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Le biocontrôle en agriculture : quels sont les freins et les perspectives à son utilisation?

C’est dans le cadre d’une conférence coorganisée par la Fwa, Valbiom et l’Iis Digibiocontrol que la thématique du « biocontrôle » a été abordée. Mais de quoi s’agit-il réellement ? Dans un contexte de retrait et de réduction d’utilisation des produits phytosanitaires, ces solutions apparaissent comme un levier de la gestion intégrée des cultures. Alternatives ou complémentaires aux produits chimiques, elles font désormais partie de la boîte à outils des agriculteurs.

Temps de lecture : 7 min

Cette séance de présentation avait pour objectif de partager diverses informations autour du biocontrôle. La première interrogation concerne la définition : ses solutions ne concernent-elles que l’agriculture biologique ? Le professeur Philippe Jacques, membre du Iis Digibioncontrol, répond : « Il est important de bien comprendre la distinction ! Certains produits de biocontrôle pourraient ne pas être autorisés en agriculture biologique, tandis que d’autres substances utilisées en agriculture biologique ne sont pas considérées comme du biocontrôle ».

La définition, une première difficulté

En 2022, une première définition des produits de biocontrôle a pu être établie dans le cadre d’une proposition de règlement européen sur l’utilisation durable des pesticides. À l’échelle européenne, cette définition assez complexe doit encore être clarifiée pour l’ensemble des produits qu’elle concerne. La Commission est d’ailleurs en train d’y travailler dans l’espoir de la voir acceptée par tous.

Du point de vue scientifique, le terme « lutte biologique » est régulièrement employé et correspond à « une lutte contre les organismes nuisibles aux végétaux et aux produits végétaux, à l’aide de moyens naturels d’origine biologique ou de substances identiques à ceux-ci, tels que des micro-organismes, des phéromones, des extraits de plantes ou des macro-organismes invertébrés ».

Philippe Jacques poursuit : « il existe donc quatre grandes classes : les macro-organismes comme des insectes, les micro-organismes et leurs produits dérivés, les médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones, et enfin les substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. Dans cette dernière catégorie minérale, les métaux lourds sont exclus, ce qui n’est pas le cas en agriculture biologique avec le cuivre par exemple. Une première particularité entre les deux dispositifs ».

Ces différentes classifications peuvent donc contenir des substances de synthèse qui doivent être fonctionnellement identiques et structurellement similaires aux substances d’origine biologique. Les extractions de plantes, les huiles essentielles, les molécules produites par des micro-organismes s’y retrouvent donc.

Néanmoins, il est à noter que la catégorie des macro-organismes ne figure pas dans la définition européenne, malgré sa place dans la lutte biologique.

Mais pas que…

Les biosolutions concernent également les biofertilisants et les biostimulants. Les biostimulants sont des produits qui vont stimuler le processus de nutrition des plantes, indépendamment des nutriments qu’ils contiennent.

Le professeur détaille : « ce n’est pas un apport de nutriment mais bien un dispositif qui va permettre d’améliorer le processus de nutrition. Soit en augmentant l’efficacité d’utilisation de ces nutriments, soit en augmentant la tolérance aux stress abiotiques, c’est-à-dire tous les stress physiques ou chimiques dans l’environnement, comme le manque d’eau par exemple ».

Ces produits peuvent aussi avoir des effets sur les caractéristiques qualitatives de la plante et améliorer la disponibilité des nutriments présents dans l’environnement autour des racines.

Un développement assez lent

Le professeur Philippe Jacques se souvient avoir commencé ses recherches sur les biopesticides en 1988. Selon lui, à l’époque, il était évident que ce genre d’alternatives aux produits phytosanitaires allaient prendre une place de plus en plus importante dans les exploitations agricoles avant d’inonder le marché à partir des années 2000 et d’observer une réduction très forte des produits de synthèse.

Seulement durant les 25 années qui suivirent, l’utilisation des produits phyto n’a cessé d’augmenter pour atteindre un plafond au début du nouveau millénaire. C’est seulement à partir de 2010 qu’un engouement s’est créé autour des produits de biocontrôle.

Il existe donc un certain nombre de freins qui ont ralenti leur développement. Parmi ceux-ci, le professeur cite les coûts élevés pour quelques-uns d’entre eux. « Les coûts liés à la rechercher et à la formulation sont beaucoup plus importants que ceux d’un produit phyto qui serait sur le marché depuis de nombreuses années. La combinaison des biosolutions et du numérique pourrait permettre, en partie, de réduire ces coûts, par un conseil pour une meilleure application avec la bonne dose au bon moment et au bon endroit ».

Un frein supplémentaire reste sans doute la complexité d’utilisation du biocontrôle, avec tantôt des produits vivants qui se dégradent rapidement ou se développent dans certaines conditions.

La lourdeur réglementaire ralentit aussi l’homologation de nouvelles solutions. « Pour vous donner un exemple, un nouveau biopesticide nécessite entre 7 à 10 ans d’homologation », explique Philippe Jacques. Il cite également le manque de formation et la méfiance des agriculteurs par rapport à l’efficacité de ses solutions.

