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Balade croisée dans les univers du maraîchage et du cheval : «Nous essayons de produire tout en augmentant la biodiversité»

La charrue, le cheval, les légumes, les arbres. La terre, la nature comme dénominateur commun. À Noville-les-Bois, l’horizon

est comme l’air qui baigne la terre ou le silence qui creuse

le ciel. Au pied des lopins de serre qui redoutent les derniers sursauts de l’hiver, nous avons rencontré Xavier Anciaux et

Gaëtan Pyckhout qui les feront revivre au printemps

tout proche. Comme on lit une lettre en plein soleil.

Temps de lecture : 7 min

Bien que fils d’agriculteur, Xavier Anciaux n’a jamais fait de l’agriculture son métier, loin s’en faut, puisqu’il a dirigé un bureau d’études en mobilité et accessibilité pour personnes handicapées. Du moins jusqu’il y a dix ans.

De l’ordinateur à la forêt de Bertrix

« Nous étions en 2013, j’en avais assez d’être assis devant un ordinateur » se souvient-il, ajoutant avoir alors souhaité prendre un peu de temps pour lui. C’est à ce moment qu’il choisit de partir pour deux jours en forêt de Bertrix où il observe le travail de débardage avec un cheval, lui qui avoue en avoir plutôt peur, même si son grand-père a peuplé son imaginaire de récits mettant en scène des chevaux de trait.

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L’enfance semble tout à coup revenir… au galop, car Xavier, conquis par la technique de sylviculture qu’il vient de découvrir, décide d’acheter le cheval à la fin de la journée. « Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire », explique-t-il dans un franc sourire en repensant à ce geste impulsif qui allait quelque part changer le cours de sa vie.

Les Jardins d’Oo jaillissent de terre

En 2014, il commence à travailler pour plusieurs réserves naturelles, d’abord celle de Sclaigneaux (Andenne). Le hasard, et un peu la nécessité, le mènent au salon Valériane, il y fait la connaissance de Gaëtan Pyckhout qui travaille à « La licorne d’abondance », un projet qui relie forêts, chevaux et agriculture dans une philosophie tout à la fois d’autonomie et de partage.

À son contact, il découvre l’univers du cheval que tous les deux mettent à contribution dans les tâches d’arrachage de plantes invasives, puis, avec un autre meneur de chevaux de traits, à la Montagne Saint-Pierre (Visée), une réserve naturelle extrêmement pentue où ils montent avec les chevaux pour y arracher des noisetiers.

Toujours en 2014, Xavier crée les Jardins d’Oo (Organisation organique) à Noville-les-Bois, dans l’entité de Fernelmont, et s’éloigne progressivement des travaux de débardage. C’est pour mieux commencer une activité de maraîchage sur 30 ares où il propose des légumes en cueillette.

C’est à ce moment-là qu’il introduit le travail du cheval de trait (d’abord un Brabançon, puis un Ardennais) pour la préparation des sols et l’épandage du fumier.

« Nous nous définissons comme des mangeurs biopositifs »

Le projet est victime de son succès, et en 2016 les clients sont de plus en plus nombreux à réclamer encore davantage de légumes. C’est alors qu’il décide de se lancer dans la constitution d’une coopérative afin d’acquérir un morceau de terrain. 150 familles se rassemblent pour en créer le capital.

Le projet se concrétisera en 2018, ce sera officiellement « la coopérative de la Tige Cointinne », en référence au lieu-dit où elle a établi ses quartiers, mais que tout le monde appellera rapidement la « Coof » pour « coopérative de Fernelmont ». Et l’activité démarre concrètement en 2020, en pleine pandémie de covid-19, pour ceux qui se définissent eux-mêmes comme des « mangeurs biopositifs ».

« Nous essayons de produire tout en augmentant la biodiversité » développe Xavier Anciaux, ajoutant que c’est pour cette raison qu’ils ne « cultivent pas tous les terrains ».

Des coopérateurs qui s’investissent

La Coof s’étend sur 3,20 hectares dont 1,20 hectare de maraîchage, 1 hectare de verger et 1 hectare de prairies permanentes.

On y produit plus de 40 légumes différents « et nous sommes également en liaison avec tous les maraîchers et fruiticulteurs du coin qui nous apportent leurs produits à 99 % bio, qu’ils proposent à la vente sur notre petit marché qui ouvre ses portes de 10h00 à 13h00 tous les samedis matins ».

« Nous sommes en liaison avec tous les maraîchers et fruiticulteurs du coin qui nous apportent leurs produits à 99% bio, qu’ils proposent à la vente sur notre petit marché qui ouvre ses portes de 10h00 à 13h00 tous les samedis matins ».
« Nous sommes en liaison avec tous les maraîchers et fruiticulteurs du coin qui nous apportent leurs produits à 99% bio, qu’ils proposent à la vente sur notre petit marché qui ouvre ses portes de 10h00 à 13h00 tous les samedis matins ». - M-F V.

Certains autres produits (saucissons, fromages…) proviennent de la coopérative Paysans-Artisans.

La Coof peut compter sur une quarantaine de coopérateurs qui investissent également leur temps pour venir travailler dans les champs, sur le marché ou encore donner un coup de main au niveau de la comptabilité ou de la communication.

« Cela crée une communauté d’humains autour de ce projet de 3 hectares sur lesquels nous voulons que se développe la biodiversité » ponctue Xavier Anciaux.

