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Hommage : Anne-Marie Thomas, pionnière du tourisme à la ferme en Wallonie

Disparue le 6 mars, Anne-Marie Thomas fut l’une des artisanes du développement du tourisme à la ferme en Wallonie. Animatrice de l’Alliance agricole et militante engagée pour la place des femmes dans l’agriculture, elle aura marqué plusieurs décennies de transformations du monde rural.

Temps de lecture : 4 min

Dans les campagnes wallonnes, l’idée qu’une ferme puisse accueillir des visiteurs semble aujourd’hui aller de soi. Cette évolution doit pourtant beaucoup à l’engagement d’Anne-Marie Thomas, figure de l’Alliance agricole et infatigable défenseuse de la place des femmes dans l’agriculture, dont l’action a accompagné plusieurs décennies de transformations du monde rural. C’est à la faveur d’un voyage agricole en France qu’elle aurait entrevu les possibilités offertes par le tourisme à la ferme. Richard Cydzik, ancien collaborateur de l’Alliance agricole, se souvient de cette inspiration venue du sud-ouest de la France, au tournant des années 1970. « Elle s’intéressait beaucoup à ce qui se faisait dans le Gers, où le tourisme à la ferme rencontrait déjà un réel succès », raconte-t-il. À la fin de la décennie, l’Alliance agricole y organise un séjour auquel participent plusieurs membres du personnel. Une expérience qui, se rappelle-t-il, marquera les esprits et nourrira les premières initiatives wallonnes.

Les débuts d’une idée nouvelle

Dans ces années de tâtonnements, les formes d’accueil restent modestes. Il s’agit le plus souvent de campings à la ferme, avant que n’apparaissent progressivement les gîtes et les chambres d’hôtes. Anne-Marie Thomas contribue alors à structurer ces premières expériences, notamment à travers Fetourag, l’une des structures mises en place pour accompagner le développement du tourisme à la ferme en Wallonie. Au début des années 1980, ces initiatives demeurent encore rares. « Quand je suis arrivée aux UPA en 1984, il y avait moins d’une vingtaine de gîtes en Wallonie », se souvient Anne Verbois, qui a consacré plus de quarante ans au développement de l’agritourisme. La démarche s’avérera pourtant féconde : quelques décennies plus tard, ces initiatives se compteront par centaines.

Le contexte agricole accélère ce mouvement. L’instauration des quotas laitiers dans les années 1980 pousse de nombreux agriculteurs à réfléchir à la diversification de leurs activités. Des bâtiments inoccupés sont transformés en gîtes, et l’accueil touristique devient progressivement une activité complémentaire pour certaines exploitations. Si le tourisme à la ferme reste l’une des traces les plus visibles de son action, Anne-Marie Thomas consacra surtout une grande partie de sa vie à l’animation du réseau des agricultrices de l’Alliance agricole, où elle formait notamment un duo très complice avec Anne-Marie Jacoby. René Collin, ancien ministre wallon de l’Agriculture, se souvient l’avoir rencontrée lorsqu’il était chef de cabinet de Guy Lutgen dans les années 1990. « C’était quelqu’un de pétillant, de spontané, avec beaucoup d’humour et un enthousiasme désarmant. Elle croyait profondément en ce qu’elle faisait », raconte-t-il. Déterminée et persuasive, elle contribua également à faire progresser plusieurs dossiers importants pour le monde agricole, notamment la reconnaissance du statut du conjoint aidant, « avancée décisive pour de nombreuses femmes actives dans les exploitations familiales », rappelle M. Collin.

Un héritage toujours vivant

Originaire d’Habay-la-Neuve, Anne-Marie Thomas resta toute sa vie profondément attachée à sa région et au monde agricole. Elle demeurait une présence familière lors des grands rendez-vous du secteur, notamment à la Foire de Libramont, où elle passait régulièrement donner un coup de main au stand de boucherie tenu par son frère. Aujourd’hui, l’empreinte qu’elle a laissée se lit notamment dans l’action d’Accueil Champêtre en Wallonie, réseau qui fédère les initiatives d’accueil touristique à la ferme. À l’annonce de sa disparition, l’émotion y a été vive : beaucoup savent que cette organisation, solidement ancrée dans les campagnes, prolonge le travail engagé par les premières générations d’acteurs de l’agritourisme.

Anne-Marie Thomas fut de celles qui avaient compris, bien avant beaucoup d’autres, que l’avenir de l’agriculture passerait aussi par l’ouverture, la rencontre et la valorisation du monde rural. L’idée qu’elle avait contribué à faire éclore continue aujourd’hui de vivre dans ces fermes qui, partout en Wallonie, ouvrent leurs portes aux visiteurs.

Marie-France Vienne

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