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Les Paresi, un peuple autochtone du Brésil

1,7 million. C’est le nombre d’autochtones vivant au Brésil. Beaucoup sont établis dans des zones isolées de l’Amazonie et restent confrontés à la pauvreté ainsi qu’à l’insécurité alimentaire. Dans l’État du Mato Grosso, les Paresi comptent 20.000 indigènes qui ont choisi une autre voie : développer l’agriculture sur leur territoire afin d’améliorer leurs conditions de vie et renforcer leur autonomie.

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Non loin de Campo Novo do Parecis, connue pour ses cascades et son tourisme culturel, nous sommes allés à la rencontre des Paresi, une communauté autochtone composée de 43 sous-groupes et la seule à pratiquer l’agriculture. « Il y a 30 ans, nous souffrions encore de pauvreté par manque de viande et de nourriture. Nous sommes dans une région où nous avons une belle rivière, mais peu de chasse, peu de pêche. Nous avions besoin de trouver de la nourriture pour survivre. Beaucoup de gens ont donc quitté le territoire afin de trouver du travail à l’extérieur », explique Arnaldo Zunizakae, autochtone et président de la coopérative Copihanama.

Les surfaces cultivées représentent aujourd’hui  moins de 3 % du territoire paresi, laissant  la majorité des espaces à l’état naturel.
Les surfaces cultivées représentent aujourd’hui moins de 3 % du territoire paresi, laissant la majorité des espaces à l’état naturel. - A.B.

Il se souvient surtout de la précarité infantile, « avec 42 enfants décédés sur une année sur les 1.270 membres de la tribu ». Les Paresi se trouvaient donc à un carrefour : travailler à l’extérieur ou reprendre le contrôle de leurs terres. « Nous savions comment cultiver, alors pourquoi ne pas le faire chez nous ? », affirme le président. La solution était donc identifiée.

Le choix de cultiver pour assurer l’avenir

Quelques sous-groupes ont ainsi commencé à cultiver sur des petites parcelles à l’intérieur de leur territoire. La Funai, la fondation nationale chargée des peuples indigènes, leur a également fourni du matériel, comme des tracteurs. « Au départ, nous avons dû faire face à des conflits d’opinions. Les anciens étaient réticents et avaient peur. Nous avons donc organisé des réunions pour clarifier la situation et élaboré un plan d’action pour retenir ou réattirer la population », détaille Arnaldo.

L’agriculture mécanisée a permis aux Paresi de créer des emplois locaux  et de limiter l’exode des jeunes vers les villes.
L’agriculture mécanisée a permis aux Paresi de créer des emplois locaux et de limiter l’exode des jeunes vers les villes. - A.B.

Le lancement de ce projet d’agriculture mécanisée a immédiatement buté sur un obstacle structurel majeur : l’impossibilité d’obtenir des crédits bancaires classiques. En effet, les terres indigènes ne possèdent pas de titre de propriété, elles sont invendables et ne peuvent servir de garantie.

Face aux lourdeurs administratives pour obtenir les licences auprès de l’État du Mato Grosso et à l’absence d’alternatives publiques, la communauté a entrepris un partenariat avec des agriculteurs de la région. « Ce contrat prévoyait que les exploitants extérieurs financent les intrants et le matériel tandis que les indigènes fournissaient la main-d’œuvre, avec la condition essentielle que ces derniers soient formés aux métiers d’agriculteur. À la récolte, les bénéfices étaient partagés 50/50. »

Malgré l’opposition de l’État et de certaines Ong, ce modèle de transition a fonctionné pendant plusieurs années, permettant à la communauté d’apprendre et de commencer à capitaliser.

Une transition forcée vers l’autonomie coopérative

L’expiration des premiers contrats et les réalités de la rentabilité de la terre ont d’abord rendu difficile l’achat complet de machines par la communauté seule. C’est en 2018, sous la contrainte juridique du bureau du procureur public qui a mis fin définitivement au système de partenariat, que les Paresi ont opéré un tournant en créant leur propre coopérative. La tribu étant composée de plusieurs communautés, plusieurs coopératives ont ainsi vu le jour.

Pour contourner l’absence constante de crédit bancaire, ils ont adopté un modèle de financement basé sur le troc et qui engage directement leur future production pour acquérir du matériel.

Ce nouveau modèle coopératif a permis de pérenniser l’activité, transformant un simple plan de subsistance en un véritable moteur économique indispensable à la vie du territoire indigène. Sans abandonner leur patrimoine, les Paresi ont adopté une agriculture plus moderne, tout en pratiquant l’écotourisme.

