Accueil Economie

RASFF, un réseau d’alerte européen pour protéger nos assiettes

À l’occasion d’un séminaire de presse organisé par la Direction générale de la Santé et de la Sécurité alimentaire (DG Santé) de la commission européenne, les participants ont découvert les coulisses du Rapid Alert System for Food and Feed (RASFF). Peu connu du grand public, ce réseau d’alerte constitue pourtant l’un des piliers de la sécurité alimentaire européenne. Son rôle : permettre aux autorités des États membres d’échanger en temps réel toute information concernant un aliment ou un aliment pour animaux susceptible de présenter un risque pour la santé.

Temps de lecture : 5 min

Lorsqu’un consommateur dépose un produit dans son panier, il ignore généralement qu’une véritable veille sanitaire s’exerce en permanence à l’échelle européenne. Chaque jour, laboratoires, vétérinaires officiels, autorités nationales, postes de contrôle frontaliers et commission européenne échangent des informations afin de détecter le plus rapidement possible la moindre anomalie susceptible de compromettre la sécurité alimentaire.

Cette surveillance prend tout son sens lorsqu’un problème apparaît. Une contamination microbiologique, un résidu de pesticide dépassant les limites autorisées, la présence d’un allergène non déclaré, une toxine naturelle, un corps étranger ou encore une fraude alimentaire peuvent conduire les autorités à déclencher une alerte. À partir de cet instant, le temps devient un facteur déterminant.

Une information qui circule en quelques minutes

Créé en 1979, le Rapid Alert System for Food and Feed (RASFF) repose sur une idée simple : lorsqu’un État membre identifie un risque susceptible de concerner d’autres pays, il doit immédiatement partager cette information avec l’ensemble du réseau. L’objectif est d’éviter qu’un produit dangereux continue à circuler pendant que chaque administration mène sa propre enquête. Grâce au RASFF, tous les membres du réseau disposent simultanément des mêmes informations et peuvent prendre sans délai les mesures nécessaires : retrait des rayons, blocage d’une cargaison, rappel auprès des consommateurs ou renforcement des contrôles. Les notifications décrivent précisément la nature du risque, les produits concernés, leur origine, les pays destinataires, les lots concernés ainsi que les mesures déjà engagées. Les autorités nationales peuvent ainsi vérifier immédiatement si elles sont concernées et agir sans attendre. Le succès du système tient avant tout à la rapidité de circulation de l’information. Dans certaines situations, quelques heures peuvent suffire à empêcher qu’un produit présentant un danger n’atteigne les consommateurs.

Un réseau qui ne se limite plus aux alertes

Le RASFF ne fonctionne plus isolément. Il s’inscrit aujourd’hui dans un ensemble beaucoup plus vaste baptisé Alert and Cooperation Network (ACN), qui réunit plusieurs réseaux spécialisés. À côté du RASFF, le Food Fraud Network coordonne les enquêtes lorsqu’une fraude alimentaire est suspectée. Il peut s’agir, par exemple, d’une fausse indication d’origine, d’une substitution d’espèces, d’un étiquetage trompeur ou d’une falsification documentaire. Le réseau Administrative Assistance and Cooperation (AAC) permet, quant à lui, aux autorités nationales de coopérer lorsqu’une irrégularité nécessite des investigations dans plusieurs États membres, sans qu’il existe nécessairement un risque immédiat pour la santé publique.

Enfin, d’autres mécanismes couvrent notamment la santé animale, le bien-être animal ou la santé des végétaux. L’ensemble forme aujourd’hui une véritable architecture européenne de coopération, capable de traiter aussi bien les crises sanitaires que les fraudes ou les non-conformités administratives.

Des crises qui ont changé l’Europe

Les exemples ne manquent pas. Les responsables de la commission ont rappelé plusieurs épisodes qui ont fortement marqué ces dernières années : les graines de sésame contaminées à l’oxyde d’éthylène, les produits chocolatés contaminés par des salmonelles, certaines préparations pour nourrissons ou encore différentes alertes concernant des résidus de pesticides. À chaque fois, le fonctionnement reste identique. Une autorité nationale détecte un problème, transmet immédiatement l’information au réseau, les autres États membres vérifient la présence éventuelle des produits sur leur territoire et prennent, si nécessaire, les mesures appropriées. Lorsque les événements prennent une ampleur exceptionnelle, la commission peut aller plus loin en activant une cellule européenne de gestion de crise. Celle-ci réunit les autorités concernées afin d’assurer une coordination permanente jusqu’au retour à la normale.

Une vigilance devenue permanente

L’augmentation des échanges internationaux rend cette coopération plus indispensable que jamais. Chaque jour, des milliers de denrées alimentaires franchissent les frontières européennes. Aucun pays ne pourrait, seul, assurer une surveillance efficace de l’ensemble de ces flux.

Le RASFF illustre ainsi une évolution profonde de la politique alimentaire européenne. La sécurité ne repose plus uniquement sur les inspections réalisées aux frontières ou sur les contrôles effectués dans les entreprises agroalimentaires. Elle dépend aussi de la capacité des administrations à partager rapidement les informations, à travailler selon des procédures harmonisées et à coordonner leurs décisions. Pour les consommateurs, ce travail demeure presque totalement invisible. Lorsqu’un produit est retiré discrètement des rayons avant même d’avoir été acheté ou lorsqu’une cargaison est bloquée avant son entrée sur le marché européen, personne ne mesure vraiment l’efficacité de ce dispositif. C’est pourtant là que réside sans doute la plus grande réussite du RASFF. Son efficacité se mesure moins au nombre d’alertes diffusées qu’au nombre de crises évitées. Chaque notification, chaque échange d’information, chaque retrait préventif contribue à maintenir cette confiance silencieuse qui permet aux Européens de consommer des produits venus des quatre coins du monde sans avoir à s’interroger quotidiennement sur leur sécurité.

Marie-France Vienne

A lire aussi en Economie

Les terres publiques, un enjeu pour l’avenir de l’agriculture

Economie Sans repreneur pour des milliers de fermes et confrontée à une flambée des prix du foncier, l’agriculture wallonne joue une partie de son avenir dans les dix prochaines années. Dans ce contexte, les terres agricoles publiques, soit 60.000 ha détenus par les communes, Cpas, fabriques d’église ou encore la région, l’équivalent de près de 10 % de la surface agricole wallonne, représentent un levier pour aider de jeunes agriculteurs à s’installer.
Voir plus d'articles

Trouvez un emploi dans le secteur agricole et horticole

FMC

Braine-l'Alleud, Brabant wallon

Postuler maintenant

CHANT D'EOLE

Quévy-le-Petit, Hainaut

Postuler maintenant

Gevagri SA

Frasnes-lez-Gosselies, Hainaut

Postuler maintenant

Trouvez l'employé qui vous convient vraiment.

Publier une offre d'emploi
Voir toutes les offres d'emploi