Quels sont les freins à l’utilisation de la silphie en biométhanisation?

Pour compléter ses vertus de protection de l’eau, la silphie s’inscrit également au cœur de la transition énergétique grâce à la biométhanisation. Il s’agit d’un processus biologique de dégradation de la matière organique en milieu anaérobie (sans oxygène) par des communautés microbiennes. Ce procédé génère du biogaz, à savoir du méthane CH4 et du dioxyde de carbone CO2. Ce biogaz peut être valorisé de différentes manières : dans des chaudières pour produire de l’énergie, en cogénération sous forme de chaleur et d’électricité, épuré en biométhane pour être injecté dans les réseaux de gaz naturel ou encore utilisé sous forme de carburant vert (bio-CNG, bio-LNG).
Le potentiel énergétique
La valorisation énergétique d’une biomasse repose sur deux éléments clés : le rendement à l’hectare et son pouvoir méthanogène.
L’objectif pour l’agriculteur est de maximiser le tonnage et d’atteindre un taux de matière sèche (MS) idéal supérieur à 28 %, pour être comparable au maïs. En année 1 (la première année de récolte, soit deux à trois ans après l’implantation), alors que la silphie est encore dans une phase d’installation, la récolte reste généralement inférieure à 10 t MS/ha. À partir de l’année de récolte n°3, la culture atteint son plein rendement et produira entre 10 et 16 t MS/ha. « Ses données proviennent de l’Observatoire Silphie, qui s’est déroulé entre 2021 et 2024, par différents acteurs de la filière. Toutes ses données sont encore à préciser, notamment sur le long terme », précise Laura Fagnant, responsable de la production agricole chez Valbiom.
Mesuré sur base de la matière sèche pour ne pas devoir tenir compte des variations d’humidité, le pouvoir méthanogène de la silphie, à savoir sa capacité à produire du méthane, s’établit en moyenne à 290 Nm³/t MS, avec une fourchette de 250 à 340 Nm³/t MS.
En comparant avec le maïs, à taux de MS égal, la silphie présente un pouvoir méthanogène inférieur d’environ 10 %, notamment en raison d’un taux de cendres plus élevé. Ce dernier étant d’environ 10 % pour la silphie contre moins de 5 % pour le maïs.
En combinant un rendement légèrement inférieur et cette différence de pouvoir méthanogène, la silphie atteint 80 % du potentiel énergétique du maïs à l’hectare, soit une différence de 20 %. « Encore une fois, tout cela reste des hypothèses puisque nous n’avons pas encore assez de recul sur la culture », souligne-t-elle.
Un cadre réglementaire strict et des freins administratifs à lever
Aujourd’hui, le déploiement de la silphie doit faire face à des contraintes réglementaires et environnementales spécifiques.
Dans un premier temps, le frein du code culture qui catégorise la silphie comme une production « fourragère ». Ce statut est inadapté car elle n’est finalement pas destinée à l’alimentation animale. « En Wallonie, un Arrêté du Gouvernement, applicable aux stations de biométhanisation ouvertes depuis janvier 2025, limite l’incorporation de cultures destinées à l’alimentation humaine ou animale à 15 % maximum de la ration fraîche. » Classer à tort la silphie parmi ces cultures contraint inutilement les méthaniseurs et pénalise la filière, alors même que la plante ne crée pas de concurrence avec l’alimentation.
De plus, la culture doit convenir aux critères de durabilité RED (Directive Énergie Renouvelable). « Pour que la biomasse soit reconnue ‘durable’ en station de biométhanisation, la déclaration Pac de la parcelle est analysée. Si la parcelle était déclarée en prairie permanente ou en sapins de Noël en janvier 2008 ou les années suivantes, la biomasse qui y est récoltée est automatiquement déclassée et ne peut pas être valorisée comme énergie durable », précise Laura Fagnant.
Enfin, les agriculteurs cultivant la silphie peuvent mobiliser l’éco-régime « Réduction d’intrants » et obtenir une aide jusqu’à 80 €/ha, grâce à l’absence totale de produits phytosanitaires.
Comment développer durablement la filière en Wallonie ?
Actuellement, la silphie représente un réseau restreint d’environ 100 ha répartis chez une vingtaine d’agriculteurs et principalement implantés via l’Observatoire de la silphie. Pour dépasser ce stade expérimental et créer une véritable filière autonome, plusieurs leviers doivent être actionnés, selon Laura Fagnant.
Il faudrait d’abord revoir le statut administratif et retirer la silphie de la catégorie des « cultures fourragères » dans les déclarations Pac pour lever les plafonds d’incorporation en méthanisation.
Une autre solution serait de créer une aide à l’implantation, en intégrant, par exemple, les premières années d’installation de la silphie dans l’Éco-régime « Cultures favorables à l’environnement », à l’instar de la luzerne, afin de compenser les faibles rendements des deux premières années.
Ensuite, mieux valoriser les services écosystémiques en soutenant financièrement le rôle d’utilité publique de la plante (protection de l’eau, biodiversité, anti-érosion) pour offrir une réelle plus-value économique à l’agriculteur.
Et pour terminer, soutenir la filière énergie et la recherche publique.