De la précarité à l’autonomie économique

« Certaines personnes disent que l’agriculture a détruit notre culture, mais elles ne se rendent pas compte de nos conditions de vie à l’époque. Nous n’avions pas de logement, pas de logement convenable… », ajoute le coopérateur.

Les Paresi revendiquent la possibilité  de développer une agriculture moderne  sans renoncer à leur identité culturelle.
Les Paresi revendiquent la possibilité de développer une agriculture moderne sans renoncer à leur identité culturelle. - A.B.

Selon lui, ce projet agricole a donc radicalement transformé les conditions de vie des villages, réduisant fortement la pauvreté et les préjugés de la société qui « réduisaient autrefois les indigènes au statut de mendiants dépendants de la charité des fermes voisines ». Aujourd’hui, les communautés disposent de logements adéquats et d’une sécurité alimentaire.

Le développement agricole a contribué à améliorer les conditions de vie et à renforcer l’autonomie des villages.
Le développement agricole a contribué à améliorer les conditions de vie et à renforcer l’autonomie des villages. - A.B.

Sur le plan identitaire, la réussite de la coopérative semble avoir redonné une dignité et une valeur économique aux Paresi, fusionnant leur héritage ancestral avec le statut de chef d’exploitation agricole. Cette organisation s’est matérialisée par la mise en place d’un plan de gestion territorial cartographié, faisant de leur territoire l’une des rares réserves indigènes du Brésil à posséder un programme officiel et structuré qui encadre ses activités et ses expansions futures.

Malgré leur développement et les changements de mentalité, la coopérative des Paresi affirme encore se heurter à des obstacles discriminatoires majeurs sur le marché. Un représentant de la Funai souligne une profonde inégalité de traitement : « là où un producteur non indigène obtient ses permis en six mois, il a fallu 12 ans aux communautés autochtones pour régulariser leur situation ».

Actuellement, les Paresi cultivent 18.000 ha ce qui représente moins de 3 % de leur territoire (1,5 million d’hectares), laissant 97 % des espaces totalement préservés. Cette superficie cultivée devrait atteindre les 50.000 ha dans les 50 prochaines années, sans jamais pouvoir dépasser les 5 % du territoire.

Les communautés affirment concilier développement économique et protection  de leur patrimoine naturel grâce à une gestion encadrée du territoire.
Les communautés affirment concilier développement économique et protection de leur patrimoine naturel grâce à une gestion encadrée du territoire. - A.B.

Entre zones de préservation et réserves indigènes

Un point fondamental soulevé par le représentant de la Funai est la confusion fréquente entre les zones de préservation permanente, qui sont intouchables, et les réserves indigènes, sur lesquelles l’agriculture est légalement autorisée à condition de respecter certaines normes environnementales.

Cependant, un obstacle juridique majeur paralyse le développement des communautés : la terre appartient à l’État fédéral, les autochtones n’en ayant que l’usufruit. Par conséquent, ne possédant pas de titres de propriété, ils ne peuvent fournir aucune garantie bancaire pour obtenir des crédits ou financer des infrastructures de stockage.

L’absence de titre de propriété empêche les communautés d’utiliser leurs terres  comme garantie pour obtenir des financements bancaires.
L’absence de titre de propriété empêche les communautés d’utiliser leurs terres comme garantie pour obtenir des financements bancaires. - A.B.

Pour aggraver la situation, les réglementations se sont durcies au fil des différents gouvernements, interdisant désormais les partenariats avec des agriculteurs extérieurs qui avaient pourtant permis aux Paresi de lancer initialement leur modèle.

Le boycott international et le paradoxe des Ogm

Bien que les Paresi produisent plus de 60.000 t de soja, les producteurs indigènes déclarent faire face à une exclusion dramatique des marchés d’exportation en raison des pressions et des traités internationaux.

Malgré une production importante, les producteurs autochtones rencontrent encore des obstacles pour accéder directement aux marchés internationaux.
Malgré une production importante, les producteurs autochtones rencontrent encore des obstacles pour accéder directement aux marchés internationaux. - A.B.

« Les grandes entreprises de négoce mondiales ainsi que d’autres géants refusent catégoriquement d’acheter nos produits ou de traiter directement avec la coopérative, de peur qu’un scandale ne ternisse leur réputation à l’étranger. » Bien qu’ils cultivent des variétés conventionnelles non Ogm, leur production est jugée « toxique » par les marchés internationaux. Ils sont donc contraints de vendre leur soja au rabais sur le marché intérieur pour être transformé en biodiesel ou en farine, ou de dépendre d’intermédiaires qui mélangent discrètement leurs récoltes.

Astrid Bughin

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