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Sur les routes du Brésil, à la découverte de l’agriculture du Mato Grosso

Le Mato Grosso s’est imposé comme la locomotive agricole du Brésil. Premier producteur national de soja, de maïs, de coton et de viande bovine, cet État du centre-ouest brésilien tire sa croissance d’un ensemble de filières agricoles et agro-industrielles. Porté par l’innovation agronomique, l’intensification des systèmes de production et le développement des filières de transformation, il continue d’afficher des perspectives d’expansion parmi les plus importantes du pays, voire du monde.

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« Le Brésil possède un immense territoire de 8,5 millions de kilomètres carrés, une population de 212 millions d’habitants et un Produit intérieur brut (Pib) d’environ 2.200 milliards de dollars américains, ce qui en fait la dixième économie mondiale », introduit Cleiton Gauer, surintendant de l’Imea, l’institut d’économie agricole et de l’élevage du Mato Grosso.

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Il nous apprend ensuite que le pays est numéro un mondial pour les productions de café, de soja, de jus d’orange et de canne à sucre. Le Brésil arrive ensuite en deuxième place pour la volaille et le bétail et est également très bien placé pour le coton, et bien d’autres produits. « L’ensemble de ces activités représente 23,5 % du Pib du pays, tenant compte de l’ensemble de la chaîne : des exploitations agricoles, mais aussi de l’amo

nt et de l’aval de la production ».

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60 % du territoire est protégé

Le Mato Grosso est le plus grand état agricole du Brésil. Toute son économie est majoritairement basée sur l’agriculture. Ses productions principales sont le soja, le maïs et le coton. L’ État possède également le plus grand cheptel bovin du pays.

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Avec une superficie de plus de 900.000 km², ce territoire s’étend sur l’équivalence de la France et de l’Allemagne réunies. « C’est donc un immense état, mais avec une population relativement faible » détaille Cleiton Gauer. Environ 3,8 millions d’habitants, ce qui représente 4 habitants/km², vivent principalement dans la région de la capitale, Cuiabá, ainsi que dans trois autres grands centres urbains. « La population est très concentrée ».

Le Mato Grosso génère le 11e Pib du pays, avec 43,3 milliards de dollars américains. Environ 14,4 % de la superficie de l’État est consacrée aux cultures et 16,5 % du territoire correspond à des terres indigènes, appelées unités de préservation. « Lorsque l’on additionne les zones protégées à l’intérieur des exploitations agricoles, conformément au code forestier, aux zones de préservation permanente et à d’autres réglementations, on arrive donc à près de 60 % du territoire que l’État protège légalement », affirme le responsable de l’Imea.

La balance commerciale constitue un indicateur essentiel de la santé économique d’un territoire. Lorsqu’un pays ou une région exporte davantage qu’il n’importe, il génère un excédent commercial qui permet de faire entrer des devises étrangères, notamment des dollars américains.

Dans le cas du Mato Grosso, cet excédent est largement porté par les exportations agricoles. « 80 % des revenus agricoles proviennent des cultures et 20 % de l’élevage. Le soja représente à lui seul environ 45 %, le maïs 19 % et la viande bovine et le coton 13,6 % chacun », précise Cleiton Gauer.

Une part importante du soja produit dans le Mato Grosso est destinée aux marchés internationaux.
Une part importante du soja produit dans le Mato Grosso est destinée aux marchés internationaux. - A.B.

Une agriculture en pleine expansion

L’agriculture de cet État continue d’afficher un fort potentiel de croissance, porté à la fois par l’augmentation des surfaces cultivées, les progrès technologiques et le développement des filières de transformation.

Dans le secteur du soja, le Mato Grosso récolte aujourd’hui environ 50 millions de tonnes, soit 11 % de la production mondiale et 27 % de la brésilienne. « Près de 62 % de la production est transformée localement, notamment en huile et en divers produits dérivés. Des études prospectives indiquent que la production pourrait atteindre près de 65 millions de tonnes au cours des dix prochaines années, avec un potentiel de conversion des terres estimé à 3,5 millions d’ha dans les huit prochaines années », chiffre l’orateur.