Selon lui, plusieurs leviers pourraient être mis en place pour encourager le développement de ce type de produit : des formations et passant par une réglementation ciblée et adapté pour accélérer leur mise sur le marché ou encore la collecte et le partage de données de terrain observées chez les agriculteurs.

Des pratiques qui évoluent elles aussi lentement

C’est d’ailleurs dans le cadre du projet Bioprotect (2017 – 2019) que le Cra-w et ses partenaires ont mené une enquête auprès d’agriculteurs et dont l’un des objectifs était de « définir le degré d’utilisation, les besoins, les connaissances et l’image de l’utilisation de biopesticides ».

Près de 10 ans plus tard, des étudiants de Gembloux Agro Bio-Tech, en collaboration avec la Fwa ont réalisé une étude sur les leviers et les obstacles à l’intégration de bioncontrôle en Wallonie, et comment en accélérer le déploiement.

Alexis Jorion, chercheur au Cra-w, présente les résultats : « en 2017, 35 % des répondants affirmaient souvent utiliser des produits de biocontrôle, 40 % occasionnellement et 25 % n’en employaient jamais. En 2025, les résultats montrent que 50 % des exploitations utilisent ces solutions. ».

Un constat supplémentaire de 2017 était que les exploitations qui recourraient le plus à ce genre d’alternatives étaient des arboriculteurs fruitiers et maraîchers. « Outre les éventuels biais liés à l’échantillonnage sondé, une explication serait que ces exploitants doivent faire face à plusieurs maladies différentes, qu’ils travaillent généralement sur de plus petites surfaces et que leurs productions ont une plus grande valeur ajoutée que d’autre culture », justifie Alexis Jorion. De plus, en 2025, la majorité des produits appliqués étaient des fongicides, auxquelles s’ajoutent des insecticides, des substances naturelles et des micro-organismes.

Ensuite, les agriculteurs qui emploient du biocontrôle ont été interrogés afin de savoir si cette utilisation leur permettait de réduire l’usage de produits de synthèse. Il en est ressorti une répartition équilibrée : la moitié des agriculteurs constatent une réduction, tandis que l’autre moitié n’observe pas d’impact. Ainsi, 13 % affirment appliquer ces solutions de biocontrôle en remplacement direct des produits de synthèses. Pour le reste, il s’agit surtout d’un usage combiné afin de réduire les doses mais jamais d’un remplacement total.

Efficacité et information, les clés de la confiance

Un autre point important des deux études était la perception de ces nouvelles substances, les freins et les facteurs qui encourageaient leur application. En 2017, les premières contraintes relevées étaient les coûts, une efficacité jugée insuffisante ou trop aléatoire et enfin le manque d’information sur l’utilisation ou les modes d’actions. En 2025, les mêmes arguments ressortent mais avec cette fois en premier plan l’efficacité des produits et en deuxième le manque d’informations. « On remarque donc qu’une grande majorité des interrogés estime que l’efficacité reste insuffisante, trop variable et difficilement reproductible. », ajoute le chercheur.

Le biocontrôle séduit pour ses bénéfices environnementaux,  mais les agriculteurs attendent davantage de preuves d'efficacité et d'accompagnement.
Le biocontrôle séduit pour ses bénéfices environnementaux, mais les agriculteurs attendent davantage de preuves d'efficacité et d'accompagnement. - A.B.

Concernant les agriculteurs qui n’emploient pas de biocontrôle, ils sont nombreux à souligner une nouvelle fois le manque d’informations ou de connaissances. Il ressort d’ailleurs de l’étude de 2025 que 90 % des agriculteurs aimeraient suivre des formations à ce sujet.

Du côté des motivations qui poussent les exploitants vers ce genre de solutions, la diminution du risque de résidus ainsi que le moindre impact sur l’environnement et la santé sont les principaux facteurs cités par les agriculteurs interrogés. « Ses raisons sont également ressorties chez les répondants qui n’utilisaient pas de biocontrôle. Tout le monde semble donc sensible aux mêmes éléments », approfondit Alexis Jorion.

En l’espace de sept ans, le paysage du biocontrôle en Wallonie n’a finalement que très peu évolué. Si une part importante de producteurs utilise désormais ces solutions, leur adoption progresse timidement et les freins identifiés hier restent les défis majeurs d’aujourd’hui. « Cependant, les agriculteurs se montrent particulièrement sensibles à cette transition, portés par le souhait de réduire les risques pour l’environnement et la santé », complète le chercheur.

Dans ce contexte, plusieurs pistes sont avancées pour améliorer le taux d’utilisation du biocontrôle : poursuivre les systèmes d’avertissements et d’accompagnement technique, renforcer les formations, développer davantage d’essais en conditions réelles et indépendantes, encourager la recherche, simplifier les démarches d’homologation…

Pour que le biocontrôle tienne ses promesses, la bonne volonté des agriculteurs ne suffira pas. Son déploiement à grande échelle exige désormais la mise en place d’une stratégie cohérente au sein des filières, garantissant une meilleure rémunération et un juste partage des risques économiques liés à l’adoption de ces nouvelles pratiques.

Astrid Bughin

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