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L’éthanol de maïs au Brésil, le nouveau moteur d’une filière en plein essor

Le développement de l’éthanol de maïs au Brésil constitue aujourd’hui l’une des évolutions les plus marquantes du secteur mondial des biocarburants. Longtemps dominé par la canne à sucre, le marché brésilien de l’éthanol voit émerger depuis moins d’une décennie une nouvelle filière fondée sur la valorisation du maïs issu des cultures intermédiaires. Cette transformation est portée notamment par Inpasa, entreprise devenue en quelques années le premier producteur d’éthanol du pays.

Temps de lecture : 9 min

Lors d’une présentation consacrée à la production d’éthanol, Bruno Maier, responsable du développement durable de l’entreprise, a exposé la vision d’Inpasa ainsi que les enjeux économiques, agricoles et environnementaux liés à l’essor de l’éthanol de maïs au Brésil. Son intervention met en lumière un modèle qui cherche à concilier production énergétique, alimentation animale, développement territorial et décarbonation des transports.

Pour Inpasa, l'éthanol et l'alimentation animale sont deux productions complémentaires  issues d'un même grain de maïs.
Pour Inpasa, l'éthanol et l'alimentation animale sont deux productions complémentaires issues d'un même grain de maïs. - A.B.

Une usine spectaculaire

Fondée au Paraguay en 2008, Inpasa s’est rapidement imposée comme un acteur majeur du secteur des biocarburants en Amérique du Sud. Aujourd’hui, l’entreprise exploite plusieurs unités industrielles au Brésil et prépare déjà l’ouverture de sa dixième usine. Cette expansion repose sur une stratégie territoriale précise : implanter les sites de production au plus près des zones de culture du maïs, tout en tenant compte des infrastructures logistiques et des conditions climatiques.

Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Alors que le Brésil produit environ 38 millions de mètres cubes d’éthanol par an, Inpasa en produit à elle seule près de 6 millions. « Cela représente environ 20 % de la production nationale, soit six milliards de litres », chiffre Brunon Maier. L’entreprise est ainsi devenue le plus grand producteur d’éthanol du pays, devant les groupes historiquement spécialisés dans l’éthanol de canne à sucre.

L’usine de Sinop, dans l’État du Mato Grosso, symbolise cette montée en puissance. Avec une capacité annuelle d’environ 2 millions de mètres cubes, elle est présentée comme la plus grande unité de production d’éthanol au monde entièrement alimentée par du maïs.

Cette croissance rapide s’accompagne d’investissements considérables. Plus de quatre milliards de dollars ont été engagés dans le développement des différentes installations du groupe. Ces investissements ont permis de générer un chiffre d’affaires de près de 4,7 milliards de dollars.

« Au pic de notre production, nous avons parfois 5.000 camions par jour qui entrent dans notre usine », explique le représentant d’Inpasa. C’est donc 235.000 t de grains qui sont déchargés chaque jour.

Toutes les installations sont « flambant neuves », selon Bruno Maier. Il ajoute : « L’usine de Sinop est récente et ne nécessite encore peu de maintenance. En effet, l’éthanol de maïs n’existait pas chez nous avant 2016 ou 2017 ». L’usine fonctionne à « circuit fermé » où tout semble être valorisé, des cendres au gaz et à l’eau.

De l’éthanol produit à 100 % à partir de maïs

L’un des principaux arguments avancés par Inpasa est que l’éthanol de maïs ne se limite pas à la production de carburant. Il s’inscrit dans une logique de valorisation intégrale de la biomasse.

Lors du processus de transformation, seule une partie du maïs est convertie en alcool. Les autres composants sont récupérés sous forme de coproduits, notamment les Ddgs (Distillers dried grains with solubles), des drêches riches en protéines destinées à l’alimentation animale.

Seule une partie du grain est transformée en éthanol. Le reste est valorisé sous forme de coproduits, dont les Ddgs riches en protéines et destinés à l'alimentation animale.
Seule une partie du grain est transformée en éthanol. Le reste est valorisé sous forme de coproduits, dont les Ddgs riches en protéines et destinés à l'alimentation animale. - A.B.