Le Mato Grosso produit près de 27% du soja brésilien. Cette culture représente à elle seule près de 45% des revenus agricoles de l’État.
Le Mato Grosso produit près de 27% du soja brésilien. Cette culture représente à elle seule près de 45% des revenus agricoles de l’État. - A.B.

La diversification des cultures constitue également un levier important de développement. Grâce au climat et aux innovations agronomiques, les producteurs sont désormais capables de réaliser plusieurs cultures au cours d’une même année. « L’agriculture du Mato Grosso dépend presque exclusivement des précipitations naturelles. Avec seulement 180.000 ha irrigués, les agriculteurs ont progressivement adapté leurs pratiques, notamment pour le maïs, en développant des variétés à cycle court capables de s’intégrer aux conditions tropicales locales. »

L’agriculture du Mato Grosso repose presque exclusivement sur les précipitations naturelles, bien que l’on retrouve quelques surfaces irriguées.
L’agriculture du Mato Grosso repose presque exclusivement sur les précipitations naturelles, bien que l’on retrouve quelques surfaces irriguées. - A.B.

Le maïs occupe donc une place centrale dans l’économie agricole de l’État, en représentant environ 37 % de la production brésilienne et près de la moitié de la deuxième récolte nationale. Si une part importante de cette production est encore exportée comme le soja, le marché intérieur gagne progressivement du terrain grâce au développement de la filière éthanol de maïs. « Plus de 20 millions de tonnes sont déjà transformés à cette fin, et les investissements prévus montrent que ce marché devrait encore gagner en importance dans les prochaines années. Les perspectives sont particulièrement favorables pour la deuxième récolte, dont les surfaces en maïs pourraient atteindre près de 10,9 millions d’ha, avec une production supérieure à 80 millions de tonnes dans les années à venir », annonce Cleiton Gauer.

Le coton constitue un autre pilier majeur de l’agriculture brésilienne. Le Mato Grosso assure environ 64 % de la production du pays et cultive actuellement près de 1,4 million d’ha, dont l’essentiel provient de la deuxième récolte. Contrairement au soja et au maïs, la majeure partie du coton est destinée à l’exportation. « Il est plus compétitif d’exporter du coton brut vers l’Asie et notamment la Chine, avant de réimporter les produits finis et transformés », avoue le responsable de l’Imea. Là encore, les projections à long terme restent favorables, avec une production qui pourrait atteindre environ 4 millions de tonnes à l’horizon 2034.

Une meilleure valorisation des pâturages

L’agriculture du Mato Grosso ne se limite pas à la production de soja, de maïs ou de coton. L’élevage bovin y occupe aussi une place centrale. Avec environ 33 millions de têtes de bétail, l’État possède le plus important cheptel bovin du Brésil, soit près de 14 % du total national. Chaque année, entre 7,4 et 7,5 millions d’animaux sont abattus.

L’élevage bovin demeure l’un des piliers économiques de l’État, qui possède le plus important cheptel du Brésil, aux côtés du soja, du maïs et du coton.
L’élevage bovin demeure l’un des piliers économiques de l’État, qui possède le plus important cheptel du Brésil, aux côtés du soja, du maïs et du coton. - A.B.

Longtemps tournée vers le marché intérieur, la filière viande a fortement développé ses exportations ces dernières années, notamment vers la Chine après les épisodes de peste porcine africaine qui ont affecté la production de porc chinois. « Actuellement, près de 40 % de la viande produite dans l’État est exportée, soit 2 millions de tonnes, même si la consommation nationale demeure le principal débouché. »

En résumé, selon Cleiton Gauer, les projections établies par les organismes agricoles locaux prévoient une augmentation supplémentaire d’environ 40 millions de tonnes de production agricole au cours des huit prochaines années. Cette croissance devrait être portée principalement par le soja et le maïs, tandis que le coton poursuivra son expansion.

