Les variétés et la protection fongicide des céréales hainnuyères, sous l’œil du Carah
Le 17 juin, le Carah organisait la visite de ses champs d’essais, installés à Ath. Outre la question du renouvellement variétal, un large chapitre était consacré à la situation sanitaire et à la protection fongicide du froment et de l’escourgeon. L’occasion d’observer le comportement d’un abondant panel de traitements, au regard d’une saison qui touche déjà à sa fin.

Traditionnellement, le mois de juin est dédié aux visites des essais fongicides et variétaux mis en place par divers centres de recherche. Les observations réalisées en conditions réelles permettent d’évaluer le comportement des céréales, mais aussi de jauger l’efficacité de divers programmes phytosanitaires, en vue de préparer la prochaine saison. Toutefois, un rappel s’impose : une année n’est pas l’autre et les enseignements de cette saison devront être adaptés aux conditions rencontrées l’an prochain. C’est dans ce cadre que le Centre pour l’agronomie et l’agro-industrie de la province du Hainaut (Carah) ouvrait ses portes aux agriculteurs et conseillers (phyto)techniques, pour une visite guidée organisée par le service d’expérimentations et d’avertissements.
Les premiers constats en froment
Dès l’entame de la visite, Olivier Mahieu, responsable des expérimentations, livre quelques observations : « L’automne a été doux, avec des températures moyennes supérieures aux normales de saison, accompagnées d’un ensoleillement global parmi les plus bas mesuré ces dernières décennies. L’hiver a, lui aussi, été doux bien qu’il ait été marqué par des extrêmes thermiques. Une température de -4,6°C a été enregistrée fin décembre tandis que fin février culminait à près de 20°C. Les précipitations ont été contrastées d’un mois à l’autre, comme au printemps. Celui-ci s’inscrit également dans cette même douceur exceptionnelle, conjuguée, cette fois, à un ensoleillement généreux ».
Sur le plan sanitaire, la météo douce rencontrée ces dix derniers mois a d’abord été favorable aux rouilles. Les pluies tombées en mai et juin ont, quant à elles, joué le jeu de la septoriose dont les prémices ont été observées suite aux précipitations tombées en février. À ce titre, certaines variétés ont très bien tenu tandis que d’autres se montrent quelque peu décevantes.
La rouille jaune a, parfois, touché certaines variétés considérées comme sensibles mais aussi d’autres, assez tolérantes. « Cela laisse supposer que différentes souches, capables de contourner certaines résistances, étaient présentes. Et ce, y compris la nouvelle souche identifiée en 2025. » Les essais variétaux d’Ath ont été malgré tout globalement assez peu touchés, contrairement à certaines situations observées dans la région.
La rouille brune a déjà été signalée en avril. Elle s’est montrée assez agressive sur certaines variétés sensibles. « Toutes les variétés ont été touchées, bien qu’à des intensités différentes. »
« Pour l’instant, on constate peu de fusariose de l’épi. Un peu de Michrodochium est parfois observé sur les feuilles. »
Côté insectes, la présence de pucerons a nécessité un traitement en automne. Quelques symptômes légers découlant de leur visite sont toutefois encore visibles. À l’épiaison, peu de pucerons de l’épi ont été observés dans la parcelle visitée, mais les situations sont contrastées cette année. Quelques lémas ont également été repérés, sans qu’il ne faille s’en préoccuper. Les cécidomyies n’ont, semble-t-il, pas été préjudiciables dans les essais cette année. Un constat qui devra être confirmé dans les jours à venir.
Quelles stratégies face aux maladies fongiques ?
Un important essai de plus de quarante objets, orienté sur les programmes proposés par les firmes phytopharmaceutiques et sur les stratégies mises en avant par le Carah, est déployé en matière de lutte contre les maladies en froment d’hiver. Il prend place à Ath, sur la variété Kws Sabrum, et est complété par un second essai, installé à Cambron-Saint-Vincent, sur la variété Wgt Farmeo.