Ces Ddgs constituent un élément central de la stratégie de l’entreprise. En 2024, Inpasa en a produit environ trois millions de tonnes, dont un million destiné à l’exportation. Les principaux débouchés se trouvent en Asie et en Europe, avec notamment des exportations vers la Thaïlande et, plus récemment, vers la Chine après plusieurs années de négociations sanitaires.

Selon Bruno Maier, : « Avec une teneur en protéines d’environ 32 %, les Ddgs représentent une source intermédiaire entre le maïs brut (15 %) et le tourteau de soja (46 %). Ils contribuent ainsi à l’alimentation du bétail tout en renforçant la disponibilité mondiale de protéines végétales ».

Cette réalité conduit les responsables de l’entreprise à remettre en question l’idée souvent avancée d’une concurrence entre alimentation et carburant. Selon eux, la production d’éthanol génère simultanément de l’énergie et de nouvelles ressources alimentaires. La fabrication de biocarburants devient alors un levier de développement de l’élevage plutôt qu’un facteur de tension sur les marchés agricoles.

À cela s’ajoutent d’autres coproduits comme l’huile de maïs technique ainsi que l’électricité produite grâce à la valorisation énergétique des résidus industriels.

La complémentarité avec la canne à sucre

L’essor de l’éthanol de maïs ne signifie pas pour autant la disparition de l’éthanol de canne à sucre, qui demeure un pilier de l’agriculture brésilienne.

Pour Bruno Maier, les deux filières doivent être considérées comme complémentaires plutôt que concurrentes. La canne à sucre présente l’avantage d’une forte productivité énergétique et contribue également à la production de sucre alimentaire. « Toutefois, sa récolte est concentrée sur une période limitée, généralement entre avril et novembre. Durant cette période, les usines fonctionnent de manière quasi continue. En effet, chaque heure de retard dans le broyage se traduit par une diminution du rendement en sucre et donc en éthanol », explique-t-il.

Le maïs offre une plus grande flexibilité. Contrairement à la canne, qui doit donc être transformée rapidement après la récolte, il peut être stocké pendant de longues périodes. Cette caractéristique permet aux usines de fonctionner tout au long de l’année et d’assurer une production continue d’éthanol, d’électricité et de coproduits.

Cette continuité est particulièrement importante pour la sécurité énergétique du pays. Alors que la contribution énergétique de la canne à sucre est fortement saisonnière, l’éthanol de maïs garantit un approvisionnement plus régulier des réseaux et des marchés.

Les secondes cultures au cœur du modèle brésilien

L’argument le plus développé au cours de la présentation concerne sans doute le lien entre l’éthanol de maïs et l’utilisation des terres agricoles.

Le responsable du développement durable d’Inpasa insiste sur le fait que le maïs utilisé pour la production d’éthanol provient principalement de cultures intermédiaires. « Après la récolte du soja, les agriculteurs implantent du maïs en seconde culture. L’intérêt de cette pratique est principalement lié à la protection des sols contre l’érosion, au maintien de l’humidité suite aux pluies survenues d’octobre à avril et à la valorisation des éléments nutritifs déjà présents et enrichis par la culture du soja. Les résidus végétaux laissés sur place améliorent également la structure du sol », énumère Bruno Maier.

Le développement de l'éthanol repose largement sur le maïs de « seconde culture »,  devenu un pilier de l'agriculture brésilienne.
Le développement de l'éthanol repose largement sur le maïs de « seconde culture », devenu un pilier de l'agriculture brésilienne. - A.B.

Ainsi, l’éthanol de maïs repose largement sur une intensification des terres déjà cultivées plutôt que sur l’ouverture de nouvelles surfaces agricoles.

Selon les données présentées, le Brésil produit environ 122 millions de tonnes de maïs, dont 95 millions proviennent déjà de ces systèmes de cultures multiples. Dans l’État du Mato Grosso, près de 58 % des surfaces cultivées en soja sont associées à une culture intermédiaire de maïs.

