Rinpode et Viballa font leur entrée sur le marché des herbicides
Après Beauvechain et Jauchelette l’an dernier, c’est à Chastre que Corteva Agriscience conduit ses essais cette année. Il y est principalement question de désherbage des betteraves et chicorées, suite à l’agréation de deux nouveaux produits reposant sur des hormones que sont le Rinpode et le Viballa.

Les deux herbicides présentés par la société étaient en cours de développement lors de notre dernière visite, l’an passé. Ayant achevé leur « parcours administratif », ils bénéficient désormais d’une agréation et sont donc commercialisés.
En betterave, un nouvel herbicide, en trois ou quatre fractions
Le premier de ces nouveaux produits se nomme Rinpode et est agréé en betteraves sucrières et fourragères. Il s’agit d’un herbicide de contact, appliqué en post-levée, reposant sur l’hormone Rinskor Active (nom commercial du florpyrauxifen-benzyl). « Il s’agit d’une nouvelle matière active, ce qui permet d’apporter un nouveau mode d’action contre les adventices et, ainsi, de limiter l’apparition de résistance », insiste Luc Looze, regional sales marketing manager chez Corteva Agriscience. On retrouve cette même matière active, en association avec d’autres, dans le Lortama, un herbicide nouvellement agréé en culture de maïs.
Le Rinpode montre un spectre d’efficacité contre chénopodes et constitue un nouveau moyen de lutte contre les populations résistantes aux herbicides PSII, face auxquelles le programme Far « classique » peut montrer des faiblesses. Il cible également les ombellifères et les mercuriales, mais aussi les amarantes, fumeterres, gaillets gratterons… A contrario, les camomilles, séneçons, arroches étalées et renouées ne se montrent pas sensibles à cet herbicide. « Il sera donc nécessaire de l’associer à d’autres matières actives, selon la flore rencontrée », insiste-t-il.
À ce titre, le Rinpode présente l’avantage d’avoir une très bonne compatibilité avec d’autres herbicides. Il s’intègre donc dans le schéma actuel, y compris si des betteraves Conviso Smart sont semées. Le phytopharmacien déconseille néanmoins les mélanges avec les graminicides. Un de ses autres atouts est qu’il travaille dès 4 à 5°C.
L’herbicide s’utilise en trois ou quatre fractions par saison, pour une dose totale homologuée établie à 80 ml/ha (3 x 26,6 ml/ha ou 4 x 20 ml/ha). « Qu’importe le fractionnement choisi, il est essentiel d’appliquer la dose pleine pour obtenir une efficacité complète sur chénopode. » Ce mode d’application permet également de toucher chaque adventice, au fur et à mesure des levées ; l’idéal étant d’intervenir, au plus tard, sur des chénopodes au stade 6-8 feuilles.
Le Rinpode s’applique depuis le stade cotylédons de la betterave étalés horizontalement jusqu’au stade 9 feuilles étalées. Il sera disponible pour la prochaine campagne.
Kinsidro Grow+, face aux stress abiotiques
Dans le cadre de l’essai dédié au désherbage des betteraves sucrières, le biostimulant Kinsidro Grow+ a également été mis à l’épreuve. « Nous développons ce type de produits, en betteraves et autres, afin d’aider les cultures en situation de stress abiotiques », éclaire Luc Looze.
À base d’acides fulviques et humiques et d’oligoéléments, ce produit stimule la division cellulaire et l’élongation cellulaire au niveau des méristèmes apicaux (racinaire et foliaire). Il en résulte un développement plus important du chevelu racinaire et une accélération de la croissance de la partie aérienne. L’application de Kinsidro Grow+ réduit encore le stress provoqué par l’application d’herbicides au stade jeune de la culture.
Il s’applique en mélange avec d’autres produits phytosanitaires, qu’il s’agisse d’herbicides, fongicides ou insecticides.
Boa, Titus et Viballa en chicorée
L’essai consacré au désherbage de la chicorée s’articulait entre deux modalités La première portait sur l’incorporation d’un herbicide avant le semis, comme le Boa (20 g/l penoxsulame). « Notre conseil est de l’appliquer à la dose de 300 ml/ha, tout en l’incorporant sur 5 à 8 cm de profondeur pour garantir son efficacité. » L’avantage d’une telle pratique réside dans la stabilité des résultats observés, notamment en année sèche, tandis qu’un traitement de post-levée est davantage dépendant des conditions climatiques.
En post-levée, la combinaison Boa + Titus permet de lutter contre un large spectre d’adventices. Ensemble, ces deux produits assurent une maîtrise quasi complète de la mercuriale. Le Boa se montre, lui, très efficace contre le datura, la morelle noire et le chénopode.
Par ailleurs, l’homologation du Titus (250 g/kg rimsulfuron) a été modifiée, permettant d’augmenter la dose maximale (70 g/ha, contre 60 g/ha précédemment) pour un intervalle entre deux applications de sept jours (10 jours avant modification). Selon Corteva Agriscience, cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour adapter les futures stratégies de désherbage. En parallèle, le phytopharmacien devra peut-être composer avec de nouvelles restrictions. La Wallonie a, en effet, décidé de s’attaquer aux pesticides contenant des Pfas, ce qui est le cas du Boa.
La deuxième modalité était consacrée au Viballa (3 g/l halauxifène-méthyl, matière active connue commercialement sous le nom Arylex). Comme le Rinskor Active, il s’agit d’une hormone agissant sur la régulation de la croissance des adventices et entraînant leur mort. Cette nouveauté cible particulièrement bien le chénopode. Ses faiblesses résident du côté de la camomille et de l’arroche étalée. Celle-ci s’applique également en programme, à la dose maximale de 1 l/ha, par fraction maximale de 0,25 l/ha à intervalle d’au moins 7 jours.
Lutter contre les repousses de chicorée
Si assurer le désherbage des chicorées est une chose, lutter contre leurs repousses en est une autre. « Il convient d’éviter toute concurrence entre la chicorée et la céréale. Il faut également éviter qu’elle monte en graines, multipliant ainsi les risques dans la parcelle », commente Luc Looze. L’objectif est donc de contrôler les chicorées au fur et à mesure de leurs levées successives.

« Suite à l’arrivée sur le marché des variétés tolérantes aux inhibiteurs d’ALS, ces derniers ne peuvent être utilisés. Il faut se tourner, une nouvelle fois, vers les hormones comme le Matrigon (100 g/l clopyralide). » Or, la dose agréée en céréales (0,9 l/ha) est trop faible pour lutter contre les repousses de chicorée. « On l’associera au MCPA. »
En outre, il convient d’agir au moment opportun. « Intervenir trop tardivement laisse le temps aux premiers individus de croître. Ils seront moins bien maîtrisés, avec les risques que cela représente. Traiter trop tôt n’est pas idéal non plus, car d’autres individus risquent de lever après l’intervention. » La levée échelonnée de la chicorée représente dès lors une réelle difficulté.