En route vers la ceinture alimentaire de Charleroi

Xavier lève peu à peu le pied, ne s’imaginant pas repiquer des salades toute sa vie et cède son activité de maraîcher à l’un de ses jeunes collègues, « mais je reste administrateur de la Coof, et je m’occupe toujours de la biodiversité » insiste-il, en précisant qu’il travaille désormais pour la ceinture alimentaire de Charleroi où il est en charge de la coordination et du « hub ».

Une nouvelle tâche sur mesure pour celui qui connaît par cœur le métier de maraîcher et d’autant mieux les circuits courts qu’il est l’un des membres fondateurs de l’Asbl 5C (collectif des coopératives citoyennes pour le circuit court).

« Nous travaillons avec les producteurs et coopératives du territoire pour que leurs produits arrivent dans les cuisines des collectivités, magasins, points de dépôts ».

L’Asbl Meneurs, au service de la traction animale

Les chevaux, l’amitié avec Gaëtan Pyckhout, ne sont jamais loin. Les deux complices sont co-fondateurs de « Meneurs », une Asbl active dans le soutien, la formation, l’information, la recherche et le développement de la traction animale.

Gaëtan est un débardeur chevronné. Cavalier depuis l’âge de 5 ans, il a commencé le débardage à celui de 15 avant de se lancer dans diverses activités autour du cheval.

Xavier Anciaux a introduit le travail du cheval de trait pour la préparation des sols et l’épandage du fumier.
Xavier Anciaux a introduit le travail du cheval de trait pour la préparation des sols et l’épandage du fumier. - M-F V.

L’association va au-delà de ce type de travaux, elle a déjà proposé un ramassage scolaire à cheval sur Bruxelles, participé à la tonte de sentiers, travaillé dans les rivières à la demande de la province de Liège afin d’ôter les grumes qui bouchaient les cours d’eau suite aux inondations.

Elle fait aussi le « show » chaque année à la petite Foire de Semel.

Au sein de Meneurs, Gaëtan est désormais formateur et vient d’ailleurs de développer un cycle de formations à la traction chevaline qui permettra à ses élèves (ils sont 18 à participer à cette session) d’approfondir leurs connaissances du cheval puis de les ouvrir à différentes techniques, que ce soit le débardage, le maraîchage ou encore l’attelage et les travaux de la vigne.

Pérenniser un métier qui fait corps avec la nature

Contre toute attente, la formation connaît un vrai succès auprès d’un public féminin relativement jeune. Et cela réjouit Gaëtan qui décrit Meneurs comme une Asbl « très accessible, moderne et adaptée à l’évolution de la société, ce qui tranche dans le monde de la traction chevaline, plutôt masculin et conservateur ».

Les candidats à la formation ont un profil assez précis. Des personnes ancrées dans la ruralité, des habitats groupés qui souhaitent entretenir leurs terrains, développer du maraîchage et s’insérer dans le tissu social d’un village. « Et pour ce faire, le cheval est un outil extraordinaire » sourit Gaëtan.

À côté de ce volet formation, le cofondateur de Meneurs organise des démonstrations, mais surtout établit le lien entre les différents acteurs de la traction chevaline (département de la nature et de la forêt, propriétaires forestiers, débardeurs) principalement en forêt, « afin que ce métier persiste et (re)vive ».

Financement participatif pour l’achat d’un bœuf

L’association, qui possède deux chevaux de trait, est sur le point d’acquérir… un bœuf via une opération de financement participatif qui vient d’être lancée.

« Outre le fait que son apprivoisement constitue un défi personnel, le bœuf est pour moi un synonyme de résilience, économiquement parlant, il est moins coûteux qu’un cheval au niveau de l’entretien » s’enthousiasme Gaëtan en évoquant les petits paysans d’autrefois qui, faute de chevaux, attelaient des vaches pour des travaux de traction.

Gaëtan Pyckhout a trouvé la perle rare, il s’agit d’un croisé Montbéliard/Jersey âgé de trois ans qui répond au nom de « Carnaval » et provient de la Ferme de l’Abreuvoir, un élevage alternatif basé à Neufchâteau.
Gaëtan Pyckhout a trouvé la perle rare, il s’agit d’un croisé Montbéliard/Jersey âgé de trois ans qui répond au nom de « Carnaval » et provient de la Ferme de l’Abreuvoir, un élevage alternatif basé à Neufchâteau.

Et de rappeler que « c’est le bœuf qui a construit notre agriculture, et non le cheval ».

Pendant du hongre chez les chevaux, le bœuf est « plus facile à éduquer qu’une vache car plus stable dans ses émotions » nous apprend le cofondateur de Meneurs qui espère rassembler les 2.000€ nécessaires à son achat et à son équipement (harnais).

« Nous souhaiterions par ailleurs financer quelques jours de formation, car c’est un monde que je ne connais pas encore. Il faut apprendre à travailler avec les bœufs mais aussi savoir s’en occuper correctement ».

Gaëtan a déjà trouvé la perle rare, il s’agit d’un croisé Montbéliard/Jersey âgé de trois ans qui répond au nom de « Carnaval » et provient de la Ferme de l’Abreuvoir, un élevage alternatif basé à Neufchâteau.

À sa tête, tient à préciser Gaëtan, « un petit paysan qui a récupéré des terrains sur lesquels il utilise la traction animale pour y épandre son fumier. Il cultive son épeautre et fait son propre pain ».

Un coup de pouce pour « Carnaval » !

Envie de soutenir Gaëtan et l’Asbl Meneurs à acheter « Carnaval » ? Il suffit de vous rendre sur le site de Miimosa en copiant le lien suivant : https ://miniurl.be/r-4egb.

Marie-France Vienne

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