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À la ferme de Jambjoule : le pari gagnant d'un élevage en osmose avec la nature

Chez Bernard Convié et sa femme Valérie Calicis, élevage et préservation de l’environnement avancent main dans la main… Dans leur ferme de Jambjoule, chaque animal trouve sa place. D’un côté, les vaches, de race Jersey, servent à la production laitière. De l’autre, les 200 brebis entretiennent les pelouses calcaires des réserves naturelles de cette région de Lesse et Lomme. Le tout, en donnant aussi un petit coup de pouce à la nature avec des vergers, la pose de nichoirs ou encore l’intégration de mares. Un système qui fait sens et s’ancre parfaitement dans ce projet de ferme biologique.

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Nous ne sommes qu’à quelques minutes de l’autoroute, et il pleut des cordes en ce mois de mai, pourtant, il ne faut guère longtemps pour comprendre ce qui fait le charme de la ferme de Jambjoule (Rochefort). Pas à pas, dans un cadre entouré de verdure, Bernard Convié emprunte le chemin sur lequel passent quotidiennement ses Jersiaise. Un peu plus haut, nous découvrons son troupeau. Dans leur prairie, où différentes essences se côtoient, ses vaches vivent leur plus belle vie. Elles sont 24 à la traite, pour 35 vêlages sur l’année. Avec une production moyenne de 4.000 l par animal, tout leur lait est directement transformé à la ferme. Des produits vendus en direct, dans le petit magasin, chez des revendeurs, auprès de plusieurs coopératives et d’un grossiste actif dans les magasins bio. Beurre, yaourt, fromage… il s’agit du pilier et de la principale source de revenu de l’exploitation. « Ma femme se sentait à l’aise avec cette race, moins massive. Finalement, ce n’est pas un mauvais choix. Ces vaches se comportent très bien dans les prairies, et ce sont de bonnes marcheuses. Parfois, il y a des passages un peu boueux, des petits rochers, mais elles sont assez rustiques. Puis, leur lait très riche permet des rendements fromagers assez intéressants », indique Bernard Convié.

Le passage en mono-traite...

Chaque matin, ces animaux passent à la traite. Une fois par jour. La séance du soir a, en effet, été retirée. Tandis qu’au départ, une perte de l’ordre de 25 à 30 % était observée, l’éleveur a retrouvé la production laitière attendue. Quant aux quelques litres de moins, ils sont compensés par la diminution de l’astreinte. Un temps précieux que Bernard Convié peut notamment mettre à profit de la surveillance de ses troupeaux. En effet, les vaches ne sont pas les seuls animaux de la ferme… Un peu plus bas, dans les bâtiments, se trouvent la douzaine de porcs. Eux, leur rôle est de valoriser les sous-produits de la fromagerie, comme le lactosérum. Ils reçoivent ces aliments durant leur engraissement, sur une période de 5 mois environ. Comme pour les bovins, l’éleveur aime l’idée que même les « sous-produits » peuvent rester utiles. « Pour les Jersiaise, nous produisons le fourrage. Je dois acheter les aliments concentrés car nous n’avons pas de terre à céréales. Je joue pas mal avec des sous-produits. Chez des collègues, qui possèdent un moulin à la ferme, j’achète du son. On me fournit aussi des carottes lavées mais pas vendables. Et je prends les drêches de la brasserie de la Lesse ».

Des porcs sont engraissés dans cette ferme. Ils valorisent les sous-produits de la fromagerie, comme le lactosérum.
Des porcs sont engraissés dans cette ferme. Ils valorisent les sous-produits de la fromagerie, comme le lactosérum. - D.T.

Les moutons pour entretenir la réserve semi-naturelle

Si la majorité des animaux vit à l’extérieur durant la belle saison, dans les étables, l’éleveur présente les quelques moutons vivant en bâtiment. Avec sa toison orangée, l’Ardennais Roux est reconnaissable en un coup d’œil. À côté, c’est un autre style avec le Mergelland, également une race locale menacée. Au total, l’agriculteur possède 200 mères tandis qu’une trentaine d’agneaux sont conservés chaque année pour le renouvellement. « Ce sont des ovins plutôt viandeux. Cependant, pour avoir des jeunes plus lourds, je réalise des croisements avec d’autres races, comme le Charolais ». Si l’exploitation propose de la viande, ce n’est pas la finalité première de ces moutons… Pour voir la majorité du cheptel, il faut faire un peu de route. Direction les réserves semi-naturelles de Lesse et Lomme. Sur ces pelouses calcaires, les brebis et agneaux entretiennent les lieux. 63 hectares pâturés essentiellement par ces animaux. « Les pelouses calcaires sont des espaces qui étaient déjà pâturés par les troupeaux itinérants. On ne savait pas faire grand-chose d’autre avec ces terrains : ni les cultiver ni les faucher. Lorsque ce type de pratiques s’est arrêté, surtout après la dernière guerre, les milieux se sont refermés. La forêt a repris ses droits. On s’est rendu compte qu’on avait perdu beaucoup de biodiversité ». C’est pourquoi, dans les années 90, ces espaces ont fait l’objet de mesures de restauration, et afin de garder le milieu ouvert, des moutons y ont été réintégrés.