« La question centrale n’est donc plus seulement celle de la croissance, mais celle de son origine », s’interroge-t-il. Dans un contexte où les réglementations environnementales limitent fortement l’ouverture de nouvelles terres agricoles, le développement futur devrait reposer essentiellement sur l’amélioration de la productivité des surfaces déjà exploitées.

Cet argument s’appuie sur plusieurs constats régulièrement mis en avant par les représentants du secteur. Malgré son statut de première région agricole du pays, l’ensemble des cultures du Mato Grosso occuperait moins de 15 % de la superficie de l’État. À l’échelle du Brésil, ils rappellent que près de 70 % du territoire conserverait sa végétation d’origine et que les terres cultivées ne représenteraient qu’une faible part de la surface nationale. Ils estiment par ailleurs que d’importantes réserves foncières existent encore au sein des pâturages déjà ouverts : « pour chaque hectare cultivé, plusieurs hectares de pâturages pourraient potentiellement être valorisés ou intégrés dans des systèmes plus intensifs, sans nécessiter de nouvelles conversions forestières ».

Les pâturages du Mato Grosso constituent un important réservoir de développement agricole sans nécessiter de nouvelles conversions forestières.
Les pâturages du Mato Grosso constituent un important réservoir de développement agricole sans nécessiter de nouvelles conversions forestières. - A.B.

Cette stratégie repose notamment sur le développement des systèmes dits d’intégration culture-élevage. Dans ces modèles, les producteurs combinent sur une même parcelle plusieurs productions au cours de l’année. Après une culture de soja, un maïs de seconde récolte peut être implanté, parfois associé à des graminées comme le brachiaria. Une fois le maïs récolté, cette couverture végétale sert de pâturage au bétail. Selon ses promoteurs, ce système permet non seulement d’améliorer la rentabilité des exploitations, mais également d’accroître la matière organique des sols et de renforcer leur fertilité.

Les responsables agricoles mettent également en avant le cadre réglementaire brésilien, présenté comme l’un des plus exigeants au monde. Les propriétaires fonciers sont tenus de préserver une part importante de leurs terres sous forme de réserve légale : au minimum 20 % de la propriété, 35 % dans le Cerrado et jusqu’à 80 % dans les zones amazoniennes. Le respect de ces obligations fait l’objet d’un suivi satellitaire permanent, permettant aux autorités comme aux organisations non gouvernementales de contrôler l’évolution de l’occupation des sols et de détecter rapidement d’éventuelles infractions environnementales.

Un climat et une topographie favorable aux cultures

Pour comprendre les perspectives de développement du Mato Grosso, les responsables agricoles utilisent fréquemment une analyse Swot, c’est-à-dire une évaluation des forces, faiblesses, opportunités et menaces du territoire.

Parmi les principaux atouts figure d’abord le climat, explique Cleiton Gauer. Il poursuit : « les températures restent élevées tout au long de l’année et les précipitations sont abondantes durant la saison des pluies, généralement comprise entre septembre et avril. L’ensoleillement est particulièrement favorable à la croissance des cultures et permet parfois de réaliser plusieurs récoltes successives sur une même parcelle au cours d’une même campagne agricole ».

La topographie constitue un autre avantage majeur. Les vastes plaines du Mato Grosso favorisent l’utilisation d’équipements agricoles de grande capacité et permettent une mécanisation poussée.

Les vastes plaines du Mato Grosso permettent une mécanisation à grande échelle des exploitations agricoles.
Les vastes plaines du Mato Grosso permettent une mécanisation à grande échelle des exploitations agricoles. - A.B.