L’itinéraire technique, à Ath
L’essai installé à Ath a été semé le 15 octobre à la densité de 350 grains/m².
Pour son désherbage, le Carah a opté, avant l’hiver, pour Carpatus 0,6 l/ha+ AZ 500 0,15 l/ha le 7 novembre. Une correction a été effectuée au printemps, le 18 mars, sous forme de Finy 20 g/ha + Starane Forte 0,3 l/ha.
L’azote a été apporté à la dose totale de 180 unités, en trois fractions (70 unités le 9 mars, 60 unités le 24 mars et 50 unités le 4 mai). Les régulateurs ont été appliqués les 1er (Moddus 0,2 l/ha + Stabilan 1 l/ha) et 15 avril (Moddus 0,25 l/ha + Stabilan 0,5 l/ha).
Un traitement insecticide a été réalisé le 7 novembre (Karaté Zéon, 50 ml/ha), lors du désherbage d’automne.
Côté fongicides, cinq nouveautés ont été mises à l’épreuve : Daxur (150 g/l krésoxym-méthyl + 100 g/l méfentrifluconazole), Starinta (125 g/l bixafen), Starinta Duo (75 g/l bixafen + 150 g/l prothioconazole), Avastel (75 g/l fluxapyroxad + 150 g/l prothioconazole) et Loska (48 g/l metconazole (cis/trans 84/16) + 100 g/l prothioconazole).
Peu avant la visite, la pression était faible en rouille jaune, assez forte en septoriose et faible à moyenne en rouille brune. Les traitements ont été appliqués, selon les programmes évalués, aux stades 2 nœuds (32) le 23 avril, dernière feuille (39) le 12 mai, épiaison (55) le 22 mai et floraison (60) le 29 mai.
Et Olivier Mahieu d’en tirer quelques premières conclusions : « A Ath, mais aussi à Cambron, en traitement unique, l’efficacité des traitements de dernière feuille est équivalente à celle des traitements d’épiaison, que ce soit face à la septoriose ou à la rouille brune. Mais on retrouve des symptômes de septoriose sur les F3, F2 et F1. Les doubles traitements (32 + 55 et 32 + 39) montrent, quant à eux, une efficacité supérieure aux simples traitements. Ils laissent passer très peu de symptômes sur F3, F2 et F1 ».
Les principaux enseignements
Alors que ce n’est pas la stratégie habituellement conseillée, six traitements uniques de dernière feuille se distinguent : Velogy Era + Univoq, Univoq + Comet New, Peacoq + Avastel, Revystar Gold, Ascra Xpro + Comet New, et Univoq. Cependant, ce dernier laisse passer la rouille brune s’il est appliqué seul.
En traitement unique d’épiaison, sur septoriose, l’avantage va globalement aux mélanges Univoq + Comet New, Peacoq + Avastel et Ascra Xpro + Comet New.
Du côté des doubles traitements (32 + 55 ou 32 + 39), les interventions freinent davantage la septoriose et les rouilles. Les traitements permettant un contrôle complet des deux maladies dans les deux essais sont :
– aux stades 32 + 39 : Navura suivi de Priaxor EC + Lenvyor, Univoq suivi de Imtrex + Balaya, Balaya suivi de Imtrex + Univoq, et Questar (Aquino) + Fandango Pro suivi de Ascra Xpro ;
Et Olivier Mahieu d’ajouter : « L’ajout de Stavento (à base de folpet) à 1,5 l/ha ou de soufre à une triazole en T1 montre encore son intérêt sur septoriose ».
En escourgeon, peu de différence entre schémas
Après les froments, place à l’escourgeon et à un rapide point sur la situation : « L’escourgeon est en avance par rapport aux années précédentes. En cause ? Les températures supérieures aux moyennes qui ont prévalu durant sa croissance ». Et d’ajouter : « Les conditions sèches semblent avoir eu un impact limité sur le potentiel de rendement qui semble prometteur (ndlr : en date du 17 juin). Par ailleurs, les escourgeons étaient particulièrement hauts (7 à 8 cm plus grand que l’an dernier) ; les hybrides dépassant les lignées.
