La Plate de Florenville en sursis
La Plate de Florenville est l’une des stars de la ferme et une véritable fierté locale. En effet, sous l’impulsion de Pierre Emond et d’autres agriculteurs de la région, elle a été reconnue comme Indication géographique protégée en 2015. Cela signifie qu’elle ne peut être produite que sur un territoire précis et qu’elle doit respecter un cahier des charges strict. Cette indication est une belle reconnaissance de son lien au terroir et de l’histoire agricole de la région.
La Plate de Florenville, issue de la variété Rosa, a la chair ferme jaune, une peau rosée et une forme allongée caractéristique. Elle dévoile un goût délicat légèrement sucré avec une note de châtaigne. Elle serait cultivée dans la région depuis la fin du 19e siècle. « L’Histoire dit qu’elle aurait été amenée par les Espagnols et qu’elle s’est bien plu dans nos sols sablonneux et légers. Nous avons pu prouver qu’elle était déjà inscrite sous le nom de Plate de Florenville en 1925 », détaille Pierre. Les agriculteurs locaux ont amélioré la variété génération après génération, en gardant les meilleurs tubercules à replanter l’année suivante. Cette sélection empirique a stabilisé ses caractéristiques.

Quelques producteurs seulement
Malheureusement, il ne reste plus que quelques producteurs de cette variété unique et la famille Emond est la seule à encore demander la certification IGP. « Cette démarche est assez exigeante et onéreuse et le certificat n’est pas nécessaire pour la vente sur place. Il nous permettait surtout de fournir la grande distribution. Hélas, cette dernière souhaite, entre autres, que nous fournissions un produit lavé ce qui, avec la distance de certaines centrales, complique la logistique. J’ai pu un certain temps travailler avec des partenaires plus proches de celles-ci, mais nous sommes arrivés au bout de certaines solutions. De plus, avec les reprises et restructurations dans le secteur, les mentalités et objectifs de ces chaînes changent aussi ».
Le renouvellement de la variété est également une source d’inquiétude. En effet, jusqu’ici, les plants de Rosa étaient produits en Bretagne sur des sols similaires à ceux de la crête jurassique. Cependant, la station de recherche bretonne a égaré la souche pure de la variété et n’est plus en mesure de produire des plants corrects. « Nous obtenions des tubercules de mêmes goût et caractéristiques mais qui tubérisaient beaucoup trop tard. Cette source a donc été abandonnée. La station de Libramont s’est donc attelée à la tâche, mais rencontre des difficultés à régénérer des plants assez sains. » Un programme de sauvegarde ayant pour objectif de récupérer des souches pures en suffisance afin de pouvoir conserver l’IGP est donc en place.
« Pour cette année, j’espère avoir 300 kg de plants à 0 % de virus et je vais également utiliser des mini-tubercules. Ces derniers ont été obtenus après culture de plantules issues de boutures, mais ne peuvent pas être certifiés en première année du fait de leur exposition plus probable aux pucerons. Ils seront replantés une seconde année en espérant que leur production soit suffisamment indemne de viroses pour être certifiée. »
« En fait, pour préserver la variété, on devrait pouvoir envisager une dérogation. La Corne de Gatte est un peu dans la même situation mais, si on faisait une exception pour ces variétés, ça serait sans doute trop délicat pour les autres qui pourraient aussi demander des exemptions ».