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Jean-Marc Groux: «Les races rustiques sont des alliées de la biodiversité»

À Villers-en Fagne, Jean-Marc Groux a toujours porté une attention particulière au maintien et à la préservation de la biodiversité. Ce credo l’anime au quotidien, dans la gestion de son élevage Angus et de ses parcelles pâturées, fauchées ou cultivées. Au point d’inclure de nombreuses mesures agro-environnementales et climatiques à son parcellaire, mais aussi de participer à la gestion de plusieurs réserves naturelles.

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Après une première vie professionnelle dans la sylviculture, Jean-Marc Groux s’est réorienté vers l’agriculture, une carrière qu’il ne s’imaginait pas embrasser. « Mes parents étaient à la tête d’un troupeau Blanc Bleu mixte. Quand ils ont cessé l’élevage, mon activité forestière se portait bien. Pourtant, je me suis progressivement tourné vers l’agriculture pour finalement y entrer de plain-pied », se souvient-il. Avec, dès les premières années, un intérêt franc pour la conservation de la biodiversité.

Jean-Marc loue ainsi sa première prairie en 2007 et actionne l’ancienne mesure agro-environnementale et climatique (MAEC) « Fauche tardive ». « La vente du foin me permettait de payer le loyer », livre-t-il pour l’anecdote. En 2009, c’est un verger qui voit le jour. Dans les années qui suivent, il reprend quelques terres, fait le choix du bio et accueille ses premiers Angus en 2014. Une race qui le séduit par sa robe noire, son absence de cornes et sa capacité à valoriser les fauches tardives.

Aujourd’hui, le troupeau compte 120 bêtes, pour environ 40 vêlages annuels. Le tout écoulé en vente directe (lire encadré). « Par ailleurs, je travaille en autonomie fourragère. Herbe, luzerne et mélanges céréales-pois sont autoproduits. Seuls les sels minéraux ont une origine extérieure à la ferme. »

Des fauches tardives, au bénéfice de la faune et de la flore

Le choix d’une race rustique se prête parfaitement bien à une autre facette de l’exploitation qu’est la valorisation de l’herbe issue de réserves naturelles. En effet, Jean-Marc est notamment impliqué dans la gestion de deux sites faisant partie du réseau Natagora que sont Les Tournailles, à Villers-en-Fagne (Philippeville), et Le Baquet, à Doische.

Aux Tournailles, la prairie maigre mésophile, gérée par Jean-Marc par fauche annuelle, héberge de nombreuses espèces végétales et animales…
Aux Tournailles, la prairie maigre mésophile, gérée par Jean-Marc par fauche annuelle, héberge de nombreuses espèces végétales et animales… - Natagora

dont la rare et discrète vipère péliade.
dont la rare et discrète vipère péliade. - Damien Sevrin

Et de préciser : « Pour exploiter le foin issu de réserves naturelles, vous n’avez pas d’autre option que d’opter pour des races rustiques car les fauches ont lieu bien plus tard qu’en prairies traditionnelles. Elles sont des alliées majeures pour la valorisation des fourrages tardifs, d’une part, et de la biodiversité, d’autre part ». Car en retardant les interventions réalisées sur ces prairies naturelles, la flore et la faune (insectes, reptiles, oiseaux…) ont tout le loisir de se développer à leur gré.

Sur ce type de parcelle, Natagora et l’agriculteur travaillent toujours en partenariat. « Nous déterminons de quel type de biotope il s’agit, notamment sur base historique et cartographique, afin d’envisager au mieux les interventions à mener. Aux Tournailles, il s’agit d’une prairie maigre mésophile, géré par fauche annuelle. Sur d’autres sites, on s’oriente davantage vers le pâturage extensif, selon les objectifs visés », éclaire Damien Sevrin, chargé de réserves naturelles chez Natagora.

En échange de son implication, l’agriculteur peut déclarer les parcelles sous forme de MAEC et bénéficier des aides associées. « Personnellement, j’ai toujours été intéressé par la biodiversité, déjà durant ma carrière sylvicole. J’agis pour moi, et pour la faune et la flore », insiste Jean-Marc. Par ailleurs, l’aide payée à l’agriculteur n’occulte pas les contraintes auxquelles il doit faire face.

Damien enchaîne : « L’objectif est bien d’améliorer et de protéger la qualité des paysages et la biodiversité. Chaque agriculteur est libre de s’engager s’il le souhaite, selon ses convictions ».

Outre les aides financières perçues, l’éleveur bénéficie d’un fourrage supplémentaire. Qu’il ne peut toutefois donner n’importe quand. « Il faut connaître son troupeau pour intégrer cet aliment dans la ration au meilleur moment, car il est moins appétant », détaille-t-il.

In fine, c’est surtout la satisfaction d’œuvrer pour ce bien public qu’est la biodiversité qui anime Jean-Marc. « C’est valorisant d’agir de la sorte. Je dirais même que c’est une fierté ! »

Une philosophie confrontée au terrain

Dans le cadre de ce partenariat, un cahier des charges régit les travaux qui peuvent être menés sur la parcelle : absence de fertilisation, restriction des dates de fauche au profit de la faune et de la flore, exportation de la récolte, entretien des clôtures en bon père de famille, pas d’affouragement dans le cas d’un site pâturé, fauche excentrique (depuis le centre de la parcelle) et maintien d’une zone refuge (10 % de la superficie) pour la faune. Ce cahier découle, en réalité, des règles régissant les MAEC.