Comme en 2025, assez peu de maladies ont été observées, si ce n’est la rouille naine, l’oïdium, des grillures et un peu d’helminthosporiose et de rhynchosporiose. Le jour de la visite, Olivier Mahieu confirme que les notations effectuées quelques jours auparavant sont, cette année, peu discriminantes en ce qui concerne l’helminthosporiose et, surtout, la rhynchosporiose.
Outre les essais variétaux (lire par ailleurs), le Carah conduit des expérimentations consacrées à la lutte contre les maladies cryptogamiques, à Ath et Beclers. Cette année, ces trois nouveautés y ont été intégrées : Starinta, Starinta Duo et Avastel. Pour le reste, les produits étaient issus de plusieurs catalogues en vue de travailler avec un large panel de solutions disponibles sur le marché.
Sur le premier site, la variété testée est Kws Futuris « qui fait de la rouille naine, des grillures, peu d’helminthosporiose et très peu de rhynchosporiose ». À Beclers, Lg Zefira a été choisie.
L’itinéraire technique, à Ath
« Les semis ont été réalisés le 2 octobre, à la densité de 275 grains/m² », éclaire Olivier Mahieu.
Le désherbage des parcelles a été effectué avant l’hiver, le 16 octobre, avec Carpatus 0,6 l/ha + AZ 500 0,15 l/ha. Une correction a suivi au printemps, à l’aide de Finy 20 g/ha + Starane Forte 0,3 l/ha, le 18 mars.
Une dose totale de 165 unités d’azote a été apportée, en trois fractions (60 unités le 9 mars, 50 unités le 23 mars et 55 unités le 15 avril). Les traitements de régulation ont été appliqués les 23 mars (Medax Top 1 l/ha) et 16 avril (Medax Max 0,5 kg/ha).
Cette année, deux traitements insecticides ont été réalisés les 16 octobre et 7 novembre (Karaté Zéon 50 ml/ha à chaque reprise), car de nombreux pucerons ont été observés. « Aucun symptôme de jaunisse nanisante n’a, cependant, été constaté. »
Les traitements fongicides mis en comparaison ont été appliqués aux stades 1-2 nœuds, le 1er avril, et dernière feuille, le 17 avril.
Lutte et efficacité
« Comme tous les ans, nous constatons clairement la supériorité des doubles traitements par rapport aux simples traitements. Toutefois, vu la saison que nous connaissons, il y a globalement peu de différences entre schémas », observe notre guide.
« Sur base des cotations effectuées début juin, en traitement unique à la dernière feuille, ressortent : Ascra Xpro + Stavento, Ascra Xpro + Vertipin, Ascra Xpro + Comet New et Revytrex + Comet New. Ces traitements semblent montrer les meilleures efficacités, suivant la logique rencontrée l’an dernier. »
Une comparaison des différentes modalités intégrant l’Ascra Xpro avec ce dernier appliqué seul montre que lui adjoindre du folpet (Stavento) apporte un plus en matière d’efficacité.
Du côté des programmes à deux traitements, les combinaisons les plus efficaces sont : Navura suivi de Revystar Gold + Mizona, Navura suivi d’Imtrex + Balaya, Balaya suivi de Velogy Era + Priori Max, Balaya suivi de Velogy Era + Mirror, Verben + Stavento suivi de Avastel + Stavento, Simveris + Comet New suivi de Ascra Xpro + Stavento, Lenvyor + Flexity suivi de Ascra Xpro + Stavento, Balaya suivi de Ascra Xpro + Stavento, et, enfin, Navura suivi de Revytrex + Comet New. « Ce sont des solutions faisant intervenir le prothioconazole, le méfentrifluconazole, la pyraclostrobine ou le folpet en T1 et/ou en T2. »





