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Le parlement veut préserver l’agriculture face aux contraintes financières

À l’approche des négociations avec les États membres, le parlement européen plaide pour un budget de 194 milliards € en 2027, assorti de moyens supplémentaires pour l’agriculture, l’environnement, la recherche et l’éducation. Une position qui traduit sa volonté de préserver les grandes politiques communes, alors que le remboursement de la dette européenne et les tensions géopolitiques accentuent la pression sur les finances de l’UE.

Temps de lecture : 4 min

Les eurodéputés ont choisi de défendre leurs ambitions budgétaires. Réuni en séance plénière le 21 octobre, le parlement a adopté sa position sur le budget de l’UE pour 2027, dernière année du cadre financier pluriannuel 2021-2027. Avec 194 milliards € en crédits d’engagement, il propose de renforcer plusieurs programmes européens, à hauteur de 1,17 milliard € supplémentaire par rapport au projet initial de la commission.

L’hémicycle a également fixé les crédits de paiement à 203,3 milliards €. Cette distinction, propre à la mécanique budgétaire européenne, sépare les sommes que l’UE s’engage à mobiliser de celles qui seront effectivement versées, y compris au titre de décisions prises les années précédentes. Au-delà des montants, le vote traduit une orientation politique : préserver la capacité d’intervention de l’UE dans un contexte marqué par le poids croissant des engagements financiers, les impératifs de compétitivité et la multiplication des crises. Une résolution accompagnant cette position a été adoptée par 400 voix contre 189, avec 84 abstentions.

Un soutien supplémentaire à l’agriculture et à l’environnement

Dans les arbitrages défendus par les eurodéputés, l’agriculture figure parmi les secteurs auxquels le Parlement entend accorder des moyens supplémentaires. Les élus proposent ainsi d’augmenter de 85 millions € les crédits du Fonds européen agricole de garantie (Feaga), qui finance principalement le premier pilier de la Pac, notamment les aides directes aux agriculteurs. Sur cette enveloppe additionnelle, 20 millions € seraient spécifiquement consacrés aux jeunes agriculteurs. Cette attention portée au renouvellement des générations intervient alors que l’installation demeure l’un des défis structurels de l’agriculture européenne. Accès au foncier, poids des investissements, incertitudes économiques : les obstacles restent nombreux pour ceux qui souhaitent reprendre ou créer une exploitation.

Si les montants proposés demeurent modestes à l’échelle du budget agricole européen, ils témoignent néanmoins de la volonté du parlement de maintenir ce secteur parmi les priorités communes. L’environnement bénéficie d’une attention comparable. Les députés réclament 85 millions € supplémentaires pour le programme Life, consacré au financement de projets environnementaux et climatiques. Une enveloppe additionnelle de 80 millions € est également demandée pour le mécanisme européen de protection civile, particulièrement sollicité face aux catastrophes naturelles, notamment aux incendies de forêt qui ont frappé plusieurs régions européennes durant l’été. Ces orientations traduisent la nécessité de concilier soutien à l’activité économique, adaptation aux changements climatiques et protection des territoires. Des enjeux auxquels le monde agricole se trouve directement confronté.

Recherche, jeunesse et compétitivité

L’effort demandé par le parlement dépasse toutefois le seul champ agricole. Face aux difficultés de compétitivité de l’économie européenne, les députés souhaitent renforcer les investissements dans la recherche, l’innovation et les infrastructures. Le programme Horizon Europe bénéficierait ainsi de 63 millions € supplémentaires, tandis que 260 millions € viendraient abonder les réseaux transeuropéens de transport et d’énergie. Un complément de 31,5 millions € serait également affecté au soutien aux petites et moyennes entreprises. Les secteurs de la santé et de l’éducation figurent eux aussi parmi les bénéficiaires de ces propositions. Le parlement demande 50 millions € supplémentaires pour EU4Health et 96 millions € pour Erasmus+.

Le poids de la dette européenne en toile de fond

Mais la négociation budgétaire ne se résume pas à la répartition des dépenses. Elle soulève une autre question : comment financer les nouvelles priorités européennes tout en assumant le coût des engagements passés ? Le remboursement des emprunts contractés dans le cadre de NextGenerationEU, le plan de relance mis en place après la pandémie de Covid-19, pèse désormais sur les équilibres financiers de l’UE. À ces obligations s’ajoutent les charges liées aux nouveaux instruments de soutien à l’Ukraine. Pour le parlement, ces dépenses ne doivent pas se traduire par une réduction des crédits destinés aux programmes européens. Les députés plaident dès lors pour le recours à des mécanismes budgétaires spécifiques permettant de couvrir les coûts de financement de la dette, sans amputer les enveloppes consacrées notamment à la recherche, à l’éducation ou à l’agriculture. « La dette liée au plan de relance NextGenerationEU ne doit pas être remboursée au détriment de la prochaine génération d’Européens », a averti Nils Usakovs, eurodéputé social-démocrate letton et rapporteur général du budget 2027. Une position qui révèle l’une des principales tensions qui anime aujourd’hui la construction européenne : la nécessité de financer des ambitions communes toujours plus vastes, alors que les marges budgétaires demeurent étroites.

Le conseil défend une approche plus restrictive, avec 191,88 milliards € en crédits d’engagement, contre 194 milliards pour le parlement. Les négociations débuteront le 3 novembre, avec l’objectif de parvenir à un accord d’ici le 16 novembre. Au-delà de cet exercice budgétaire, les discussions préfigurent les arbitrages du prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034, dont dépendra notamment l’avenir de la Pac. Pour l’agriculture européenne, l’enjeu dépasse donc largement les seuls crédits de 2027.

Marie-France Vienne

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