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Quatorze agriculteurs mobilisés pour préserver le bruant proyer

Avec ses 733 ha, la plaine de Thorembais, dans la commune de Perwez, n’est pas un endroit comme les autres en Hesbaye… Entre les champs et les chemins de remembrement se trouve une série de parcelles aménagées. Des zones qui ont permis de faire revenir sur ce territoire différentes espèces, à l’instar du bruant proyer, un oiseau menacé.

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Se balader dans cette plaine, c’est naviguer entre les cultures, accompagné par le chant des oiseaux… Tandis qu’une alouette se lance dans sa mélodie, Arnaud Laudelout, de chez Natagora, raconte ce qui fait la spécificité du lieu. « Cela va faire douze ans que nous avons commencé le suivi dans la plaine. Nous avons constaté une augmentation et une stabilisation du bruant proyer. Alors qu’il y avait une dizaine de couples au début du projet, on en recense 20 à 26 annuellement, à présent ». Cet oiseau au plumage couleur ocre et aux stries brunes n’est pas le seul à profiter de l’endroit… Par exemple, les populations d’alouettes ont augmenté à hauteur de 30 % à l’échelle de dix dernières années. Et si la caille des blés, la bergeronnette printanière et d’autres oiseaux des champs s’observent ici, ce n’est pas le fruit du hasard. L’histoire débute dès le début des années 2010, lorsque Thierri Walot, de l’UCLouvain, et François-Xavier Warnitz, de Natagriwal, identifient la plaine comme un terrain idéal pour tester des actions innovantes en faveur de la biodiversité.

Le premier rappelle : « Les bandes aménagées existent dans le programme agro-environnemental depuis vingt ans. La question des oiseaux des champs était déjà prise en compte, et la Région proposait ces aménagements avec des rémunérations intéressantes. Néanmoins, il y avait peu d’impact sur les espèces les plus menacées, dont celles qui nichent au sol, comme le bruant proyer, l’alouette… ». De ce constat, les spécialistes prennent exemple ailleurs, en Grande-Bretagne, comprennent l’importance d’installer suffisamment d’aménagements là où se trouve déjà une certaine densité d’oiseaux, et partent à la rencontre des principaux protagonistes du projet. En effet, le bruant proyer est un oiseau « paradoxal ». Davantage présent en région hesbignonne, il se concentre sur les grands paysages ouverts et est devenu dépendant des zones agricoles les plus intensives. Bref, c’est directement à proximité des cultures qu’il fallait agir pour permettre à cet oiseau menacé de redéployer ses ailes.

Convaincre et soutenir les différents protagonistes

« Nous avons dû aller chez les agriculteurs, les convaincre du bien-fondé du projet, proposer des variantes simples et adaptées à leur ferme, ainsi qu’un soutien administratif et technique », complète Thierri Walot.

Ainsi, si les premiers aménagements ont, à présent, plus de vingt ans, différents leviers ont été mis en place en vue de mobiliser le monde agricole : démarchage individuel pour encourager l’engagement en mesures agro-environnementales et climatiques, financement de semences adaptées pour tester de nouveaux protocoles, visites de terrain et accompagnement technique ou encore fiches d’information et échanges réguliers pour maintenir la motivation, comme le rappelle Natagriwal.

Résultat ? Alors qu’en 2016, un seul agriculteur était engagé en MAEC, couvrant 0,6 % des terres arables, ils sont maintenant 14 à être mobilisés, représentant 3,7 % des terres arables, « un chiffre cinq fois supérieur à la moyenne des autres zones prioritaires pour le bruant proyer », souligne encore l’organisme. Si désormais il existe même une rue des Bruants, à Perwez, ce succès est dû aux actions collectives mises en place. Agriculteurs, mais aussi propriétaire de manège, club d’aéromodélisme : tous ont œuvré à remettre cette vie au cœur de la plaine. Le tout, avec l’appui de l’UCLouvain, Natagriwal, Natagora, la Commune de Perwez et la Région wallonne.

En 2016, seul un seul agriculteur était engagé en MAEC, soit 0,6 % des terres arables. Ils sont désormais 14,  avec un réseau de MAEC représentant 3,7 %  de ces terres.
En 2016, seul un seul agriculteur était engagé en MAEC, soit 0,6 % des terres arables. Ils sont désormais 14, avec un réseau de MAEC représentant 3,7 % de ces terres. - D.T.

Une aide financière revue à la hausse

« Pour ce projet de conservation du bruant proyer, trois clés principales ont été mises en place. Il fallait fournir de l’alimentation durant la période de reproduction afin d’alimenter leurs nichées. Par exemple, avec les invertébrés que l’on retrouve dans les bandes MAEC et les mélanges fleuris de quelques années. Ensuite, ces oiseaux doivent avoir des endroits sûrs pour mettre leur nid, généralement un champ de céréales ou de betteraves. La troisième clé, primordiale, est de fournir une alimentation hivernale car les grands froids sont une période très critique. Il faut, dès lors, des céréales à manger en hiver », souligne Arnaud Laudelout.

Parmi les agriculteurs impliqués se trouve Michel Jandrain. Ancien éleveur et vétérinaire, il a continué les cultures et explique : « D’abord, on a mis du quinoa, la seconde année, un couvert d’attente, puis on a semé avec trois mélanges : deux différents pour les butineurs et un autre pour les hautes herbes. Cela a bien fonctionné, et nous n’avons jamais dû réensemencer ». C’est en 2019 qu’il est approché pour prendre part à cette initiative. Attiré par la préservation de la nature, en tant qu’échevin à Perwez, il souhaitait alors donner un coup de « boost » à la région. Une manière, aussi, de montrer l’exemple. Néanmoins, il s’est heurté à différents freins. « Aujourd’hui, je suis très fier de cette parcelle. Mais au début, j’avais peur que cela fasse sale, avec des plantes envahissantes. C’est finalement maîtrisable ». Sur l’année, il compte environ 4 heures de travail manuel pour retirer les indésirables, comme les chardons. En outre, ce projet a fait naître des partenariats. Un manège vient faucher gratuitement en août et prend les ballots. « Cela m’arrange, comme je n’ai plus de bêtes ».

Ensuite, il a fallu obtenir une compensation financière adéquate pour ces parcelles aménagées (MC 7). « Au début, cette aide était assez limitée, elle est devenue plus importante avec un montant actuel de 1.800 € l’hectare. Ça a été un levier ».

Si, au fil du temps, ce projet a pleinement rempli ses objectifs, à présent cap sur le futur et sur la stabilisation des aménagements existants pour continuer à entendre chanter dans les champs.

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