Les jachères mellifères semées en automne évoluent pour mieux attirer les auxiliaires
La préservation des auxiliaires de cultures constitue un pilier essentiel de la lutte intégrée. Il s’agit de prédateurs et de parasitoïdes qui contribuent à prévenir les infestations d’insectes nuisibles, les pertes de rendements éventuellement induites, et par conséquent à diminuer le recours aux insecticides. Favoriser la présence et l’action bénéfique des auxiliaires nécessite de leur offrir de quoi se nourrir et hiverner. Les jachères mellifères semées à l’automne évoluent justement pour mieux répondre à ces besoins.

Les jachères mellifères sont des parcelles semées de plantes à fleurs, financées par l’éco-régime maillage écologique à hauteur de 900 € par hectare et par an en 2026. Il en existe deux variantes :
– Semis de printemps : entre le 1er mars et le 15 mai, avec maintien obligatoire pendant au moins six mois après le semis ;
– Semis d’automne : entre le 1er août et le 30 septembre, avec maintien obligatoire jusqu’au 15 septembre inclus de l’année suivante.
Comme pour tous les éco-régimes, l’engagement pour les jachères mellifères dure un an. La jachère mellifère semée à l’automne peut néanmoins être déclarée une seconde année sans avoir à être re-semée à condition qu’elle contienne au moins trois espèces pluriannuelles. Celles-ci doivent, en effet, être semées avec au moins cinq espèces d’une liste prédéfinie (tableau 1). Pour chaque espèce au sein du mélange, le poids des graines doit représenter entre 10 % et 30 % du poids habituellement utilisé pour le semis de cette espèce en culture pure.

Des ressources alimentaires à la zone d’hivernage
Différentes espèces fleuries pouvant entrer dans la constitution des mélanges de jachères mellifères contribuent à attirer et préserver les auxiliaires ennemis des nuisibles. Il s’agit en particulier de la moutarde, du radis, du sarrasin, de la vesce commune, du colza et de la féverole. Ces plantes offrent du nectar (floral et extra-floral) facilement disponible, aux syrphes prédateurs, coccinelles, chrysopes, et micro-guêpes parasitoïdes. De plus, certaines espèces éligibles sont colonisées par des pucerons qui nourrissent les auxiliaires dans l’attente éventuelle de nuisibles sur les cultures. C’est particulièrement le cas du tournesol au stade végétatif, de la vesce et de la féverole dès le début du printemps. Ces pucerons, appelés « proies alternatives », ne représentent pas de risque pour les cultures principales car ils se spécialisent fortement à leur plante hôte dans la jachère mellifère. Pour renforcer cet intérêt écologique, la liste des espèces éligibles pour les semis d’automne a été allongée en 2026, et inclut désormais la féverole d’hiver, le radis et la vesce commune d’hiver, comme le mentionne le tableau.
Au-delà des ressources alimentaires qu’elle fournit, la jachère mellifère semée à l’automne représente une zone d’hivernage précieuse pour les auxiliaires. Beaucoup d’entre eux passent l’hiver dans le sol ou dans les résidus de végétation : ils bénéficieront donc pleinement d’une zone non labourée et d’un couvert permanent dès l’automne. Au printemps suivant, carabes, araignées, syrphes et staphylins notamment émergeront en plus grand nombre de ces habitats préservés, en comparaison aux parcelles de cultures sous labour.
Moins de pucerons dans les cultures adjacentes
Les jachères mellifères peuvent être installées sous forme de bandes fleuries dans les parcelles cultivées afin de favoriser le transfert des auxiliaires vers les cultures et le contrôle biologique des nuisibles. Néanmoins, il est admis que l’effet positif s’estompe à environ 30 m de la bande fleurie. Une solution consiste à redécouper les grands blocs de cultures avec des jachères mellifères semées à distance régulière.
En betterave au mois de mai 2025, l’installation de jachères mellifères de 3 m de large semées à l’automne tous les 27 m a permis de réduire l’abondance en pucerons noirs (Aphis fabae) de 5 à 10 fois en moyenne, et en pucerons verts (Myzus persicae) de 4 à 5 fois. Ces résultats ont été obtenus, en comparaison à des parcelles témoins suffisamment grandes pour observer les betteraves à plus de 50 m de toute bordure. Leur installation en « intra-parcellaire » a permis de retarder le développement des populations de pucerons en betterave, et en fin de compte de réduire l’usage des insecticides. En effet, retarder le premier traitement implique de moins traiter au final, sans impacter le rendement à la récolte.
Semées à l’automne, elles représentent donc un outil efficace pour prévenir les infestations de pucerons sur les cultures au printemps. Ne s’agissant pas d’en faire une solution unique, ces dernières sont un levier financé à valoriser dans une gestion intégrée de la protection des cultures.






