Quand les plantes deviennent des outils de dépollution
Utiliser des végétaux pour extraire les métaux lourds présents dans un sol : la phytoremédiation est séduisante, mais elle se heurte à une difficulté très concrète. Pour dépolluer, encore faut-il que les plantes poussent suffisamment. À Wroclaw, en Pologne, des chercheurs du projet européen Symbiorem expérimentent un géocomposite biodégradable qui retient l’eau au plus près des racines et augmente la biomasse végétale. Avec, à la clef, une meilleure extraction des contaminants.

Un siècle d’eaux usées
Le terrain choisi par l’équipe du professeur Krzysztof Lejcus n’a rien d’anodin. Situé à Wroclaw, le site d’Osobowice a servi pendant plus d’un siècle de champ d’épandage des eaux usées de la ville. Utilisé comme système naturel de traitement, il a progressivement accumulé des contaminants, parmi lesquels des métaux lourds. Le lieu présente aujourd’hui un intérêt écologique et récréatif pour la ville, d’où la recherche de solutions susceptibles d’améliorer la qualité de ses sols.
Plutôt que d’excaver les terres contaminées, les chercheurs ont choisi de miser sur la phytoextraction : certaines plantes prélèvent les métaux par leurs racines et les accumulent dans leurs parties aériennes. Une fois la biomasse récoltée, une fraction des contaminants peut ainsi être retirée du site. Sur le papier, le procédé paraît d’une simplicité désarmante. Dans la réalité, il impose de la patience. Une plante ne dépollue que dans la mesure où elle est capable de s’installer, de développer ses racines et de produire suffisamment de matière végétale. Et cette croissance dépend notamment de l’eau disponible dans le sol.
« Les solutions naturelles fonctionnent », a insisté Krzysztof Lejcus. Elles n’avancent simplement pas toujours au rythme que l’on souhaiterait leur imposer sur le terrain. L’ambition de son équipe était donc moins de réinventer la phytoremédiation que de lui donner un sérieux coup de pouce.
De l’eau au plus près des racines
Ce coup de pouce s’appelle BioWAG, pour un géocomposite biodégradable capable d’absorber l’eau. Installé dans le sol, le dispositif récupère l’eau provenant des précipitations ou de l’irrigation et la retient dans la zone racinaire, afin que les plantes puissent ensuite l’utiliser. Le principe vise à limiter les pertes d’eau et à maintenir de meilleures conditions de croissance, notamment lorsque les végétaux sont soumis à un stress hydrique.
Lors de sa présentation, Krzysztof Lejcus a précisé que le système racinaire pouvait prélever jusqu’à 95 % de l’eau stockée dans le biocomposite. Le matériau absorbant utilisé est capable, quant à lui, de retenir des quantités d’eau très importantes : dans les dispositifs testés par l’équipe, plus de 300 g d’eau par gramme de polymère absorbant.
Mais la performance du matériau n’est pas le seul enjeu. L’équipe polonaise travaille depuis plusieurs années à rendre ces géocomposites plus compatibles avec une logique environnementale et circulaire. Le BioWAG développé pour Symbiorem est ainsi présenté comme une version biodégradable du dispositif, conçue pour améliorer la rétention d’eau et soutenir l’implantation des plantes sans laisser durablement dans le sol un matériau synthétique non dégradable. Une technologie pensée pour la dépollution, donc, mais dont le principe résonne forcément avec des préoccupations bien connues du monde agricole : maintenir l’eau disponible dans la zone racinaire et permettre aux plantes de mieux supporter des périodes où elle devient limitante.
Eau, acide lactique et microorganismes
À Osobowice, retenir davantage d’eau n’était toutefois qu’une partie de l’équation. Car faire pousser davantage de végétation ne suffit pas si les métaux présents dans le sol restent difficilement accessibles aux racines.
Les chercheurs ont donc combiné plusieurs leviers. Le BioWAG améliore les conditions hydriques autour des racines. Des acides organiques naturels, dont l’acide lactique, influencent la mobilité et la disponibilité des métaux. Enfin, un consortium de microorganismes est utilisé pour soutenir l’activité biologique et les interactions entre la plante et le sol. L’enjeu consiste à agir simultanément sur la croissance végétale et sur la capacité des plantes à prélever les contaminants.
Cette combinaison est importante, car l’efficacité de la phytoextraction ne se mesure pas uniquement à la concentration d’un métal retrouvée dans les tissus végétaux. Encore faut-il tenir compte de la quantité totale de végétation produite. Une plante peut en effet présenter une concentration intéressante en métal mais produire peu de biomasse. À l’inverse, une amélioration de sa croissance peut augmenter sensiblement la quantité totale de contaminants retirée du sol, même si leur concentration dans chaque gramme de matière végétale n’explose pas.
Produire davantage de biomasse
C’est précisément ce que montrent les essais menés en Pologne. Après deux années, toutes les variantes technologiques testées ont amélioré l’extraction des métaux par rapport au témoin. Les chercheurs attribuent en grande partie ce résultat à une production de biomasse végétale significativement plus élevée grâce aux différentes variantes utilisant le BioWAG.
La combinaison associant BioWAG, acide lactique et microorganismes s’est révélée la plus efficace dans les conditions de l’essai, malgré une forte hétérogénéité des teneurs en métaux dans le sol et dans les tissus végétaux.
Dans sa présentation, Krzysztof Lejcus a montré que le BioWAG utilisé seul augmentait déjà sensiblement la biomasse. L’ajout d’acide lactique renforçait encore cet effet, tandis que la combinaison avec les microorganismes conduisait aux meilleurs résultats. Les gains observés sur l’extraction totale des métaux variaient selon les éléments étudiés : ils dépassaient 160 % dans les meilleures variantes pour le chrome et atteignaient plus de 200 %, voire 300 %, pour le plomb par rapport au témoin.
Et après la récolte ?





