PFAS: les œufs de particuliers et d’élevage, pas logés à la même enseigne
Les PFAS, cet acronyme est désormais connu mais aussi craint par de nombreuses personnes. Tandis qu’ils font régulièrement les gros titres de la presse, beaucoup se demandent si ces polluants éternels se retrouvent dans les aliments que nous consommons. Afin d’en savoir davantage sur cette problématique, Laure Joly, de Sciensano, a dressé un état des lieux des connaissances actuelles, avec un point d’attention sur les produits issus des volailles.

Avant tout, un petit rappel s’impose… Les PFAS sont des substances per- et polyfluoroalkylées avec des liaisons carbone-fluor. Créées par l’homme, elles n’existent pas à l’état naturel. Leurs propriétés intéressantes expliquent qu’elles se retrouvent dans les secteurs de l’industrie. Par exemple, comme agents dispersants dans les pesticides, anti-adhésifs pour les poêles, dans les vêtements imperméabilisés, les mousses d’extincteurs, les revêtements résistants aux taches et aux huiles… Bref, ces polluants éternels font partie de notre quotidien. De plus, ces molécules chimiquement stables persistent et s’accumulent dans l’environnement. Selon l’Afsca, on estime d’ailleurs qu’il faut plus de 40 ans au PFOS (un des PFAS) pour voir sa concentration baisser de moitié sur un site contaminé. On évalue également à plus de 4.500 le nombre de PFAS. Parmi ceux-ci, seuls 4 disposent actuellement d’une norme : le PFOA, le PFOS, le PFNA et le PFHxS. D’après l’Efsa (European Food Safety Authority), la dose hebdomadaire tolérable pour la somme de ces quatre molécules est de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel. Une recommandation relative à chaque individu, donc, et qui considère que les quatre molécules principales possèdent une toxicité similaire sur le système immunitaire.
Mais alors, quels sont les risques pour la santé humaine ? À la question « Les PFAS sont-ils toxiques », l’Afsca répond que certains peuvent l’être sur le long terme. « Avec le temps, on a découvert qu’ils se lient aux protéines du sang, qu’ils perturbent le fonctionnement du foie et de la thyroïde, qu’ils provoquent des tumeurs chez les animaux, et tout dernièrement, qu’ils diminuent la réponse immunitaire à la vaccination chez les jeunes enfants ». Ces composés chimiques sont souvent associés à des effets immunosuppresseurs, soit ils affaiblissent la capacité du système immunitaire à réagir correctement.
Plus de risque pour les poissons, les crustacés et le gibier
Afin de mieux cerner et comprendre ces polluants, un projet a été mené de 2021 à 2023. Ses objectifs : déterminer leur présence dans la chaîne alimentaire belge, évaluer l’exposition de la population et identifier d’autres sources potentielles de contamination (par exemple via les emballages). Une recherche présentée par Laure Joly, de Sciensano, à l’occasion de l’assemblée sectorielle aviculture-cuniculture du Collège des producteurs.
La première étape du travail était d’échantillonner des produits provenant des supermarchés et représentatifs de notre consommation. Par exemple, on mange en plus grande quantité du pain que des épices. Ce premier aliment a donc plus d’intérêt à être passé au crible. Au total, ce sont finalement 283 échantillons qui ont fait l’objet d’analyses par ces experts. Des analyses complexes à développer. « Nous travaillons à des niveaux extrêmement faibles, de l’ordre du nanogramme par kilogramme. C’est comme chercher une goutte d’eau dans une piscine olympique, mais dans des matrices complexes avec des protéines, des graisses ou encore des sucres », indique l’experte.
Résultats ? Sur ces 283 échantillons, environ 60 % ne contiennent pas de PFAS détectables. Dans 25 %, une seule molécule a été trouvée. Dans 15 %, entre 2 et 5 molécules. Et dans environ 5 %, il y a entre 6 et 11 molécules. Pour ce dernier cas, les poissons, les crustacés et le gibier sont les plus à risque. Des polluants éternels que l’on retrouve également dans l’eau. Notons, néanmoins, qu’elle est plus facile à analyser, ces substances ressortent dès lors plus facilement.
Une différence entre le blanc et le jaune
Puis, bonne nouvelle, ces polluants n’ont pas été observés dans les sauces, les produits transformés comme le chocolat, ni dans les œufs issus du commerce. Des œufs provenant des différents systèmes, bio, plein air et au sol. Peut-on alors en manger sans crainte ? Laure Joly tempère. « Il existe une très grande différence entre les œufs du commerce et ceux de particuliers. Dans les élevages professionnels, on voit très peu de contamination. En revanche, chez les particuliers, les niveaux peuvent être plus élevés ». La cause de cette possible hausse doit encore être déterminée. Il pourrait s’agir de l’âge des animaux, de l’endroit où ils se trouvent ou encore de l’historique du sol… « Il est aussi important de noter que la réglementation actuelle ne couvre que quatre molécules et seulement certains groupes d’aliments. Une approche plus globale serait nécessaire en vue d’évaluer correctement ces risques. Il faudrait aussi obtenir plus d’informations par rapport aux gens qui mangent, par exemple, les fruits et les légumes de leur jardin ».
Autre information utile : une différence notable a été examinée entre le blanc et le jaune. Dans le blanc, il n’y a quasiment pas de PFAS, contrairement à son voisin.
Par la suite, les chercheurs ont évalué l’exposition de la population en croisant ces données avec nos habitudes alimentaires. Les résultats, assez rassurants, montrent que les adultes et les adolescents restent largement en dessous de la dose hebdomadaire tolérable. Chez les enfants, environ 2,2 % dépassent cette valeur. « Ce n’est pas parce que ça dépasse que c’est forcément un problème. Cela a été basé sur le fait qu’ils étaient allaités pendant un an avec une exposition très importante de leur mère ».
Quand le temps fait son effet…
Outre cette étude, une autre recherche belge a été menée sur ces substances. Et celle-ci concerne directement les poules. Des volailles provenant du site 3M. Pour rappel, il s’agit d’une société chimique, basée à Zwijndrecht (Anvers), qui s’était retrouvée au cœur de la polémique à cause de son implication dans la pollution aux PFAS. Trente volailles contaminées ont été récupérées par les chercheurs. Une partie a été analysée, de sorte à savoir quelles parties de leur carcasse avaient été les plus atteintes par les polluants. Finalement, le sérum, le foie et les reins se retrouvent en haut du classement.
Ensuite, d’autres bêtes ont été conservées en veillant bien à ce qu’elles ne soient plus en contact avec ces substances. Les gallinacées ont continué à pondre… Euthanasiées après 40 jours, les experts ont remarqué que les poules étaient beaucoup moins contaminées que le premier lot. Le temps a aussi été bénéfique pour leurs œufs. Tandis que leurs niveaux étaient d’environ 120 microgrammes par kilogramme, grâce à ce laps de temps, ils ont observé une diminution importante de ces polluants, « et on se rapproche fortement de la norme en vigueur ». Cela a permis de conclure qu’une des voies importantes d’élimination des PFAS chez les poules passe par leurs œufs.
Au final, ces deux études révèlent des résultats interpellants qui n’ont pas manqué de faire réagir le public. De quoi bousculer pas mal d’idées reçues sur nos habitudes alimentaires.