Plusieurs règles et un agenda à respecter

Appartenant à la Région wallonne, la Ville de Rochefort ou encore à des associations naturalistes telles que Natagora, ces endroits sont inspectés annuellement par des scientifiques. Ces derniers évaluent, de cette manière, l’impact du pâturage sur la restauration des lieux et proposent un planning précis. Date de pâturage, nombre d’animaux, l’éleveur doit respecter une série de mesures en fonction de l’état de la parcelle. « Il y a, toutefois, une tolérance. S’il pleut beaucoup, avec de la végétation qui a poussé, il faut laisser les moutons plus longtemps. À l’inverse, s’il fait sec, il ne faut pas trop insister. Il ne faut pas mettre les animaux en péril non plus ». Bernard Convié poursuit : « Avec ce projet, j’aimais bien l’idée de mettre l’agriculture au service de la biodiversité. Le contact permanent avec les naturalistes est très instructif ».

À partir d’avril et jusqu’à mi-septembre, les différents lots sont placés dans plusieurs prairies. Certaines se situent à environ 4 km, d’autres sont plus éloignées, à 12 km. « La difficulté dans cette gestion est que l’on fonctionne avec trois ou quatre troupeaux. Ce serait plus facile d’en avoir un seul à déplacer. On ne possède pas la maîtrise complète de l’ensemble du cheptel, il y a des contraintes et cela nécessite aussi pas mal de surveillance. J’essaie d’aller les voir tous les deux jours ».

Si l’éleveur dispose gratuitement de ces pelouses, avec un contract de gestion, il se doit de suivre un cahier des charges. Il ne peut, par exemple, pas vermifuger les moutons lorsqu’ils pâturent. Néanmoins, comme le changement de pâture est régulier, la pression est moindre dans ces endroits. Il ne peut également pas les nourrir sur place. Si la nourriture vient à manquer, bien que le système soit très extensif, il doit soit les déplacer, soit les ramener à la ferme. « Ce n’est pas aussi simple qu’un troupeau classique. Il faut rester attentif à plusieurs éléments ».

Une série d’aménagements pour l’environnement

Une autre particularité de cette exploitation est la répartition de son territoire. Outre les hectares de la réserve naturelle, 15 appartiennent au couple d’agriculteurs, et 42 sont à la Donation royale. Dès lors, Bernard et Valérie sont locataires de l’État. Une situation atypique qui ne les a pas freinés au niveau des investissements. Les espaces verts ont également fait l’objet d’attention, toujours en se fondant dans l’environnement et non en le contraignant. Ainsi, dès le début, les agriculteurs ont mis en place des mesures agro-environnementales et se sont engagés dans le plan MC 10. « Puisque la ferme est déjà située dans un endroit assez préservé au niveau de la nature, ce n’était pas très compliqué d’aller un peu plus loin… »

Dans cet esprit, des vergers à hautes tiges ont été implantés. Un endroit où plusieurs nichoirs ont aussi pu prendre place. Si les arbres sont encore jeunes, à terme, le fils de la famille envisage une éventuelle diversification avec des fruitiers, tels que les pommiers et quelques poiriers. Environ 300 arbres ont été placés autour desquels les Jersiaise peuvent continuer à pâturer. Une prairie pour deux fonctions où, encore une fois, rien ne se perd. Comme les arbres, les haies replantées pourront servir de zones d’ombre, de brise-vent ou encore organiser au mieux le pâturage tournant. Notons que leurs essences ont été réfléchies en fonction des types de sols, qui peuvent, ici, varier d’un endroit à l’autre.

Un verger a été aménagé. On y retrouve des nichoirs pour les oiseaux. Il s’agit aussi d’un espace de pâture pour les vaches.
Un verger a été aménagé. On y retrouve des nichoirs pour les oiseaux. Il s’agit aussi d’un espace de pâture pour les vaches. - D.T.

Ensuite, il y a les mares, arrivées il y a trois ans. « Ça faisait déjà des années que je voulais en creuser l’une ou l’autre. J’avais déjà identifié les endroits. Cela nécessitait des permis d’urbanisme, des dossiers, des démarches. Ça me paraissait vraiment lourd et je n’avais pas envie de me mettre là-dedans. Par après, la Ville de Rochefort a signé une convention avec Natagora pour encourager les agriculteurs qui souhaitaient en avoir. Un employé de Natagora réalisait tous les dossiers administratifs. C’était super facile. Je me suis engouffré dedans, évidemment ». Ces dernières ont été intégrées dans des zones déjà humides où peu de choses poussaient… Dorénavant, c’est le refuge de batraciens, libellules et autres petites bêtes.

« Tout ce qui concerne la préservation de l’environnement, je l’ai découvert en arrivant ici, au contact des naturalistes et du projet de pâturage des réserves naturelles. C’est un autre monde qui s’est ouvert. Je trouvais ça formidable. Je me suis dit qu’il y avait sûrement moyen de concilier agriculture et environnement », se rappelle l’éleveur. Il poursuit : « Il faut aussi se rendre compte que ce n’est pas parce que l’on fait des actions de ce type que l’on perd de l’argent, au contraire cela peut être rentable ». Autant d’aménagements, certains plus imposants, d’autres de plus petite envergure, qui, mis bout à bout, peuvent faire une sacrée différence, sans pour autant mettre en péril la viabilité de la ferme.

Les moutons Ardennais Roux et Mergelland entretiennent les pelouses calcaires de la réserve naturelle.
Les moutons Ardennais Roux et Mergelland entretiennent les pelouses calcaires de la réserve naturelle. - D.T.

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