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Un anniversaire brûlant

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Elle fait partie de ces souvenirs solidement ancrés dans la mémoire des anciens, surtout dans le monde agricole. Elle tient également lieu de référence dès que les températures dépassent un certain seuil ou que le manque de précipitations inquiète tout un chacun. L’année 1976 souffle ses cinquante bougies et s’offre un anniversaire digne de sa réputation.

En Europe, la sécheresse de 1976 a sévi de l’automne 1975 à l’été 1976 et a été accompagnée d’une canicule entre juin et août de la même année. De quoi en faire un marqueur de premier plan dans l’histoire climatique du Plat Pays. Terres desséchées, cultures en souffrance, manque d’eau potable, incendies… Les conséquences de cette météo exceptionnelle ont été largement commentées, tant elles revêtaient un caractère inédit. Tous les ingrédients étaient réunis pour graver l’épisode dans la mémoire collective et lui procurer une longue vie.

Autrefois exceptionnelles, les sécheresses, vagues de chaleur et autres canicules sont devenues de plus en plus courantes, sous l’effet des changements climatiques. Inutile de préciser que 2026 vient tristement confirmer cette tendance. Les étés belges d’antan s’éloignent peu à peu de notre quotidien… Alors qu’août débute à peine, nous avons déjà traversé trois épisodes de chaleur. Et le mercure atteint une nouvelle fois des sommets ! Cet été sera probablement le plus chaud jamais connu en Belgique, à moins que les températures ne chutent drastiquement durant la seconde quinzaine d’août. Quant aux précipitations, elles ne sont plus qu’un vague souvenir… Quelques averses ont été observées localement, mais les quantités d’eau tombées demeurent largement insuffisantes pour inverser la tendance actuelle. Quel jubilé s’accorde 1976 !

Le Sillon Belge en faisait déjà état début juillet : les moissons se sont déroulées avec une nette avance et en un temps record, la production laitière a largement reculé et la mortalité dans les élevages a atteint des sommets. Avec la prolongation de cet épisode météorologique, les inquiétudes demeurent, notamment pour les prairies et les cultures de printemps. Les premières ont été largement roussies par le soleil, faisant craindre aux éleveurs qu’ils devront prochainement entamer les stocks constitués pour l’hiver. Quant aux cultures de printemps, les betteraves semblent mieux tolérer la situation, profitant de leur faculté à puiser l’eau en profondeur, bien que certaines parcelles soient en souffrance. La pomme de terre, elle, subit la situation de plein fouet. La saison n’est pas terminée, mais les rendements sont attendus en net recul. D’autant que le stress hydrique accélère la sénescence des plants. Le maïs n’est guère mieux loti. L’absence de précipitation pèse sur le développement de l’épi et la taille des plants, quoique certaines terres sont très belles, selon la nature du sol. Les ensilages sont attendus, comme les moissons, en avance.

Voilà un tableau fort peu réjouissant, mais témoignant, s’il le fallait encore, que l’agriculture subit de plein fouet les changements climatiques. L’année 2026 n’a pas encore livré tous ses verdicts, mais elle rappelle déjà une chose : les limites que l’on connaît sont sans cesse repoussées, tandis que les records s’effacent les uns après les autres. Avec, en filigrane, une question essentielle : « Comment produire demain ? ». Adaptation des cultures, choix des variétés, gestion de l’eau, évolution des pratiques agronomiques ou encore constitution des stocks fourragers : les pistes sont nombreuses et l’agriculture n’aura d’autre choix que de les explorer, avec le soutien adéquat de la Wallonie, de la Belgique et de l’Europe. Car de tels épisodes ne peuvent plus être considérés comme de « simples accidents de parcours », comme a pu l’être, à l’époque, 1976.

Jérémy Vandegoor

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