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Les terres publiques, un enjeu pour l’avenir de l’agriculture

Sans repreneur pour des milliers de fermes et confrontée à une flambée des prix du foncier, l’agriculture wallonne joue une partie de son avenir dans les dix prochaines années. Dans ce contexte, les terres agricoles publiques, soit 60.000 ha détenus par les communes, Cpas, fabriques d’église ou encore la région, l’équivalent de près de 10 % de la surface agricole wallonne, représentent un levier pour aider de jeunes agriculteurs à s’installer.

Temps de lecture : 5 min

Depuis 5 ans, l’Asbl Terre-en-vue a accompagné plus d’une centaine de propriétaires publics pour transformer cette réserve foncière en outil concret au service de l’agriculture, des territoires et des citoyens. Elle dresse le bilan de cet accompagnement et présente ses propositions pour l’avenir.

En Wallonie, on compte aujourd’hui 12.381 exploitations agricoles, contre plus du double en 1990. La population active agricole affiche un âge moyen de 55 ans : 17 % des travailleurs ont moins de 41 ans, 52 % plus de 57 ans. 45 % des exploitations sont dirigées par des agriculteurs pensionnés ou proches de la pension, soit plus de 5.500 fermes pour lesquelles il va falloir trouver un repreneur dans les prochaines années. Parmi les exploitants de 50 ans et plus, 37 % n’ont aujourd’hui aucun successeur identifié (chiffres officiels, portail wallon de l’agriculture, décembre 2025).

Trouver un repreneur ne suffit pas : encore faut-il pouvoir accéder à la terre. Selon l’Observatoire du foncier agricole wallon, le prix des terres agricoles a augmenté de 51 % en 7 ans, pour atteindre en moyenne 40.000€/ha. Sur les 357.422 propriétaires de terres agricoles recensés en Wallonie, près de 340.000 ne sont pas agriculteurs : un marché tiré par des acheteurs extérieurs au métier, hors de portée pour la plupart des jeunes qui souhaitent s’installer, en particulier ceux non issus du milieu agricole.

Les terres publiques, un gisement encore largement sous-exploité

Les terres agricoles publiques sont des terres qui appartiennent à la région, aux communes, aux Cpas et aux fabriques d’église. Elles ont été acquises et reçues en héritage tout au long de l’histoire. Actuellement, elles représentent 60.000 ha sur 743.715 ha, soit environ 8 % de la surface agricole en Wallonie.

En Flandre, où la part de terres publiques est comparable, 50 % des fermes dépendent aujourd’hui de terres publiques pour tout ou partie de leur surface. La Wallonie ne dispose pas encore de ce chiffre, mais de nombreuses fermes dépendent de ces terres publiques, soit pour la totalité des parcelles de la ferme, soit en partie. Pour Françoise Ansay, responsable « Terres publiques » chez Terre-en-vue et experte au sein du Réseau européen Access to Land, « la bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations. À l’heure où les finances communales et publiques sont sous tension, la tentation de vendre ces terres au plus offrant peut sembler légitime. Mais en tant qu’acteurs publics, ces propriétaires sont aussi les garants de l’intérêt général et de services aux citoyens : lutte contre l’érosion et les coulées de boue, production alimentaire en circuit court, préservation de l’eau, des paysages et de la biodiversité… Ce sont eux qui, en cas de problème, sont en première ligne pour répondre à ces besoins. La bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations ».

Un levier aussi pour le climat, l’eau, l’action sociale et la biodiversité

Au-delà de l’installation, les terres publiques peuvent aussi être mobilisées pour répondre aux défis climatiques et environnementaux des territoires. À Beauvechain, dans le Brabant wallon, confrontée à des coulées de boue récurrentes, la commune a construit un vaste plan de réduction de ce risque et réattribue ses terres agricoles aux agriculteurs en tenant compte de cet enjeu.

Au Château de Modave, sur des terres appartenant à Vivaqua, des producteurs vont faire revivre le potager du château et son verger conservatoire, tout en préservant la qualité de l’eau, une des meilleurs en Wallonie. Plusieurs Cpas ont aussi lancé sur leurs terres des projets agricoles en lien avec leur mission : projets de maraîchage en insertion socioprofessionnelle, approvisionnement d’écoles ou de crèches, production pour la fourniture alimentaire, etc. C’est le cas des Cpas de Pepinster, de Profondeville, de La Louvière, de Gesves, des Bons Villers et de Mons.

Des outils pour accompagner les pouvoirs publics

Concrètement, comment s’y prendre ? La première étape consiste presque toujours à établir un inventaire : de nombreux baux agricoles ont, historiquement, été conclus oralement, ce qui rend difficile pour les communes de savoir précisément quelles parcelles sont louées, à qui et à quelles conditions. Vient ensuite la définition d’une politique foncière : à quoi ces terres devraient-elles servir en priorité ? En 5 ans, Terre-en-vue a développé une série d’outils à disposition des pouvoirs locaux : un cahier des charges type pour la vente à prix fixe, un guide à destination des acteurs publics, un guide à destination des agriculteurs souhaitant louer des terres publiques, ainsi qu’une journée de rencontre entre Cpas pour partager les expériences.

En partenariat avec l’Union des Villes et des Communes Wallonnes et l’Agence du foncier, Terre-en-vue donne des formations collectives et réalise des accompagnements ciblés. Depuis la réforme de 2019, la loi impose aux propriétaires publics de mettre leurs terres en location selon quatre critères obligatoires, permettant notamment de donner l’avantage aux jeunes, aux petites fermes, aux fermes situées à proximité des terres concernées et à celles disposant de moins de terres publiques. L’Agence du foncier agricole wallon accompagne de nombreuses communes dans l’application de ces critères, avec des résultats concrets pour l’installation de jeunes agriculteurs. Mais dans certains cas, les procédures d’attribution n’ont pas produit l’effet escompté.

Pour aller plus loin, Terre-en-vue plaide pour quatre évolutions : l’accompagnement des jeunes candidats dans la constitution de leur dossier, la mise en place de jurys d’attribution pour écarter les candidatures trompeuses, la transmission des fermes hors cadre familial, et l’insertion de critères complémentaires déjà permis par la loi, pour soutenir encore plus les jeunes, la vente locale en circuits courts, la lutte contre l’érosion ou le recours à des pratiques assurant la protection de zones sensibles (prairies permanentes, zones inondables, zones de captage, proximité des écoles ou des habitations).

Table ronde à la Foire de Libramont

Le samedi 25 juillet à 11h, Terre-en-vue réunira à la Foire de Libramont des responsables de communes, de Cpas, de fabriques d’églises… pour partager leurs expériences : la commune de Beauvechain expliquera comment elle lutte contre le ruissellement et l’érosion des sols grâce aux terres publiques ; la commune d’Oupeye présentera les raisons d’une gestion parcimonieuse de son patrimoine ; la Fabrique d’église de Sivry-Rance présentera comment elle a mis en place la procédure de vente à prix fixe et la ceinture alimentaire de Charleroi son travail sur la gestion du territoire pour allier production alimentaire et biodiversité. voir aussi : www.terre-en-vue.be/agenda/conference-foire-de-libramont-2026).

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