des impulsions haussières des coûts, il n'est souvent pas possible de tirer des conclusions fermes en la matière. Un degré élevé de transmission peut tout aussi bien témoigner d'une formation des prix peu concurrentielle que du contraire : dans un environnement fortement concurrentiel, en effet, ne pas répercuter la hausse des coûts n'est pas chose aisée pour les divers intervenants de la filière, de la production à la distribution, compte tenu de leurs marges en principe déjà étroites. D'autre part, les baisses des prix devraient contribuer, par le biais de l'indexation, à sauvegarder la compétitivité et l'emploi, alors que le même mécanisme avait été à l'origine d'une dégradation de la compétitivité pendant la phase du renchérissement des matières premières. L'existence d'asymétries dans la pratique de fixation des prix impliquerait que la modération qui peut, a priori, être attendue d'un renversement de l'évolution des prix des matières premières ne se réaliserait que partiellement ou avec un retard important. La réaction à des fluctuations des prix des matières premières peut être considérée comme symétrique si une baisse du prix relatif de la matière première influence le prix relatif du produit en question exactement de la même manière qu'une hausse, tant au niveau de l'ampleur de cette réaction qu'en ce qui concerne la vitesse de l'ajustement. Mener cette analyse au niveau des prix nominaux, plutôt qu'au niveau des prix relatifs, pourrait conduire à qualifier trop souvent la réaction des prix à la consommation comme asymétrique et serait donc trop sévère. En effet, les prix à la consommation nominaux ne reflètent pas uniquement l'évolution des prix des matières premières, mais aussi celle de nombreux autres inputs au niveau de la transformation des matières premières, d'une part, et de l'emballage, du transport et de la distribution du produit final, d'autre part. Si, par exemple, les prix des matières premières reviennent à leur niveau initial, les prix à la consommation ne le font pas nécessairement, même en cas de réaction symétrique, étant donné que les autres coûts – souvent non liés à l'évolution des prix des matières premières – ont sans doute continué à augmenter entretemps. Faute de données précises sur l'évolution des autres coûts pour chacun des produits examinés, l'analyse est conduite au niveau des prix relatifs, c'est-à-dire en prenant la tendance sous-jacente de l'inflation (soit l'inflation des services et des biens industriels non énergétiques) comme approximation de l'évolution de l'ensemble de ces coûts. Cette hypothèse semble justifiée pour les coûts salariaux, étant donné les mécanismes d'indexation en Belgique. Elle traite, par ailleurs, les marges d'exploitation de façon identique en partant donc, en quelque sorte, du principe qu'elles sont indexées sur la tendance sous-jacente de l'inflation. L'analyse se concentre sur la période 2007-2009 pour les produits énergétiques et sur la période 2006-2009 pour les produits alimentaires transformés, le début de 2007 et le début de 2006 étant respectivement les points de départ du mouvement à la hausse des prix des matières premières pertinents pour ces produits.
Asymétries dans les prix des produits énergétiques
Pour l'essence, le diesel et le mazout, les prix relatifs à la consommation suivent fidèlement l'évolution du prix relatif de la matière première qui entre dans leur composition. Le mouvement à la hausse des prix à la consommation de ces produits n'a été ni plus prononcé ni plus rapide que le mouvement à la baisse. Les formules de tarification du « contrat-programme » répercutent, en effet, symétriquement les fluctuations des prix des produits raffinés au niveau des prix maximum, alors que les réductions qu'appliquent les distributeurs ne constituent apparemment pas non plus une source d'asymétrie importante. En ce qui concerne le gaz naturel, le recul des prix relatifs à la consommation apparaît un peu moins prononcé que celui du prix relatif du pétrole brut, qui est traditionnellement un déterminant important du prix à la consommation du gaz, bien que ce dernier s'ajuste sur l'évolution du prix du pétrole avec environ six mois de retard. Cette asymétrie est essentiellement due à la modification par le plus grand fournisseur de gaz du terme constant dans sa formule de tarification en octobre 2007, changement qui a ensuite été suivi par les autres fournisseurs. Il en a résulté une augmentation des prix qui peut être considérée comme permanente, quel que soit le niveau du cours du pétrole. En ce qui concerne l'électricité, un degré d'asymétrie non négligeable peut être observé. En effet, à son niveau le plus bas atteint en juillet 2009, le prix relatif à la consommation de l'électricité dépassait encore son niveau du début de 2007, tandis que le prix relatif du pétrole brut – servant à estimer l'évolution du coût énergétique – avait atteint quelques mois plus tôt un niveau clairement inférieur à celui du début de 2007. Toutefois, si l'on tient compte des fortes hausses des tarifs de réseau en 2008 et 2009, la transmission des cours du pétrole brut ressort comme ayant été beaucoup plus symétrique. Ces résultats ne sont pas étonnants dans la mesure où les formules de tarification pour le gaz et l'électricité ont, en principe, un fonctionnement totalement symétrique. Seuls des facteurs plus ponctuels, tels que la révision des formules de tarification du gaz naturel en octobre 2007, ou la hausse des tarifs de transport et de distribution en 2008 et en 2009, sont sources d'asymétrie. L'évolution des prix à la consommation du gaz et de l'électricité dans la zone euro est moins symétrique qu'en Belgique – surtout pour l'électricité –, mais présente, comme indiqué plus haut, une volatilité nettement inférieure.
