Courrier des lecteur : «Le 26/11, nous avons fait ce que nous ne pensions jamais devoir faire en tant que vétérinaires»
Le soir du 26 novembre, l’Union Professionnelle Vétérinaire (UPV) et VeDa (Verenigde Dierenartsen) ont quitté collectivement la séance de démonstration du nouveau système d’encodage des antibiotiques, organisée par les autorités fédérales.

Ce n’est ni un coup d’éclat, ni un geste symbolique gratuit. C’est le point de rupture d’une profession qui, depuis plus de dix ans, a tout donné pour la lutte contre l’antibiorésistance, et qui aujourd’hui se voit imposer un système qu’elle n’a pas construit, qu’elle ne comprend pas, et qui la broie. Alors que les autorités régionales comprennent la détresse et constatent l’apparition des déserts de soin, les agences fédérales avancent en rouleau compresseur.
Le message lu ce soir-là devant les équipes techniques est clair, et nous le réaffirmons devant le Parlement fédéral :
« Nous avons réduit les antibiotiques comme aucun autre pays. Nous avons obtenu des résultats uniques en Europe. Sans moyens, sans renforts, sans soutien administratif, et souvent au détriment de notre santé mentale. Et malgré cela, nous sommes traités comme une simple variable d’ajustement administrative.
– NON à porter seuls la bureaucratie.
– NON à collaborer à un système qui nous broie.
– NON à servir de main-d’œuvre administrative gratuite.
Vous voulez des registres ? Des plateformes ? Des encodages ? Des exigences qui vont plus loin que l’Europe ? Débrouillez-vous sans nous.
Les vétérinaires continueront à soigner. Mais nous ne porterons plus la charge administrative à votre place. »
Dix ans de résultats… sans moyens, sans renforts, sans reconnaissance
Une « prime » versée en 2029 : plus qu’insuffisant, insultant
Pour tenter de faire passer la pilule, il est proposé aux vétérinaires de rejoindre ce système moyennant une prime d’encodage, calculée par analogie avec celle des médecins… mais :
– versée quatre ans après le démarrage de la charge ;
– sans garanties claires sur le montant réel ;
– totalement déconnectée du temps et des coûts que représente l’encodage quotidien pour des indépendants déjà en tension.
Ce n’est pas un soutien. C’est un aveu : on sait que la charge est énorme, mais on demande aux vétérinaires de la porter d’abord, et de discuter de l’addition plus tard.
Ce que nous demandons au Parlement fédéral
Nous appelons les présidentes et présidents de groupes, ainsi que les commissions compétentes, à :
I. Suspendre la mise en œuvre du système d’encodage tel que présenté, le temps d’une évaluation indépendante de sa charge réelle et de sa conformité aux exigences européennes.
II. Organiser d’urgence une audition parlementaire des représentants de la profession (UPV, VeDa, et organisations professionnelles), des autorités (AFMPS, SPF Santé publique) et d’AMCRA.
III. Garantir une stricte conformité au droit européen, sans surenchère administrative nationale qui pénalise uniquement les vétérinaires belges.
IV. Mettre en place un financement équitable et prévisible : avec une compensation annuelle directe de la charge d’encodage (sur le modèle des primes à la digitalisation en médecine humaine) ; une reconnaissance financière du temps de reporting AMR et de conseil aux filières.
V. Inscrire la lutte contre l’antibiorésistance dans une approche One Health équilibrée, où la médecine vétérinaire ne reste pas la seule à assumer des obligations lourdes sans moyens dédiés.
Des opérations administratives mal étudiées
Les vétérinaires belges ont prouvé leur efficacité dans la lutte contre l’antibiorésistance. Ils continuent et sont prêts à continuer à être des sentinelles One Health. Ce qu’ils refusent désormais, c’est d’être des variables d’ajustement administratif, sommées de se taire, d’encoder, et de payer en santé mentale ce que la collectivité ne veut pas financer. Irrémédiablement, c’est le coût des soins vétérinaires qui sera impacté, par des obligations administratives mal étudiées.
No, we can’t – pas comme ça, pas seuls, pas sans respect.





