La rentabilité du colza à la lumière des chiffres
La culture de colza n’est pas aussi répandue en Wallonie que d’autres. En 2024, elle s’étendait sur un peu plus de 9.500 ha, dont près de la moitié dans le Condroz. Si ses fleurs jaunes attirent les abeilles et les regards, qu’en est-il de sa rentabilité ? C’est ce que décrypte Olivier Miserque, de la direction de l’analyse économique agricole du Service public de Wallonie.

La direction de l’analyse économique agricole suit entre 400 et 450 exploitations en Wallonie. Outre la réalisation de leur comptabilité de gestion, elle collecte de nombreuses données économiques agricoles qu’elle décortique et traite avec minutie. De la sorte, elle réalise, entre autres, des statistiques économiques au niveau régional, disponibles en ligne sur « l’État de l’agriculture wallonne ».
Sur base de ces données, Olivier Miserque s’est penché sur la rentabilité de la culture du colza pour laquelle l’intérêt des agriculteurs fluctue d’une année à l’autre.
Près de 3.000 €/ha de charges
Une analyse de ce type débute toujours par un regard sur les charges d’exploitation.
Les charges totales d’une exploitation représentent la somme de l’ensemble des charges réelles et calculées nécessaires pour produire. Elles se décomposent en charges opérationnelles (ou variables, à savoir : semences, engrais, produits phytosanitaires, aliments…) et charges de structure (fermages, frais d’entretien, main-d’œuvre salariée, amortissements comptables…). S’y ajoute la rémunération de la main-d’œuvre non salariée (c’est-à-dire familiale).

En 2024, le total des charges d’une exploitation « grande cultures » s’élevait à 2.950 €/ha de surface agricole utile. Ce montant se répartit de la manière suivante : 32 % pour les charges opérationnelles, 46 % pour les charges de structure et 22 % pour la rémunération de la main-d’œuvre non salariée.
Et Olivier Miserque d’éclairer : « Les charges opérationnelles s’élevaient à 950 €/ha en 2024. Elles sont en nette hausse depuis 2022, en raison de la guerre en Ukraine. Pour preuve, elles ont grimpé de 18 % durant la période 2022-2024 par rapport à la période 2012-2021 ». Les charges de structures, ou charges fixes, se sont établies à 1.350 €/ha. « En comparant les mêmes périodes, la progression s’élève, ici aussi, à 18 %. Et la croissance devrait se poursuivre… »
Charges et produits influencent la marge brute
Dans un deuxième temps, l’analyse porte sur les marges brutes. « Il s’agit des produits, donc des recettes, de la culture dont on soustrait les charges opérationnelles affectées », détaille-t-il. Sont ainsi déduits : les semences, engrais et produits phytosanitaires, les éventuels travaux par tiers, les frais de rotation (labour, couvert…), les éventuelles assurances… « Cette marge brute constitue le premier indicateur de rentabilité de la culture. »
En colza, la marge brute a atteint 880 €/ha en moyenne sur ces dix dernières années (figure 1). À titre de comparaison, elle était de 1.250 €/ha en froment, 3.590 €/ha en pommes de terre, 1.760 €/ha en betteraves sucrières ou encore 1.100 €/ha en escourgeon, 1.310 €/ha en épeautre et 1.890 €/ha en chicorée. Sur base de l’assolement moyen wallon, la marge brute moyenne s’élève à 1.650 €/ha.

Chaque culture est associée à un coefficient de variation. Celui-ci montre dans quelle mesure la marge a été constante au cours des dix dernières années. Plus celui-ci est élevé, plus la culture est soumise à une grande variabilité, pouvant s’expliquer par une fluctuation plus ou moins importante des prix et/ou des rendements. Sur ce point, le colza se démarque des autres cultures avec un coefficient de variation de 29 % contre 28 % pour le froment, 45 % pour les pommes de terre, 46 % pour les betteraves sucrières, 30 % pour l’escourgeon, 35 % pour l’épeautre et 13 % pour la chicorée. À l’échelle wallonne, le coefficient de variation moyen s’élève à 24 %.
Plusieurs facteurs influencent la marge brute, tant du côté des produits que des charges opérationnelles.
Ainsi, avant de croître fortement en 2022 et de dépasser 600 €/t, les prix du colza était relativement bas (inférieurs à 400 €/t). Depuis, ils fluctuent mais demeurent généralement supérieurs à leur niveau d’avant 2022. « Le rendement est, lui aussi, soumis à des variations plus ou moins fortes d’une année à l’autre. Les deux font donc baisser ou monter la marge brute en conséquence. »
Au rayon des charges, le coût des semences est assez stable. Les travaux effectués par des tiers affichent un coût globalement constant, bien que pouvant subir des variations annuelles. Les prix des produits phytosanitaires connaissent, quant à eux, une progression certes lente mais constante. Les prix des engrais fluctuent davantage, atteignant le pic de 500 €/ha en 2022 mais redescendant à 250 €/t deux ans plus tard.
Considérant ces différents facteurs, la marge brute oscille généralement aux alentours de 900 €/ha en moyenne, bien qu’elle ait dépassé 1.500 €/ha en 2022, dopée par des prix élevés.
Avec quel résultat final ?
Il reste, maintenant, à calculer le coût de production et le prix de revient de la culture. « Et, surtout, à faire la différence entre les deux », ajoute Olivier Miserque.
Le coût de production correspond à la somme des charges nécessaires pour produire. Le prix de revient, lui, représente le coût de production dont sont déduites les autres sources de produits (aides de la politique agricole commune, vente de paille dans le cas des céréales…). « C’est cette valeur qui sera comparée au prix de vente des graines », précise-t-il.
Sur base des charges applicables(2.430 €/ha) et d’un rendement moyen de 3,7 t/ha pour la période 2020-2024, le coût de production du colza est estimé à 660 €/t. Le prix de revient, tenant compte des autres produits (soit 135 €/t) est évalué à 525 €/t. C’est donc bien cette dernière valeur qui est comparée au prix de vente, estimé à 490 €/t, en moyenne, pour la période 2020-2024. « Ce qui est un peu trop court », commente. M. Miserque. « In fine, le coût de la main-d’œuvre familiale est raboté, c’est-à-dire que l’agriculteur s’est payé moins que ce qu’il aurait fallu, ou le capital n’est pas rémunéré. »
Rappelons toutefois que ces chiffres constituent des moyennes et sont variables d’une situation à l’autre. Idéalement, il revient à chaque exploitation de réaliser ce calcul sur base de sa comptabilité afin d’évaluer son cas personnel.







