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La Wallonie investit 680.000 € pour enrayer la pénurie de vétérinaires ruraux

Face au risque grandissant de désertification vétérinaire dans les campagnes wallonnes, la Wallonie déploie un plan inédit de 680.000 € destiné à susciter de nouvelles vocations en médecine vétérinaire rurale. Annoncé quelques jours avant l’ouverture de Libramont, ce dispositif a été présenté dans le détail sur le champ de foire par Léonard Theron, vice-président de l’UPV (Union professionnelle vétérinaire), qui en a exposé les principaux mécanismes et les ambitions. Il mise sur des stages précoces, un dispositif de mentorat et des aides à l’installation afin d’enrayer une crise qui menace directement l’avenir des élevages wallons.

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« On a un risque de dépeuplement du secteur vétérinaire de l’ordre de 50 % dans les cinq prochaines années », alerte Léonard Theron. À la Foire de Libramont, il a rappelé que le vieillissement de la profession, conjugué aux nombreux départs à la retraite attendus, fait peser une menace croissante sur la médecine vétérinaire rurale en Wallonie.

Ce diagnostic rejoint celui du gouvernement wallon, qui estime que « le vieillissement de la profession, les nombreux départs à la retraite dans les prochaines années et le manque de relève fragilisent progressivement le maillage vétérinaire indispensable à l’activité des exploitations agricoles ». Les difficultés sont particulièrement marquées dans les provinces de Namur et de Luxembourg, mais concernent désormais l’ensemble des pays développés. Aujourd’hui, moins de 10 % des vétérinaires de moins de 35 ans choisissent la pratique rurale. Plus préoccupant encore, seuls 7 % des jeunes diplômés s’orientent vers cette carrière au terme de leurs études, a rappelé Léonard Theron. Pour tenter d’inverser cette tendance, les ministres Pierre-Yves Jeholet, Anne-Catherine Dalcq et Adrien Dolimont ont décidé d’unir leurs compétences autour d’un projet pilote de trois ans doté de 680.000 €. Le dispositif repose sur trois leviers : favoriser les stages d’immersion en milieu rural, soutenir les structures vétérinaires et encourager financièrement l’installation des jeunes praticiens.

Former la relève

Pour Léonard Theron, cette mobilisation constitue une étape importante. « C’est la première fois que trois ministres se fédèrent autour d’un budget de 680.000 € en faveur de l’installation des jeunes vétérinaires ruraux », s’est-il félicité à Libramont. Le premier volet du plan entend agir très en amont, dès l’entrée dans le cursus universitaire. Les étudiants vétérinaires pourront effectuer jusqu’à six périodes de deux semaines en clientèle rurale dès leur première année de formation. Une nouveauté importante accompagne cette mesure : les maîtres de stage comme les étudiants bénéficieront d’un soutien financier afin de faciliter ces immersions. « L’ambition est de créer cinquante vocations pour conserver une trentaine de vétérinaires qui s’orienteront vers la rurale et assurer ainsi le renouvellement des générations sur le terrain », explique Léonard Theron. Selon lui, les expériences menées dans plusieurs pays de l’OCDE montrent que les immersions précoces permettent de fidéliser près de 60 % des étudiants à la pratique rurale. L’objectif est ainsi de reconstituer progressivement le vivier de praticiens dont les campagnes wallonnes auront besoin dans les prochaines années.

Retenir les jeunes praticiens

Créer des vocations ne suffira toutefois pas si les jeunes diplômés renoncent rapidement à la pratique rurale. C’est pourquoi le gouvernement entend également agir sur les conditions d’exercice du métier. Le deuxième pilier du plan vise à favoriser le développement de structures vétérinaires collectives plutôt que l’installation de praticiens isolés. L’objectif est d’alléger les contraintes administratives, de mieux organiser les gardes et d’améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le troisième dispositif prévoit une aide de 15.000 € pour les jeunes diplômés qui choisiront de s’installer en médecine rurale. En contrepartie, ils devront exercer durant cinq ans au sein d’une structure déjà organisée. « On ne les laisse pas partir à l’aventure », insiste Léonard Theron. « On les installe dans une pratique qui a déjà structuré son cadre de travail, son organisation des gardes et son fonctionnement, afin de limiter l’érosion professionnelle des cinq premières années ». Au-delà des aides financières, le projet mise également sur un accompagnement renforcé. L’Union professionnelle vétérinaire, l’Ordre des médecins vétérinaires et la Faculté de médecine vétérinaire financeront un dispositif de mentorat permettant aux jeunes praticiens d’être suivis par un confrère expérimenté extérieur à leur structure. « Le mentorat vient alléger le stress des nouveaux diplômés », souligne Léonard Theron. La Faculté renforcera par ailleurs la formation clinique en ajoutant seize semaines de stages au cursus, tandis que l’Ordre développera plusieurs actions consacrées à la santé mentale des vétérinaires, un enjeu devenu majeur pour la profession.

Le programme sera évalué au terme des trois années d’expérimentation. Pour ses promoteurs, il devra permettre de mesurer si cette combinaison d’aides financières, de formation renforcée et d’accompagnement humain est en mesure de restaurer durablement l’attractivité de la médecine vétérinaire rurale en Wallonie.

Marie-France Vienne

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