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Repenser l’agriculture à travers le bien-être des agriculteurs

Comprendre l’agriculture d’aujourd’hui nécessite de croiser les regards. À travers une approche interdisciplinaire, les recherches menées à l’Ilvo analysent à la fois les dimensions humaines, économiques et territoriales, avec une attention particulière portée au bien-être des agriculteurs.

Temps de lecture : 4 min

Au sein de l’Ilvo, la division « Agriculture et société » se distingue particulièrement par rapport à ce qui est fait en Wallonie. Représenté par Lies Messely, le département des sciences sociales regroupe 54 chercheurs issus d’horizons variés : bio-ingénieurs, géographes, biologistes, ingénieurs civils, politologues, urbanistes, nutritionnistes, vétérinaires, philosophes, pédagogues, psychologues et sociologues. Cette diversité permet de croiser les perspectives et d’aborder les problématiques agricoles de manière globale.

Le département se caractérise également par une forte représentation féminine (60 %) et une équipe relativement jeune, avec plus de la moitié des chercheurs âgés de moins de 35 ans.

Les activités de recherche s’organisent autour de six groupes thématiques : systèmes et stratégies alimentaires, agroécologie et environnement, sciences du comportement, espace pour l’alimentation, économie d’entreprise, et apprentissage et innovation interactive.

Établir un plan d’action

Lies Messely définit les sciences du comportement comme « l’étude de la manière dont le comportement humain influence les pensées, les décisions, les interactions et les actions individuelles des agriculteurs ». Les recherches portent notamment sur les facteurs qui déterminent les comportements des agriculteurs, ainsi que sur les politiques ou mesures susceptibles de les orienter.

Un autre volet s’intéresse au stress des agriculteurs : comment le gère-t-il ? quels sont les mécanismes qui peuvent améliorer leur bien-être global ainsi que celui de leurs familles ? Un projet de recherche sur la santé mentale a donc vu le jour en 2020. Celui-ci vise à identifier les sources de stress, à comprendre les mécanismes de gestion adoptés et à analyser leurs impacts sur le bien-être des agriculteurs et de leurs familles. Basée sur des enquêtes et des entretiens, cette recherche ne se limite pas à quantifier les problèmes, mais cherche aussi à comprendre les histoires personnelles qui se cachent derrière les chiffres.

Après deux années d’étude, les résultats ont mis en évidence la nécessité d’une approche intégrée pour améliorer le bien-être agricole. Ce travail a donné lieu à des échanges avec les autorités publiques et à des tables rondes réunissant agriculteurs et décideurs, débouchant sur l’élaboration d’un plan d’action. Celui-ci repose sur trois axes principaux : lever les barrières à la demande d’aide, renforcer les capacités individuelles des agriculteurs (notamment par gestion du stress et de l’exploitation), et agir sur les facteurs structurels de stress, tels que la complexité administrative et les réglementations.

Les autres groupes de recherche

Un autre groupe de recherche « Économie d’entreprise » explore, quant à lui, les modèles économiques agricoles. Il s’agit de comprendre les différentes formes existantes d’organisation des exploitations ainsi que de s’intéresser aux nouveaux modèles, particulièrement ceux qui créent de la valeur pour les agriculteurs, leur entreprise et les consommateurs. Les chercheurs développent également des outils de simulation permettant d’éclairer les décisions économiques au niveau des exploitations. Leurs travaux portent aussi sur l’acceptation du marché, la mise à l’échelle et leur reproductibilité.

Les études spatiales constituent un autre axe majeur, particulièrement pertinent en Flandre où la pression sur les terres est forte. Les recherches portent sur la préservation des espaces ouverts, la protection des terres agricoles et l’accès au foncier. Cela inclut la quantification des usages réels des terres (les activités non agricoles comme les jardins ou les prairies pour chevaux, la fragmentation territoriale), la cartographie des terres publiques et des analyses spatiales visant à identifier les opportunités de développement pour différents types d’agriculture.

Le groupe « Systèmes et stratégies alimentaires » s’intéresse aux comportements des consommateurs et aux dynamiques des systèmes alimentaires. Les chercheurs analysent par exemple les normes sociales qui contribuent au gaspillage alimentaire, ainsi que les freins et leviers à l’adoption d’une alimentation saine et durable (prix, accessibilité, habitudes). Ils travaillent également sur l’innovation systémique, notamment en étudiant les flux de résidus alimentaires et les obstacles à leur valorisation, ainsi que les conditions favorables au développement d’innovations multidisciplinaires et leur évaluation.

Les travaux en agroécologie et environnement visent à accompagner la transition des agriculteurs vers des pratiques plus durables. Des dispositifs permettent de connecter les acteurs et de co-construire des solutions. Les recherches portent sur les partenariats nécessaires pour piloter ces transitions, sur la santé des sols (agriculture carbone, services écosystémiques) et sur l’agrobiodiversité fonctionnelle.

Enfin, le groupe « Apprentissage et innovation interactive » se concentre sur les processus de co-création et de diffusion des connaissances. Il vise à développer des innovations avec les acteurs concernés, afin d’aborder des problèmes complexes. Les recherches portent notamment sur la manière de structurer efficacement la participation, en tenant compte des rapports de pouvoir, ainsi que sur les méthodes participatives facilitant ces dynamiques collaboratives. Par ailleurs, une attention particulière est accordée à l’apprentissage tout au long de la vie, en soutenant le développement continu des connaissances, des compétences et des capacités nécessaires pour évoluer au sein de systèmes agroalimentaires en constante transformation.

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