« Nous restons disponibles pour accompagner chaque agriculteur qui se questionnerait quant à la gestion du site. Par ailleurs, n’étant ni éleveurs ni cultivateurs, nous sommes donc toujours à l’écoute de leurs propositions », ajoute-t-il. Jean-Marc Groux complète : « Nous ne sommes en aucun cas livrés à nous-mêmes ».

Sur le plan opérationnel, Damien regrette que la fauche doive être effectuée suivant une date plutôt que sur base du cycle de la faune et de la flore. « Un suivi des parcelles couplé à un modèle météo pourrait aider à déterminer la date d’intervention idéale. Quand l’agriculteur ne peut intervenir avant le 15 juillet, il récolte parfois de la paille et non du foin… », constate-t-il. Natagora n’a toutefois que peu de poids sur la détermination de la date de fauche, d’autant que le montant de la prime versée à l’agriculteur a été calculé de manière à compenser la perte de qualité et à rémunérer les efforts supplémentaires consentis.

Le pré-verger accueille des pommiers haute-tige, dont les fruits sont valorisés sous forme de jus, …
Le pré-verger accueille des pommiers haute-tige, dont les fruits sont valorisés sous forme de jus, … - J.V.

…ainsi, entre autres, que de la luzerne lupuline, riche en protéines, pour le bétail.
…ainsi, entre autres, que de la luzerne lupuline, riche en protéines, pour le bétail. - J.V.

Sur le terrain toujours, Jean-Marc pointe la problématique du matériel. « Je ne suis pas équipé pour la fauche. Mon entrepreneur doit donc se rendre sur place, alors que la parcelle est éloignée de la ferme et n’est généralement récoltée qu’une fois par an. » Damien ajoute : « L’hyper-mécanisation est un problème pour la gestion des réserves naturelles. Elles ne sont pas toujours facilement accessibles pour un entrepreneur travaillant avec du matériel plus grand et moins maniable dans ce type d’environnement. Un agriculteur équipé de petits matériels aura toujours plus facile à intervenir ».

Pour l’éleveur, s’impliquer dans ce type de projet est surtout une question de philosophie. « Certains ne comprennent pas toujours… D’autres ne voudraient pas d’un tel fourrage pour leur cheptel… Mais je suis convaincu du bien-fondé de ma démarche. »

Assurer la diversité floristique

Afin d’évaluer les bénéfices pour la réserve naturelle, Natagora réalise ponctuellement des relevés floristiques sur les parcelles gérées par des agriculteurs, notamment grâce à l’aide de volontaires motivés. « Cela consiste à identifier les espèces présentes et à évaluer leur taux de recouvrement. Nous cherchons notamment à maximiser la diversité sur ces sites, en augmentant la part de dicotylées par rapport aux graminées, ce qui est également bénéfique pour le troupeau. » Ce suivi ne concerne pas encore les insectes ou les oiseaux, faute de moyens humains suffisants.

De ce suivi découle une question : sur des prairies de fauche comme celles gérées par Jean-Marc, comment réagir face à une baisse de la diversité floristique malgré un régime de fauche adapté ? Si cette diminution est clairement liée à un appauvrissement généralisé du sol, il serait peut-être opportun de revoir l’interdiction de fertilisation. « Sans amendement, dans certaines conditions, le risque est parfois réel de voir quelques espèces inféodées aux milieux pauvres et dégradés prendre le dessus. Si la mesure a été instaurée pour éviter l’apport de fertilisants chimiques, il ne semblerait pas incongru, même si c’est actuellement interdit, d’apporter exceptionnellement un fertilisant organique, tel qu’un fumier composté », complète Damien.

Des aménagements aussi divers que variés

Outre la gestion des réserves naturelles, l’éleveur a pris de nombreuses autres mesures favorables à l’environnement sur sa ferme. Celle-ci s’étend sur 70 ha, dont 15 % environ de cultures (céréales, triticale-avoine-pois, caméline…), et regorge d’aménagements aussi divers que variés.

La mare est un aménagement que Jean-Marc Groux souhaiterait voir se généraliser, tant elle contribue au développement de la biodiversité.
La mare est un aménagement que Jean-Marc Groux souhaiterait voir se généraliser, tant elle contribue au développement de la biodiversité. - J.V.

La mare abrite, notamment, de nombreuses grenouilles.
La mare abrite, notamment, de nombreuses grenouilles. - J.V.

On y retrouve des céréales laissées sur pied fournissant une source de graines pour les oiseaux des plaines en période hivernale, des cultures favorables à l’environnement, des prairies à haute valeur biologique, un pré-verger ou encore des mares. « Il faut toutefois réussir à gérer cela. Dans mon cas, je dois jongler entre les cultures, les prairies et les prairies à haute valeur biologique qui ne peuvent être fauchées avant le 1er juillet. Les mesures que prend un agriculteur doivent rester compatibles avec le fonctionnement de sa ferme », conclut-il avec réalisme et lucidité.

Jérémy Vandegoor

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