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D’aujourd’hui à demain, au rythme des canicules

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Depuis plus d’un an et demi, la Belgique connaît des températures anormales. Selon l’Institut royal météorologique, mai a été le seizième mois consécutif durant lequel la température mensuelle moyenne a été supérieure à la normale. Et ce ne serait guère une surprise que juin s’inscrive en 17e position. Le précédent record était de dix mois, de septembre 2006 à juin 2007. Les températures enregistrées en cette dernière quinzaine de juin, accablantes, ont elles aussi pulvérisé les records, les uns après les autres. Rien d’étonnant alors que les thermomètres ont frôlé, voire atteint, 40°C tandis que les températures ressenties dépassaient ce seuil partout dans le pays, ou presque. Pour preuve, le record de température journalière a été battu durant trois jours consécutifs. Celui-ci datait pourtant de 1976, année de canicule mémorable s’il en est.

Une telle situation n’est pas sans impact sur la vie quotidienne… et agricole. La canicule a imposé son rythme et la moisson n’y a pas échappé. Le mûrissement des escourgeons a pris un coup d’accélérateur, déclenchant le ballet des moissonneuses-batteuses, d’abord dans le Tournaisis puis, progressivement, ailleurs en Wallonie.

Il ne fallait toutefois pas confondre vitesse et précipitation et s’assurer, avant tout, que le grain était bel et bien mûr. Il serait dommage de payer des frais de séchage alors que la chaleur et le soleil règnent encore. Il convenait néanmoins d’éviter les bris de tige suite aux orages violents. Le bon sens paysan a, comme d’habitude, permis de jauger la situation et de prendre la décision qui s’imposait.

Dans les élevages aussi, le quotidien a été perturbé par la chaleur. Dans les prairies, les animaux se regroupaient à l’ombre des grands arbres. Les éleveurs laitiers ont dû s’adapter : rentrer les vaches, ventiler autant que possible les étables, installer des brumisateurs pour soulager les laitières… Et, malgré tout, voir la production de lait chuter, parfois jusqu’à 25 %.

D’ici dix à quinze ans, ces phénomènes devraient gagner en fréquence et régularité, selon plusieurs experts. Ce qui nous obligera à revoir nos habitudes… Pour les agriculteurs et autres professionnels gravitant autour de la ferme aussi ! Cette évolution ne concernera pas uniquement les pratiques culturales ou la conduite du troupeau, mais questionne également les choix posés dès aujourd’hui en matière de sélection et de génétique.

Du côté des productions végétales, les obtenteurs et sélectionneurs ne peuvent ignorer la résistance au stress thermique et, a fortiori, au stress hydrique dans leurs travaux d’amélioration variétale. Les éleveurs eux-mêmes devront probablement revoir la manière de sélectionner leurs animaux. Production, boiterie, facilité de vêlage… constituent des critères incontournables auxquels il faudra, sans aucun doute, ajouter la résistance à la chaleur.

Jusqu’ici, l’agriculture a toujours su composer avec les caprices du ciel. Le défi qui s’annonce n’est peut-être plus de s’adapter, mais de réussir à le faire suffisamment vite. Espérons toutefois que la météo, aussi imprévisible soit-elle, nous en laisse le temps. Car en la matière, chaque année apporte son lot de surprises climatiques, qu’il s’agisse de précipitations surabondantes ou, comme cette année, de vagues de chaleur à répétition…

Jérémy Vandegoor

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