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À Bruxelles, les fruits et légumes reprennent le chemin de l’école

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre, l’école primaire Robert Catteau, en plein cœur de Bruxelles, a accueilli le lancement du programme européen Fraich’Action. Portée en Belgique francophone par l’Apaq-w, cette campagne entend familiariser les enfants avec les fruits et légumes, leur saisonnalité et leur mode de production. Une démarche qui, au-delà de l’éducation au goût, ambitionne de retisser les liens entre le monde agricole et les consommateurs de demain.

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Apprendre à reconnaître les fruits et légumes, découvrir leur origine, comprendre le rythme des saisons et, surtout, prendre plaisir à les déguster : autant d’apprentissages qui ne vont pas nécessairement de soi pour les jeunes générations. C’est précisément à cette découverte que les élèves de l’école primaire Robert Catteau ont été conviés à l’occasion du lancement bruxellois du programme European Fraich’Action.

Financée avec le soutien de l’UE, cette campagne de promotion est déployée conjointement en France, en Belgique francophone et en Hongrie. Son ambition est de faire une place plus importante aux fruits et légumes frais dans l’alimentation quotidienne, en s’adressant prioritairement aux enfants et à leurs familles. Pour y parvenir, elle privilégie une approche ludique, fondée sur la curiosité, l’expérimentation et le plaisir plutôt que sur les prescriptions alimentaires. À Robert Catteau, plus d’une centaine d’élèves étaient invités à participer à des ateliers interactifs mêlant jeux, devinettes et dégustations. L’occasion de découvrir autrement des aliments dont ils connaissent parfois le nom, mais ignorent encore les conditions de production ou la période naturelle de récolte.

L’éducation au goût, dès les premières années

Pour Farah Afasi, directrice de cette école primaire, l’accueil de cette campagne s’inscrit dans une démarche éducative engagée depuis plusieurs années. L’établissement, qui relève de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles, considère en effet l’alimentation comme une composante essentielle du bien-être et de la réussite scolaire. « L’alimentation joue un rôle primordial dans la croissance des enfants, leur santé, leur bien-être, mais aussi leur disponibilité pour les apprentissages », souligne la directrice. L’enjeu dépasse ainsi la simple connaissance des aliments. Il s’agit de permettre aux enfants d’acquérir progressivement des habitudes qu’ils pourront conserver à l’adolescence et à l’âge adulte. Mais cette sensibilisation doit, insiste Mme Afasi, se faire sans contrainte, sans culpabilisation et sans jugement à l’égard des pratiques familiales.

À l’école, cette philosophie se traduit déjà par plusieurs initiatives concrètes. Pour la troisième année consécutive, l’établissement participe au programme de distribution de fruits, de légumes et de produits laitiers à l’école. Chaque mercredi matin, les élèves reçoivent gratuitement un fruit ou un légume de saison, de préférence local, qu’ils peuvent découvrir et déguster pendant la récréation. Une démarche qui réserve parfois quelques surprises. Car si croquer une pomme à dix heures paraît naturel, manger un légume à la même heure suscite davantage d’étonnement. Les enfants se prêtent pourtant volontiers à l’expérience et découvrent ainsi que les légumes peuvent, eux aussi, trouver leur place dans une collation. L’établissement multiplie parallèlement les occasions d’aborder l’alimentation sous différents angles. Des ateliers culinaires sont organisés le mercredi après-midi, tandis que les plus jeunes disposent d’outils pédagogiques adaptés, notamment ceux du projet « Jim Carotte ». La pyramide alimentaire, le cycle des saisons, les semences et les plantations trouvent également leur place dans les apprentissages. Autre initiative : à partir du 5 novembre et jusqu’au 25 juin, les élèves bénéficieront d’une distribution gratuite de potage, mise en place par l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles. L’école espère par ailleurs obtenir cette année le label Good Food, avec l’accompagnement de l’Asbl École à table.

Du potager à l’assiette, renouer avec le vivant

Dans la cour de l’établissement, un petit potager constitué de plusieurs bacs permet de prolonger les enseignements au contact de la terre. Courgettes, potirons et autres cultures offrent aux enfants la possibilité d’observer le développement des végétaux, depuis les semences jusqu’aux récoltes. Ce jardin pédagogique bénéficie notamment d’un accompagnement extérieur pour son entretien et sa préparation à l’hiver. Il constitue un support d’apprentissage auquel les enseignants peuvent revenir au fil des saisons, en fonction des thèmes abordés en classe. Car connaître un légume ne signifie pas seulement savoir le reconnaître dans une assiette. Encore faut-il comprendre qu’il provient d’une plante, qu’il a besoin de temps pour pousser et que sa production dépend du travail des agriculteurs et des maraîchers.

Cette découverte passe également par des sorties scolaires. Les élèves de deuxième primaire ont ainsi eu l’occasion de participer à une classe à la ferme, où ils ont pu goûter des produits locaux et de saison. Pour Farah Afasi, ces expériences pratiques sont essentielles. L’objectif est que les enfants quittent l’enseignement primaire avec un bagage qui ne soit pas uniquement théorique, mais également nourri de découvertes sensorielles et d’expériences vécues. Une manière, aussi, de préparer leur rapport futur à l’alimentation. Plus ces jeunes sont familiarisés tôt avec une diversité de saveurs, plus ils disposent de repères pour élargir leurs choix alimentaires.

Un enjeu qui dépasse la santé publique

Si European Fraich’Action poursuit une ambition éducative et nutritionnelle, le programme répond également à un objectif économique : soutenir les débouchés de la filière horticole et maraîchère. Philippe Mattart, directeur général de l’Agence, insiste sur cette double dimension. En mettant les enfants en contact avec les réalités de la production, la campagne entend également contribuer à une meilleure reconnaissance des métiers horticoles et maraîchers. Derrière chaque fruit ou légume se trouvent en effet des savoir-faire, des contraintes saisonnières et un travail dont le consommateur n’a pas toujours conscience. European Fraich’Action n’en est pas à sa première édition. Une précédente campagne, organisée entre 2021 et 2023, avait déjà permis à l’Apaq-w de développer des partenariats et d’acquérir une expérience dans ce domaine. Le nouveau programme repose sur une formule qui permet de mutualiser les moyens, les outils de communication et les bonnes pratiques, tout en donnant davantage d’ampleur aux actions de sensibilisation. Pour M. Mattart, la dimension transnationale est cohérente avec la réalité du marché européen. Les enjeux de consommation, de qualité des productions et de valorisation du travail agricole dépassent en effet les frontières. En Belgique francophone, European Fraich’Action ambitionne de sensibiliser 22.500 élèves dans 225 écoles de Wallonie et de Bruxelles en trois ans, avec l’espoir que ces jeunes deviennent à leur tour des ambassadeurs d’une alimentation plus saine auprès de leurs familles.

Marie-France Vienne

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