Exercice incendie dans une ferme: prévenir pour mieux intervenir!
C’était l’effervescence à la ferme pédagogique et expérimentale de la faculté de médecine vétérinaire de l’ULiège, vendredi dernier. En cause ? Un exercice incendie grandeur nature organisé sur le site. L’opportunité pour les Vusc (vétérinaires-urgentistes secours et catastrophe), les pompiers, la police et l’animal rescue team de s’entraîner à intervenir dans des conditions proches de la réalité. L’occasion, aussi, de rappeler les bons réflexes à adopter face à ce type de situation pour éviter que le pire ne se produise.

C’est le matin sur le site de la ferme. Si tout semble calme, de la fumée s’échappe derrière l’étable. Un feu a démarré au niveau du tracteur. Pas de temps à perdre ! Il est 9h50, Hugues Guyot, professeur à l’ULiège, coordinateur Vusc et responsable de la simulation, appelle les secours. Quelques minutes plus tard, les sirènes se font entendre : les pompiers sont arrivés ! Les hommes du feu sont à pied d’œuvre. Les trois victimes humaines sont ensuite prises en charge. Puis, c’est au tour des Vusc et de l’animal rescue team d’entrer en action. Ces premiers s’équipent et pénètrent dans l’étable. Si le veau, un mannequin, est sorti du bâtiment, une autre tâche, et non des moindres, les attend… Il faut évacuer les 19 génisses.
Et même si l’exercice a été longuement réfléchi en amont, avec un scénario qui semble réglé comme du papier à musique, comme le dit Hugues Guyot : « Même dans le prévu, il y a toujours de l’imprévu. Bien que la simulation ait été préparée, il y a une part d’improvisation et d’adaptation ». En effet, travailler avec du vivant n’est pas si simple. Ce jour-là, d’ailleurs, les jeunes vaches ont donné du fil à retordre aux services de secours. Alors que de la fausse fumée se répandait dans l’étable, les animaux ne semblaient pas décidés à en sortir. Le changement de luminosité, mais également une grille d’évacuation des eaux, les perturbaient. Après quelques minutes, une solution est trouvée : de la paille est placée sur le sol afin de rassurer les bêtes. Une fois celles-ci mises dans un lieu sécurisé, le triage médical peut commencer.
Dans cette simulation, les génisses sont marquées selon leur état de santé. Celles en état critique ou devant recevoir des soins urgents restent sur place. Pour les autres, direction la prairie. Là encore, c’est du sport pour les secours devant contrôler ces animaux débordant d’énergie. Finalement, il est 11h30 lorsque la simulation prend fin. L’objectif est maintenant de débriefer tous ensemble. Bonne nouvelle, tout le monde a pu être sauvé. Ouf ! Néanmoins, lors de cette matinée, il s’agissait d’une fiction. Dans la réalité, les choses peuvent se compliquer…

35 vétérinaires-urgentistes secours et catastrophe opérationnels en Wallonie
« Nous avons travaillé comme dans la vie réelle, en recevant juste quelques informations avant l’intervention », explique Bruno Humblet, vétérinaire. « Ce genre d’exercice est très intéressant. Si on pouvait en réaliser plus souvent, ce serait super, car cela permet de travailler comme en situation réelle. Plus l’on s’entraîne, plus le jour où il y aura des urgences, on pourra agir naturellement et mettre directement les bons réflexes en place ».
Comme 67 vétérinaires, dont 35 opérationnels en Wallonie, ce professionnel possède le certificat de vétérinaire-urgentiste secours et catastrophe. Ce dernier a vu le jour en 2019. Après leurs études, durant un an (15 crédits), à l’Université de Liège, ces diplômés peuvent donc suivre une formation multidisciplinaire qui allie théorie et pratique. Descente en rappel, formation à l’école du feu ou avec les policiers, ces spécialistes doivent être parés à l’ensemble des possibilités. « Selon moi, la pire intervention reste l’incendie de ferme. Cela peut aller dans tous les sens et le danger est énorme. Il y a également beaucoup d’émotions, car on peut, malheureusement, voir des animaux brûler devant nous, avec des lieux parfois inaccessibles même pour les pompiers. La gestion est vraiment large et compliquée », explique Hugues Guyot, qui a déjà réalisé plusieurs exercices pour entraîner ces services à réagir face à différents scénarios. « J’aimerais mettre en place un gros exercice de ce type tous les ans ou tous les deux ans ».
En attendant, comme le dit le dicton, mieux vaut prévenir que guérir. Ce professeur invite dès lors les éleveurs à contacter un Vusc. Cet expert pourra se rendre sur la ferme, donner des conseils, voir les issues de secours, les voies d’évacuation… Bref, anticiper les bonnes mesures à prendre.
Ne pas prendre de risques et appeler les secours !
Outre les Vusc, certains pompiers sont membres de l’animal rescue team. « Il y a quelques années, nous avons décidé de mieux nous préparer aux interventions sur des animaux, parfois exotiques, sauvages ou de grande taille. Les pompiers étaient formés aux incendies, mais peut-être moins à leur manipulation et à leurs particularités », souligne Michaël Robert, de la zone de secours de Hesbaye. Dans cette optique, des unités de pompiers spécialisés ont été créées dans plusieurs zones de Belgique, dont deux en province de Liège.
Avec les Vusc, ils ont dû faire face à plusieurs événements tragiques, dont certains de grande ampleur qui marquent les mémoires. C’est notamment le cas des inondations de 2021, de l’incendie de la tour Kennedy à Liège et, dernièrement, des feux dans les Fagnes.
Ils sont également déjà intervenus à de nombreuses reprises dans des fermes, avec des incendies pouvant être volontaires, provenir de l’autocombustion de la paille, d’une installation électrique vieillissante, parfois pas aux normes, ou encore d’engins agricoles rentrés encore chauds dans l’étable… Dans ces cas-là, ils savent : « L’animal est le gagne-pain de l’agriculteur, son investissement et même un héritage familial. Nous en tenons compte. C’est pourquoi nous ne prenons pas le sauvetage en ferme à la légère et nous apprenons aussi à écouter l’éleveur ou l’agriculteur, à comprendre sa réalité », souligne-t-il.
Une erreur classique est, selon lui, d’entrer dans le lieu de l’incendie et d’essayer d’intervenir soi-même. « D’une manière générale, quand un éleveur ou un agriculteur nous appelle, c’est qu’il a déjà tenté tout ce qu’il pouvait faire. Mais il ne doit pas attendre par fierté. La mission incendie est gratuite. Appelez les pompiers : vous ne les dérangerez jamais. Mieux vaut les appeler pour rien et faire un contrôle que d’essayer d’abord soi-même et d’appeler les secours seulement par après ! » conclut-il.





