Femmes-robots contre robots de traite
Il n’est pas inutile de réfléchir quand une question se pose à vous, ni interdit d’explorer des pistes ignorées par les analyses convenues.

Un constat inquiétant s’impose à nous, qui ne manque pas de nous interpeller : le nombre de bovins diminue d’année en année en Wallonie ! Pour quelles raisons ? Les chiffres sont là, saisissants ! Le cheptel wallon est passé sous le seuil symbolique du million pour atteindre 972.867, soit une baisse de 24 % par rapport à 2010, d’après le rapport officiel de l’État de l’Agriculture Wallonne. Vaches viandeuses : 212.666 têtes enregistrées (– 34 % depuis 2010) ; vaches laitières : 180.807 (– 20 %) ; naissances : recul global de 12,3 % au cours des 10 dernières années. Eh bien dites donc !!
À ces causes s’ajoute, dans le contexte d’une baisse générale des pouvoirs d’achat, la diminution de consommation de viande rouge (chère) au profit des viandes blanches (meilleur marché), sans compter la montée en puissance du flexitarisme et du végétarisme dans les habitudes alimentaires. Ces facteurs socio-économiques, sanitaires et environnementaux ne suffisent pas à eux seuls à expliquer l’érosion drastique du cheptel wallon. On peut également y voir un effet d’emballement dû au vieillissement des exploitants et au très faible taux de reprise des fermes en fin de carrière. La crise de vocation agricole est bien réelle et dramatique ! Le travail quotidien en élevage est jugé trop contraignant par la jeune génération, laquelle préfère se mécaniser, se robotiser, abandonner les vaches et labourer les prés.
Voici les causes communément invoquées ! Mais encore ? Une dame d’âge mûr m’a fourni clef sur porte une autre explication, brute de décoffrage : selon elle, les jeunes fermiers ne valent rien pour élever des veaux, s’ils n’ont pas une compagne pour s’en occuper ! Les femmes excellent dans les métiers du « care » (prendre soin), et elles sont irremplaçables pour s’occuper des nouveau-nés. Or, les petits veaux méritent les meilleurs soins pour passer le cap des premières heures et entrer dans la vie de la meilleure manière qui soit ! Ils ont besoin d’être traités avec douceur, et non jetés sans ménagement devant leur mère pour qu’elle le lèche (les récits de mon vétérinaire sont édifiants à ce sujet), ou conduits dans une brouette vers une cage où ils sécheront sans amour sous une lampe chauffante pas très glamour. S’ils en ont une… Même les races rustiques comptent parfois dans leurs rangs des parturientes pas très maternelles, peu enclines à câliner leur veau ! Administrer le premier lait est hyper important, et une dame, maman elle-même, n’a pas son pareil pour rassurer un veau terrorisé par son entrée dans un monde cruel où l’attend un destin funeste à moyen ou long terme.
Je ne fais que répéter la réflexion de cette agricultrice. J’entends d’ici les féministes, outrées de me voir cadenasser les femmes dans leurs rôles de gardiennes du « care » : maternité, ménage, soins au bétail, traite des vaches… Ce n’est mon propos en aucun cas : cette brave dame constate simplement que notre société patriarcale a confié le « care » aux femmes depuis des siècles, et que forcément, elles ont développé des compétences innées dont sont dépourvus la plupart des hommes (Et paf, dans les dents !). Il n’est pas normal de refiler cette tâche-là systématiquement aux agricultrices sans reconnaître la valeur primordiale de leurs dons au sein d’un élevage bovin. Les épouses et compagnes actives dans les fermes ont trop souvent été considérées comme des robots programmés pour ces activités invisibilisées par les hommes, déplore cette gentille madame.
À sa suite, j’affirme simplement que l’amour des animaux et le soin attentionné aux nouveau-nés, sont l’apanage des agricultrices, une spécialité dédaignée trop souvent par les agriculteurs, lesquels préfèrent les boulots visibles et gratifiants, juchés sur leurs beaux tracteurs, tandis que leurs épouses s’échinent à la traite et à l’abreuvement des veaux. Les exploitations bovines ont perdu leurs forces vives féminines, et la qualité de la gestion sanitaire en a grandement pâti ! Cette dame a raison, à mon avis.
Les agricultrices sont de moins en moins présentes dans les fermes, et le nombre des bovins diminue tout autant : ce parallélisme n’est-il pas troublant ? Les robots de traite reprennent le rôle des robots-femmes, mais sont infiniment moins efficaces et coûtent beaucoup plus cher. On n’a pas encore inventé de robots-maternants pour les veaux nouveau-nés, a-t-elle conclu.
La génération des femmes-robots en agriculture d’élevage a vécu ! Voyez le résultat…





