Face à la toutologie, la nuance en résistance
Le débat survenu la semaine dernière au sujet du Calantha, cet insecticide de nouvelle génération autorisé temporairement pour lutter contre les doryphores en pommes de terre, est symptomatique d’un mal amplifié par les réseaux sociaux : la toutologie. À savoir, le fait de donner son avis sur tout, sans avoir de connaissances réelles du sujet abordé.

Personne n’est expert dans tous les domaines possibles et imaginables. Chacun dispose de ses sujets de prédilection et de ses connaissances, selon les affinités que l’on porte à telle ou telle thématique. Cependant, il suffirait parfois de lire l’article que l’on souhaite commenter avant d’intervenir pour se rendre compte de la pertinence – ou non – de ses propos.
Si ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, voici quelques morceaux choisis au sujet du Calantha :
– « Il fait sûrement partie de l’accord du Mercosur, donc il faut en prendre » : l’insecticide en question n’a aucun lien avec les pays du Mercosur et, à notre connaissance, aucun article publié ne mentionne ledit accord ;
– « La Belgique l’utilise sur 95.000 ha jusqu’à fin août » : n’est-ce pas présomptueux de penser qu’un produit nouvellement et temporairement mis sur le marché sera appliqué sur l’entièreté de la sole dédiée à la pomme de terre ? ;
– « Encore une décision absurde, alors que la pomme de terre se négocie actuellement à 0€/t » : c’est ignorer les particularités du secteur de la pomme de terre, décomposé entre contrat et marché libre.
L’objectif, ici, n’est pas de défendre l’autorisation octroyée à cet insecticide ou son interdiction, mais d’inviter tout un chacun à lire, à se renseigner ou à s’intéresser à un sujet avant de le commenter à tort et à travers.
Les thématiques agricoles sont particulièrement exposées à ce phénomène. En cause ? Une méconnaissance croissante du monde agricole – qu’il soit animal ou végétal, conventionnel ou biologique – de la part de nos concitoyens. Au-delà de l’anecdote, ces approximations répétées (ou informations erronées, dans certains cas) ne sont pas sans conséquences. Elles alimentent une vision biaisée de notre agriculture et contribuent à façonner un débat public parfois déconnecté des réalités rencontrées au quotidien par les éleveurs, cultivateurs, fruiticulteurs… Elles concourent également à creuser la fracture, déjà trop profonde, entre le monde agricole et le reste de la société.
Dans un tel contexte, la nuance, telle qu’elle existe sur le terrain, peine à se faire entendre, alors même qu’elle est essentielle. Les débats actuels et futurs autour de l’agriculture wallonne ne peuvent, en effet, se réduire à des oppositions caricaturales. Car c’est bien de cette nuance que dépend la capacité à comprendre, accompagner et débattre d’un secteur en pleine évolution. Sans elle, cet objectif devient difficile à atteindre !