Le principal handicap réside toutefois dans la qualité des sols. « Contrairement aux grandes plaines agricoles d’Argentine, d’Europe ou d’Amérique du Nord, les sols du Mato Grosso nécessitent des investissements permanents pour maintenir leur fertilité. » Les producteurs doivent apporter d’importantes quantités d’engrais, notamment du phosphore et du potassium mais aussi du calcium et d’autres éléments nutritifs. L’acidité des sols et la présence d’aluminium toxique imposent également un usage régulier de calcaire afin de corriger les conditions chimiques nécessaires à la production.

L’enjeu des infrastructures de transport et de son financement

À ces contraintes agronomiques s’ajoute un défi logistique majeur. Situé au cœur du continent sud-américain, loin des façades maritimes, le Mato Grosso supporte les coûts de transport les plus élevés du Brésil. Cette situation réduit directement la rentabilité des producteurs, même lorsque les cours internationaux des matières premières agricoles sont favorables.

Camion chargé de soja. La logistique représente l’un des principaux coûts de production de l’État agricole.
Camion chargé de soja. La logistique représente l’un des principaux coûts de production de l’État agricole. - A.B.

L’amélioration des infrastructures constitue ainsi l’un des enjeux stratégiques majeurs de la région. Toutefois, ces projets se heurtent encore à des contraintes politiques, environnementales et administratives importantes.

Une caractéristique particulière du développement du Mato Grosso réside dans le rôle majeur joué par le secteur privé. Une grande partie des investissements dans les infrastructures ferroviaires, fluviales et routières provient directement d’entreprises ou de fonds privés. Les producteurs agricoles eux-mêmes contribuent au financement de certaines infrastructures grâce à des mécanismes spécifiques mis en place au niveau de l’État.

95 % du soja cultivé est génétiquement modifié

Au-delà des infrastructures, la compétitivité du Mato Grosso repose également sur un niveau technologique très élevé. Les exploitations agricoles utilisent massivement les innovations génétiques, les semences améliorées, les biotechnologies et les outils d’agriculture de précision. Plus de 95 % du soja cultivé est génétiquement modifié afin de résister aux herbicides et à certains ravageurs. Les programmes de recherche se concentrent notamment sur la résistance aux maladies du sol, aux nématodes et aux conditions propres aux sols tropicaux.

Plus de 95 % du soja cultivé dans l'État est issu de variétés génétiquement modifiées.
Plus de 95 % du soja cultivé dans l'État est issu de variétés génétiquement modifiées. - A.B.

La pression parasitaire constitue en effet l’une des spécificités de l’agriculture tropicale. Contrairement aux régions tempérées où l’hiver interrompt les cycles biologiques, les ravageurs et les maladies restent présents toute l’année dans le Mato Grosso. Les producteurs doivent donc mettre en œuvre des programmes de protection phytosanitaire particulièrement intensifs. Les rotations culturales, l’utilisation de variétés adaptées et le recours à des solutions biologiques jouent un rôle essentiel dans cette stratégie.

La campagne agricole suit un calendrier très précis. Les semis de soja débutent généralement en septembre avec l’arrivée des premières pluies. La récolte intervient à partir de décembre et janvier, laissant ensuite place à une deuxième culture, principalement du maïs ou du coton. Cette organisation permet d’optimiser l’utilisation des terres et constitue l’un des fondements de la compétitivité agricole de la région.

Malgré les nombreux défis liés aux infrastructures, à la logistique ou à la gestion des sols, les perspectives du Mato Grosso demeurent extrêmement favorables. Les filières agro-industrielles se développent rapidement, notamment dans les secteurs du biodiesel, de l’éthanol de maïs et des carburants. La consommation intérieure brésilienne continue également de progresser, renforçant les débouchés locaux.

L’ensemble de ces éléments confirme que l’agrobusiness constitue aujourd’hui le véritable moteur économique du Mato Grosso. Grâce à l’innovation, à l’entrepreneuriat agricole et à l’intensification de ses systèmes de production, l’État semble en mesure de poursuivre sa croissance tout en consolidant sa position parmi les régions agricoles les plus performantes du monde.

Astrid Bughin

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