Savoir appuyer sur «pause»
Travailler au sein d’une rédaction, comme dans une exploitation agricole, c’est être quotidiennement confronté à des décisions. En effet, derrière certains articles se pose la question : « Est-ce qu’on publie ou non ? » ou encore : « Peux-tu vérifier ces faits ? ».

Au quotidien, nous devons ainsi traiter un flux d’informations mises en ligne notamment par des agences de presse. Parfois, nous choisissons de ne pas alimenter l’inquiétude en multipliant les articles sur un même sujet. Nous avions déjà dû faire ce choix l’année passée face aux informations relatives à la grippe aviaire et à ses possibilités de transmissions aux êtres humains.
Puis, il y a aussi la notion de temps. Vous le savez, votre journal est un hebdomadaire. D’une semaine à l’autre, il peut s’en passer des choses… Vous pouvez ainsi lire un article sur la sécheresse alors que dehors, quelques jours plus tard, il pleut des cordes. Là, pour sortir la bonne information au bon moment, c’est la course contre le temps. Pourtant, parfois, il faut appuyer sur pause. Sortir la tête du guidon, prendre du recul, douter : c’est cela aussi notre métier.
Le 25 août, une dépêche était publiée sous le titre : « Incendie dans les Fagnes : l’origine du feu pourrait être liée aux activités d’un engin agricole ». Cette dernière faisait suite à un communiqué du parquet du procureur du Roi de Liège. « Plusieurs hypothèses sont examinées par les enquêteurs. Aucune conclusion définitive ne peut actuellement être tirée quant à la cause exacte de l’incendie. L’origine pourrait être liée aux activités d’un engin agricole à proximité du départ du feu, mais l’hypothèse fait actuellement l’objet de vérifications approfondies ». Comme l’a encore rappelé le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin, l’enquête doit donc encore déterminer quel élément a mis le feu aux poudres.
Face à cette nouvelle, que faire : la publier directement sur notre site, sur les réseaux sociaux, et par conséquent prendre le risque de la jeter en pâture aux commentaires, il faut l’avouer, pas toujours des plus pertinents ? Ou la taire, au risque de faire de la rétention d’information ? Non, nous avons justement choisi d’appuyer sur « pause ». S’agit-il réellement d’un engin agricole ? D’un engin sylvicole ? Ici, la sémantique prend toute son importance. Depuis, d’autres éléments sont venus nourrir cette hypothèse puisque les premières constatations semblent se diriger vers des travaux de broyage, supervisés par le DNF (Département de la Nature et de la Forêt) qui auraient mal tourné.
Si l’on dit que « choisir, c’est renoncer », alors oui, nous avons renoncé à l’immédiateté pour privilégier le recul, à l’instar de cet éditorial. Nous avons choisi de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Par ailleurs, dans cette édition, plutôt que de tirer des conclusions peut-être trop hâtives, nous avons opté pour le récit. Celui d’un concessionnaire et entrepreneur qui, avec son équipe, s’est battu aux côtés des hommes du feu. Dans cet article, Jean-Luc Evrard nous livre sa vérité et les enseignements à tirer de cette tragédie.