Asymétries dans les prix des produits alimentaires
Pour un certain nombre de produits alimentaires transformés, il est clairement question d'une réaction asymétrique des prix à la consommation. Ainsi, le prix sur le marché interne pour le lait en poudre, exprimé en termes relatifs, a atteint au milieu de 2009 un niveau nettement inférieur à son niveau du début de 2006, tandis que le prix à la consommation relatif était à la fin de 2009 à nouveau proche du sommet atteint pendant le premier semestre de 2008. Même si le prix payé par le consommateur est corrigé mécaniquement pour tenir compte de l'augmentation de 14 cents qui a résulté de l'accord décrit plus haut entre les secteurs de la distribution et de l'élevage laitier, le prix à la consommation du lait n'est pas revenu à un niveau qui correspondrait à une réaction symétrique. Ainsi qu'on l'a montré dans l'encadré 11 dans le cas des « premiers prix » pour le lait écrémé (c'est-à-dire les prix des produits d'appel pour cette variété de lait), cette absence de symétrie peut être attribuée à l'élargissement de la marge de l'industrie laitière et du secteur de la distribution. Pour d'autres produits alimentaires transformés, comme par exemple le beurre et plus encore pour le pain, des réactions nettement asymétriques sont également constatées. Ces asymétries ne s'observent pas uniquement en Belgique, mais caractérisent aussi l'évolution des prix à la consommation du lait, du beurre et du pain dans l'ensemble de la zone euro. En effet, la réaction à la diminution des prix des matières premières y est aussi beaucoup plus lente et moins prononcée que celle à la hausse. Dans une publication récente, la CE a indiqué qu'il ressort de la faible ampleur, du retard et de l'asymétrie de l'ajustement à la baisse des prix à la consommation des produits laitiers que la chaîne d'approvisionnement ne fonctionne pas efficacement dans l'UE. Ce mode asymétrique de fixation des prix est, tant pour la Belgique que pour la zone euro, conforme aux résultats d'enquêtes ad hoc en matière de pratiques de formation des prix menées en 2004-2005 par plusieurs banques centrales de l'Eurosystème, dont la Banque, dans le cadre de l'Inflation Persistence Network. De ces enquêtes, il appert en effet que les facteurs de coûts sont plus importants pour les hausses de prix que pour les baisses, tandis que l'évolution de la demande et le comportement des concurrents sont, de leur côté, plus importants pour les réductions de prix que pour les hausses. Les accroissements de coûts, qui sont souvent universellement observables, peuvent en effet relativement facilement être invoqués par les entreprises pour justifier des majorations de prix. Ces enquêtes montraient, par ailleurs, clairement que l'environnement dans lequel les firmes opèrent est loin d'être caractérisé par une situation de concurrence parfaite, mais que la plupart des firmes – y compris celles du secteur alimentaire et du commerce de détail – disposent d'un certain pouvoir de marché. Il est dans ce contexte intéressant de noter que la réaction des prix à la consommation du lait et du beurre en Allemagne a été plus proche de celle à laquelle on pouvait s'attendre sur la base d'une situation de concurrence parfaite. Dans ce pays, les prix à la consommation ont en effet réagi très fortement aux évolutions survenues sur les marchés mondiaux, mais ce tant lors de la phase haussière que lors de la phase de repli. La part élevée des hard discounters dans le commerce de détail en Allemagne n'est probablement pas étrangère à ce phénomène, conjuguée au fait que ceux-ci offrent surtout, voire exclusivement, du lait et du beurre bon marché pour lesquels, par le biais d'une différenciation plus faible, les marges sont faibles et le marché plus concurrentiel. Dans d'autres pays de la zone euro, dont la Belgique, le consommateur qui a pourtant la possibilité de choisir des produits meilleur marché, semble donc disposé, du moins dans une certaine mesure, à payer des prix plus élevés pour certaines variétés de lait ou de beurre, par exemple. Enfin, il n'est pas exclu que les effets des asymétries observés dans le courant de 2008 et de 2009 s'estompent progressivement et disparaissent à plus long terme. Une telle neutralité à long terme est d'ailleurs ce à quoi on peut s'attendre sur la base d'arguments théoriques mais, dans le cas des produits alimentaires, il est diffi- cile de tester cette hypothèse sur la base des données historiques, étant donné que celles-ci ont été fortement influencées par le rôle stabilisateur qu'a joué la PAC et ne sont donc plus représentatives pour la situation actuelle.
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