Accès membre

Identifiant (e-mail) :
Mot de passe :

Inscription | Mot de passe oublié

Le Club Sillon

Vous êtes ici : HOME  > Actu > Autres > Un repère pour l'homme moderne

La forêt

Un repère pour l'homme moderne

Mercredi 22 Juillet 2009 | 1 réactions

 

De plus en plus, les promeneurs considèrent la forêt comme un objet de culte. La forêt est "sacralisée". Des grumes gisant sur le bord d'un chemin les affligent durant plusieurs jours. En manque de points de repères dans notre société déboussolée, l'humain se tourne vers ce qui lui semble le plus stable, le plus immuable!

Je viens de vivre une confrontation sur la vision de la forêt qu'en ont certains de nos contemporains. Un ami, architecte de formation, naturaliste passionné avec une solide formation en écologie, homme de terrain, va être grandpère. L'heure des questions face à une nouvelle vie qui s'annonce, syndrome de la grand-paternité: que vais-je laisser comme planète à mes petits-enfants?

Modèle culturel

La forêt, le milieu rural, représente une image idyllique pour pas mal de déracinés. Ils s'y précipitent pour y couler leur temps libre d'autant plus aisément que la forêt a perdu son caractère dangereux, hostile, pénible pour le travail à y accomplir. Elle devient un espace de vie sociale à part entière, une seconde vie en quelque sorte, plus légère, liée aux loisirs, un espace soustrait aux contraintes de la vie moderne, un territoire vierge.

La forêt depuis toujours et pour toujours

Combien sont-ils parmi nos contemporains a ignorer que la forêt est le résultat d'une intense activité humaine au fil du temps. Le mythe de la forêt vierge nous hante toujours!

Les médias, irresponsables trop souvent dans leur approche du milieu naturel, ancrent ce mythe, allant jusqu'à établir des parallèles entre la forêt vierge et la nôtre. Les deux sont pourtant incomparables!

Le mythe de la chaîne de la vie, «tu es poussière et tu retourneras en poussière». Certains trouvent normal qu'un arbre meurt sur pied et retourne à l'espace minéral, l'homme n'a pas à intervenir dans ce phénomène naturel.

L'arbre, un mythe

L'arbre devient un être vivant quasi immortel, au vu de la durée de son existence face à la condition humaine.

Mon ami considère que l'on ne devrait plus abattre les arbres, que c'est un matériau remplaçable par autre chose! Il voudrait que les panneaux soient à base de paille, tant pis pour l'humus de nos campagnes; les poutres en métal, tant pis pour les gaz de haut-fourneau. Le bois de chauffage est une atteinte aux puits de carbone, me dit-il!

Il est impossible, parfois, de faire comprendre à un interlocuteur que, de la graine à l'âge adulte, l'arbre abrite toutes sortes de plantes à son pied, toutes sortes d'insectes, d'oiseaux, ou autres animaux, des espèces diverses selon l'âge de la plantation et son état d'éclaircie!

Impossible parfois de faire comprendre qu'une trouée dans la forêt, c‘est un havre pour d'autres espèces, ou une chance de se régénérer pour l'espèce dominante!

Nombre d'humains croient encore qu'un arbre qui vit dans de bonnes conditions est éternel!

Vieille forêt

Une vieille forêt, cela existe-t-il encore? Les associations de sauvegarde de la nature en parlent de plus en plus. Pourtant ce choix de laisser vivre une forêt, selon son cycle naturel, ne favorise pas nécessairement la biodiversité. Au contraire, elle favorise la spécialisation!

L'étude de la faune ou de la flore d'une forêt laissée à elle-même montre qu'un petit nombre d'espèces sont présentes, certes parfois rares, ultra-spécialisées avec de fortes populations, par exemple des champignons, des insectes liés au milieu couvert, au bois mort... Donc, on peut entrevoir ce choix comme un renoncement vis-à-vis de la présence potentielle d'autres espèces!

Ne pas entretenir la forêt, c'est aussi ouvrir la porte toute grande aux grands incendies, criminels ou spontanés. La TV nous en montre chaque année d'effrayantes images. Le feu ravage des centaines de milliers d'ha chaque année. Aucun continent n'est épargné.

