Une vidéo «choc» ne dit pas tout…

C’est sans aucun doute l’information qui a fait le tour des médias et des réseaux sociaux la semaine dernière. Et reconnaissons-le : les images prises à l’abattoir d’Ath sont difficilement supportables. Des animaux y montrent des signes de conscience malgré leur étourdissement, d’autres sont frappés violemment ou encore saignés directement dans la cour de l’établissement. Bref, il faut avoir le cœur bien accroché pour visionner cette vidéo de près de deux minutes. Diffusées par Gaia, ces images ont poussé l’association à demander la fermeture immédiate de l’infrastructure. Si, récemment encore, Gaia a mené de nombreuses campagnes mettant fortement à mal l’élevage, notamment avec « Pas ton lait », elle joue ici son rôle de contre-pouvoir et a permis de mettre en lumière ces dysfonctionnements dont les éleveurs sont également victimes.
Dans ce cadre, une plainte a été déposée contre l’établissement. Il convient toutefois de rappeler que cet abattoir constitue un véritable outil de proximité pour les éleveurs. Il est essentiel au circuit court, mais aussi à la filière ovine wallonne. Par ailleurs, comme nous l’avons déjà écrit dans Le Sillon Belge, le site est aujourd’hui entre les mains de la coopérative Wapimeat. Depuis sa reprise, celle-ci a réalisé de nombreux travaux afin de le remettre aux normes et de répondre aux enjeux actuels, notamment en matière de traçabilité des animaux.
Dès lors, comment expliquer la diffusion d’une telle vidéo ? « Gaia a reçu une alerte au mois de janvier et c’est comme cela qu’elle a commencé à enquêter », nous répond-on au sein de Wapimeat. Ainsi, c’est à l’insu de la coopérative que des caméras ont été placées et ont filmé l’intérieur de l’abattoir de février à avril. « Nous n’étions pas au courant… Mais il y a des choses que l’on ne voit pas. Par exemple, le porc qui apparaît sur les images avait bien été étourdi avant d’être égorgé. Il avait les pattes cassées et ne savait pas monter sur la chaîne d’abattage », ajoute Wapimeat. La coopérative rappelle également qu’en matière de bien-être animal, elle a reçu plusieurs rapports positifs de l’Afsca. Néanmoins, face à cette crise, des réunions ont déjà eu lieu afin de trouver des solutions et d’améliorer le processus. Des personnes travaillant à l’abattoir ont, de plus, été mises à pied.
Toujours est-il que, comme le note la Fugea : « Depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics se désengagent progressivement des abattoirs de proximité. Les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures n’ont pas toujours été réalisés ». Un avis partagé par Marc Vandenheede, spécialiste en bien-être animal, dont nous vous invitons à lire l’interview à partir de la page 18.
Malheureusement, alors que peu de personnes savent réellement ce qui se passe derrière les portes d’un abattoir, cette séquence choc risque encore d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui critiquent l’agriculture. Pourtant, rappelons qu’il est impossible de comprendre, en quelques minutes de film, toute la réalité de l’élevage wallon, au sein duquel le bien-être des animaux reste un pilier essentiel.