Ces chiffres montrent qu’un potentiel important demeure disponible. À l’échelle nationale, des millions d’hectares cultivés en soja pourraient encore intégrer ce système sans qu’il soit nécessaire d’étendre les terres agricoles.

La question de la déforestation

Selon Bruno Maier eux, il n’existe pas de lien direct entre le développement de l’éthanol de maïs et la destruction des forêts. Le maïs étant cultivé principalement comme seconde récolte sur des terres déjà consacrées au soja, la filière ne nécessite pas l’ouverture de nouvelles zones agricoles.

Il rappelle également l’existence du Code forestier brésilien, qui impose aux propriétaires fonciers de préserver une partie significative de leurs terres sous forme de végétation naturelle. Selon les régions, cette réserve légale représente entre 20 % et 80 % de la propriété.

Pour lui, cette obligation constitue une particularité souvent méconnue à l’étranger. Ils considèrent qu’elle contribue à limiter l’expansion agricole et à préserver des surfaces importantes de végétation native.

« Dans cette perspective, l’éthanol de maïs apparaît comme un moyen d’augmenter la production agricole grâce à l’intensification plutôt qu’à l’expansion », résume-t-il.

Un potentiel de développement considérable

L’une des affirmations les plus marquantes de la présentation concerne le potentiel futur de la filière.

D’après les estimations avancées, le Brésil pourrait pratiquement doubler sa production actuelle d’éthanol sans défricher un seul hectare supplémentaire. « Il suffirait pour cela d’étendre les cultures intermédiaires aux surfaces de soja qui n’y ont pas encore recours », affirme Bruno Maier.

Cette marge de progression pourrait également être renforcée par l’existence de vastes zones de terres dégradées (prairies extensives) susceptibles d’être réhabilitées pour certaines productions agricoles.

Les responsables d’Inpasa soulignent également l’importance des programmes publics de financement et de recherche agricole. Des institutions telles que l’Embrapa jouent un rôle majeur dans le développement de pratiques permettant d’améliorer la productivité tout en favorisant le stockage du carbone dans les sols.

Les systèmes de cultures multiples, l’intégration agriculture-élevage-forêt et l’utilisation accrue d’intrants organiques sont présentés comme autant de solutions contribuant à une agriculture plus durable.

La décarbonation des transports

Au-delà de l’agriculture, l’éthanol est avant tout présenté comme un outil de décarbonation.

Le Brésil dispose d’un programme ambitieux dans ce domaine : « RenovaBio vise à réduire les émissions carbone dans le secteur des transports et encourage la production de biocarburant durable ».

Le pays se distingue également par un taux élevé d’incorporation d’éthanol dans l’essence. Les carburants commercialisés contiennent déjà environ 30 % d’éthanol, et la législation prévoit une montée vers 35 %.

À cela s’ajoute l’utilisation massive de véhicules flex-fuel capables de fonctionner avec de l’éthanol pur. Cette situation confère au Brésil une avance significative dans la réduction des émissions du secteur routier.

« Il n’existe pas une seule et unique solution universelle pour soutenir la décarbonation dans le monde. Nous devrions combiner les différentes alternatives. Les biocarburants auront certainement un rôle à jouer dans ce parcours », certifie Bruno Maier.

Selon cette vision, certaines régions du monde privilégieront l’électrification, d’autres développeront l’hydrogène ou les carburants de synthèse, tandis que les biocarburants restent essentiels dans de nombreux pays disposant de ressources agricoles abondantes.

En conclusion, le modèle défendu par Inpasa repose sur une approche intégrée associant agriculture, énergie, alimentation animale et développement territorial.

Pour ses promoteurs, l’éthanol de maïs ne constitue pas seulement un carburant alternatif. Il représente un outil permettant simultanément de produire de l’énergie, de générer des protéines animales, de valoriser les cultures intermédiaires, de renforcer les revenus agricoles et de contribuer à la décarbonation de l’économie.

Astrid Bughin

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