Des études ont montré au Canada (ndlr: réserve, bien sûr, quant à la taille des espaces envisagés) que la densité d'espèces protégées n'augmente pas dans les espaces non gérés mais qu'au contraire, on assiste à une migration de celles-ci vers les espaces gérés où la chaîne alimentaire est plus complète, par exemple, pour les oiseaux ou les grands carnivores.

Tu ne tueras point!

Beaucoup de nos concitoyens dénoncent la chasse comme une pratique barbare d'un autre temps. C'est souvent mission impossible que de faire comprendre que les maladies, le parasitisme, la dégénérescence guettent, si le gibier est trop abondant!

Quant à la régénération naturelle et aux jeunes plantations en péril, ces aspects sont absents de leur vision. La nature a la possibilité de tout réguler à leurs yeux!

Travail de la forêt

Le bûcheron reste comme une image sans tache, surtout s'il ne manipule pas d'outils mécaniques et qu'il débarde avec ses chevaux! Faire des éclaircies, débroussailler, demeure une agression et certains le ressentent au plus profond de leur chair!

Abattre une vie de trente ans ou de plusieurs siècles devient un crime, même s'il s'agit d'un arbre malade ou dangereux! Les images des nouvelles machines qui déracinent, abattent, écorcent, et débitent, hantent leurs nuits!

Pas moyen de faire passer l'idée que l'on n'abat pas plus qu'autrefois mais que cela se fait avec moins de sueur, que l'on dérange moins longtemps les hôtes de la forêt, que l'on malmène moins les sols!

Les arbres grandissent toujours quasi à la même vitesse et on n'abat pas plus que les quotas fixés annuellement, peu importe que l'on oeuvre avec des techniques traditionnelles ou modernes.

Certes, cela supprime de l'emploi. Mais qui aurait encore le courage d'un tel travail physique? Même les débardeurs avec cheval, pourtant si attachés à cette tradition, y renoncent de plus en plus!

Propriétaires privés

Combien de fois n'ai-je pas entendu cette comparaison: les propriétaires privés sont des seigneurs sur leur terre qui font ce qui leur plaît! Lorsque je les défends, certains n'hésitent pas à me dire que je suis à leur solde, pour un bon repas partagé!

Peu d'entre nous savent comment s'organise la gestion de la forêt. Qui sait qu'il y a des cahiers de charges liés à la nature du sol, des essences à introduire, des conditions de plantation, des règles pour Natura 2000 et la biodiversité, un nouveau code forestier?

Paradoxe, les propriétaires privés qui ont le mieux géré la forêt pour en maintenir la biodiversité se trouvent confrontés aux nouvelles règles: classés en zone «Natura 2000», ils sont souvent pénalisés par celles-ci et ce n'est pas les quelques primes octroyées qui balayeront cette impression qui s'assimile à celle d'une intrusion sur leur domaine.

Il faut les côtoyer pour comprendre ce que ce patrimoine familial lourd à gérer représente pour eux. Celui qui hérite de chênes centenaires fera peut-être une affaire. Mais en général, au vu des frais de préparation, de plantation, d'entretien, d'éclaircies, d'impôts, assurances, de droits de succession (parfois trois fois sur la vie d'un arbre), aménagement des voies de circulation, abattage, mieux vaut placer son argent en banque même en cette période.

Heureusement qu'il existe encore de telles fortunes pour entretenir de grands ensembles remarquables! Notons qu'il y a aussi une majorité de petits propriétaires qui entretiennent amoureusement de petites portions de bois et de forêts, en regardant la vie s'y accomplir, sans en attendre des revenus plantureux.

Emploi!

Combien comprennent que la forêt est génératrice de nombreux emplois? Outre la filière bois proprement dite, on peut citer aussi la pépinière, la gestion, l'entretien, l'aménagement, l'enseignement, la recherche, ainsi que les assurances!

Mon ami dénonce le caractère spéculateur de la forêt privée. Comment peut-on spéculer sur le bois?

J'ai été très étonnée d'apprendre que le scieur impose déjà ses exigences au moment de la plantation, que, de surcroît, il reçoit les desiderata de ces acheteurs de Chine, d'Italie ou d'Autriche parfois pour un abattage qui se fera au mieux dans une cinquantaine d'années, voire bien au-delà.

