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Chants de foires

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L’été, cette sensation d’un éternel retour tramé dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Son échelle de lumière se pose sur les paysages inachevés, les soustrayant un instant au naufrage des jours ordinaires. Dans les campagnes, la saison semble plus qu’ailleurs étirer le temps, entre l’urgence des travaux et ces grands rendez-vous qui, de foire en foire, en scandent le cours.

Trois semaines déjà que Libramont a refermé ses portes. Trois semaines encore avant que Battice n’ouvre les siennes. Entre les deux, la saison poursuit sa route, mais la rumeur de l’une ne s’est pas tout à fait éteinte que déjà monte celle de l’autre. De juillet à septembre, les foires agricoles se répondent ainsi à distance, chacune avec son accent, ses visages et ses rites, composant les couplets d’un même chant. Un chant de foire fait de mille voix. Celles qui se croisent dans les allées, autour d’un ring, devant une machine. On y parle du métier et de ses métamorphoses, des récoltes et des marchés, des normes qui s’accumulent, du revenu que l’on voudrait plus juste, de l’avenir que l’on tente de dessiner malgré les incertitudes. Ce qui, le reste de l’année, se dit dans l’intimité des fermes trouve soudain un espace où se faire entendre. La foire devient alors caisse de résonance des attentes, des impatiences, parfois des colères d’un secteur qui entend prendre toute sa part aux décisions qui façonnent son avenir.

Mais le chant des foires ne se réduit pas aux revendications. Il porte aussi les éclats de rire, les poignées de main, les retrouvailles imprévues et ces conversations entamées au hasard d’une allée que l’on aurait tort de vouloir écourter. Car on vient aussi à la foire pour retrouver les autres, apprendre, transmettre et renouer les fils que l’année avait parfois distendus. Il y flotte également une forme de nostalgie douce-amère qui donne la mesure du temps écoulé. Les générations s’y côtoient, s’y mêlent et parfois s’y répondent. Il y a ceux qui pourraient raconter les foires d’autrefois, ceux qui tiennent aujourd’hui les rênes de l’exploitation et les enfants qui découvrent, fascinés, un animal, un concours ou la démesure d’une machine. Dans ces regards se transmet ce qu’aucun chiffre ne saurait mesurer : une mémoire commune, une appartenance et le désir de poursuivre l’histoire. Libramont s’éloigne désormais dans les souvenirs de juillet tandis que Battice se prépare déjà à accueillir septembre. Entre les deux, la vie des fermes n’a pas suspendu son cours, pas davantage que les questions soulevées au détour des allées ne se sont dissipées avec le départ des derniers exposants. Ainsi va l’été agricole, de foire en foire, mêlant le travail à la fête, les inquiétudes aux espérances, la mémoire à l’avenir. Dans trois semaines, à Battice, le brouhaha reprendra et, avec lui, s’élèvera à nouveau ce chant familier des foires. Venez l’écouter et y mêler votre voix sur le stand du Sillon Belge, où l’on vous accueillera avec plaisir.

Marie-France Vienne

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