Ath: la saga continue au détriment des éleveurs
Il y a des sagas que l’on est heureux de retrouver et d’autres dont on aimerait bien se passer. Celle de l’abattoir d’Ath en fait désormais partie, avec un nouveau rebondissement jeudi dernier. Suite à des perquisitions et des devoirs judiciaires, la structure a fermé ses portes à la demande de la juge d’instruction. Bref, c’est un énième coup dur pour cet outil de proximité, et sa coopérative Wapimeat.

Petit récapitulatif du premier épisode. Nous sommes en juin 2025, éleveurs, bouchers et chevilleurs annoncent qu’ils vont reprendre l’abattoir, détenu par la Ville d’Ath. L’enthousiasme est là, pourtant ils le savent : le bâtiment a grand besoin de faire peau neuve. La coopérative prend le problème à bras-le-corps et des travaux sont effectués pour une remise aux normes.
Puis, un an plus tard, c’est le choc : Gaia diffuse une séquence vidéo sur les coulisses de l’abattoir. Des images « truquées, avec des bruits rajoutés, pour laquelle il faudra demander une contre-expertise », assure un membre de la coopérative contacté par nos soins. Suite à cette diffusion, des mesures sont prises et un des employés est écarté. Mais le mal est fait… Certains clients tournent le dos à la structure, ne voulant pas que leur image y soit associée. L’abattoir se relève doucement… Jusqu’à ce fameux jeudi, date à laquelle les scellés sont posés et l’abattoir fermé.
Toutefois, les membres l’assurent, il n’y a pas de nouveaux éléments à l’encontre de l’abattoir. Ils soulignent aussi que des avancées ont été réalisées, à l’instar de la chaîne ovine. Actuellement, d’autres aménagements doivent encore être réalisés, notamment au niveau des couloirs de contention pour les porcs et de la cage d’abattage pour les bovins. Investissement ? 50.000 € « juste » pour cette cage. « Plusieurs visites ont été réalisées et des manquements importants ont été constatés par le bien-être animal », souligne-t-on, du côté, du cabinet du ministre Adrien Dolimont.
Toujours est-il que, pour Wapimeat, le sentiment d’injustice est bel et bien présent. Malgré leurs démarches, les membres de la coopérative affirment n’avoir obtenu aucun soutien financier régional. « Aucune demande de financement n’a été effectuée par la société Wapimeat », pondère-t-on au cabinet de la ministre de l’Agriculture, rappelant qu’il s’agit d’un organisme privé. De plus, toujours d’après nos sources, le bail emphytéotique n’a pas encore été signé et le numéro d’agrément serait encore au nom de la Ville. Nous avons tenté de joindre le bourgmestre d’Ath à ce propos. Sans succès…
À l’heure d’écrire ces lignes, l’espoir de pouvoir rouvrir ce lundi persiste. Pour ce faire, d’après la coopérative, il faudrait que la juge accepte le plan d’action avec les travaux nécessaires pour une remise en conformité. Avec, au final, un dernier épisode qui mettrait enfin tout le monde d’accord ? Impossible de le savoir.
Néanmoins, à travers cette saga, une chose est sûre : le bien-être animal, tout le monde s’accorde dessus. Et qu’on le veuille ou non, les abattoirs doivent s’intégrer dans ces valeurs. Si celui d’Ath ferme, ce sont des kilomètres supplémentaires qui s’afficheraient au compteur des éleveurs transportant leurs animaux vers un site alternatif. « Il faut que les abattoirs fonctionnent, mais en respectant le bien-être animal, il n’y a pas de négociation sur ce point-là. Même si l’on soutient les acteurs locaux, il faut garantir aux animaux et aux éleveurs des traitements corrects », poursuit-on au cabinet en charge du bien-être animal.
Dans ce contexte, difficile de ne pas relever un paradoxe… Si des moyens sont mobilisés pour le bien-être animal, pourquoi, lorsqu’on parle d’un abattoir, le ton semble changer ? Exiger des mises aux normes est dans l’ordre des choses. Encore faut-il donner aux outils de proximité des moyens adaptés pour les réaliser...