Comment peut-on spéculer sur la forêt? En quelques heures de tempêtes, des années d'espoir s'effondrent. La dernière tempête en France, en janvier dernier, a mis par terre le quota de quatre années normales à abattre.

Les scieurs qui ont stocké ces produits ne parviennent pas à écouler ce surplus; ils doivent l'arroser pour le mettre à l'abri des insectes, et l'envoi vers la Belgique, vu le prix du carburant, les met dans une situation intenable.

Ne parlons pas des épidémies de maladies, des invasions d'insectes, des dégâts de gibier, des changements de mode, des incendies! Les modifications climatiques rendent certaines forêts inexploitables parce que des essences mal adaptées au type de sol qui les supportent périclitent du jour au lendemain !

N'oublions pas non plus les pollutions atmosphériques qui «déplument» nos plus beaux houppiers! N'oublions pas que, désormais, ce sont les Chinois qui scient nos bois d'oeuvre et nous les renvoient en parquets!

Hommes de la forêt

Selon certains, la forêt est un sanctuaire qu'il faut protéger de toutes les atteintes. Pour d'autres, la forêt est un droit pour tout un chacun, ce qui crée des conflits!

Les gardes, les agents de la DNF sont considérés comme des gardiens; les naturalistes, entomologistes, botanistes ou autres comme des prédateurs potentiels. Se balader avec un filet augure d'un acte inqualifiable à certains yeux! Les chasseurs sont vus comme de vrais prédateurs et non comme les régulateurs qu'ils sont censés être!

D'autres voient la forêt comme un espace à envahir, à conquérir, fans de sports moteur en tous genres, touristes enivrés hurlants, chiens en liberté! Certains aussi la voient comme une source de revenus: récoltes de petits fruits, champignons, espèces rares d'insectes, de mousses, de terreau, dénichage d'oeufs, vol de trophées et braconnage.

Vers une forêt plus raisonnée et de qualité

Savez-vous qu'à Louvain, une équipe étudie les potentialités de chaque parcelle à planter? Des pédologues scrutent les sols et sous-sols et conseillent les essences qui y sont les plus compatibles.

Et maintenant, leur tâche implique aussi de prendre en considération les changements climatiques qui s'annoncent.

Savez-vous qu'à Gembloux, l'équipe du Professeur Rondeux a réalisé l'inventaire de nos forêts arbre par arbre, hectare par hectare, ceci afin de planifier les besoins des scieries pour les siècles à venir?

Ces inventaires sont permanents, chaque tempête un peu dévastatrice implique que l'on refasse des mises à jour régulières de ces inventaires.

Choix politiques

Tout ceci pour dire que la forêt représente pour bon nombre d'entre nous une valeur qui semble encore résister au temps, même si nos rapports avec elle ont beaucoup changé. Son avenir dépendra des choix qui seront faits envers elle!

Le nouveau code forestier apporte certes certains apaisements mais il est encore bien imparfait et sa transcription dans la pratique est lente et incertaine!

Les grandes directives européennes en matière de biodiversité se révèleront-elles à la hauteur de nos espérances? Ou ne seront-elles que des incitants financiers, vus comme des primes alléchantes?

Une tendance populiste veut que tout doive pouvoir être accessible ou visible par tous. «C'est un droit» affirment certains. C'est inquiétant car bien peu comprennent que cela implique discipline et respect envers la forêt!

Camille Thirion

Rss  Imprimer  Envoyer à un ami  Changer la taille des caractères

Vos réactions

Laissez votre commentaire :

Edition membre du club Sillon

Vous êtes déjà abonne ? Devenez membre du Club Sillon gratuitement!

 

Service de garde vétérinaire

Si vous avez besoin de service vétérinaire et que votre vétérinaire traitant habituel est absent, un service de garde est assuré.

Sélectionnez votre région et contactez l'un des vétérinaires de garde.

 

Restez connectés

Facebook Twitter Rss Newsletter
Publicités de Google:

Envoyer un e-mail

Votre email :
Votre prénom :
Votre nom :
Votre commentaire :
Email de votre ami :