Paddock paradise: un aménagement pensé pour le bien-être de son cheval

Depuis quelques années, le paddock paradise a le vent en poupe. Mais de quoi s’agit-il ? Nombreux sont ceux à décrire le concept comme une réelle alternative au box pour autant que l’on désire garder son équidé au pré.

Au plus proche de leur état naturel

Le concept nous vient tout droit des Etats-Unis. Jaime Jackson a longtemps observé les chevaux sauvages du grand bassin de l’Ouest américain. Pour lui, ces derniers étaient en bien meilleure santé que les équidés domestiqués. Jaime a donc voulu recréer un lieu de vie se rapprochant au plus près de leur état naturel, tout en pensant « cheval » et non pas « humain ».

De ces observations, qui n’ont rien de scientifique, il en a conclu qu’outre le fait que ce soit un animal grégaire, le cheval se déplace toujours selon un même parcours, marqué par plusieurs étapes : recherche de points d’eau, de nourriture… Bien qu’en fonction de la saison le territoire puisse être plus ou moins vaste, le cheval aime la terre qu’il occupe et ne cherche pas à élargir ses horizons. Tout est toujours une question de confort et de sécurité. Les variations de terrains sont par contre primordiales et notamment en vue de favoriser l’entretien des pieds.

Suite à ses observations, le concept de « paddock paradise » était né. Les grandes lignes de son projet ? Reproduire l’environnement naturel du cheval de par un circuit qui l’incite à bouger. Mais aussi le fait, de pas y laisser de place à l’humain afin que l’équidé interfère le minimum avec le milieu « naturel » du cheval. L’alimentation du cheval doit être composée d’un mélange de foin, d’avoine non sucrée, de minéraux et de pierres à sel installés à différents endroits sur le parcours. L’idéal étant de les inciter à chercher leur nourriture en grattant, fouillant… le sol.

Un exemple à Buvrinne

Plusieurs aménagements de ce type fleurissent maintenant en Belgique comme c’est le cas dans le Hainaut, à Buvrinne. Nadia est une passionnée de chevaux et a voulu reproduire ce schéma dans ses installations.

« Notre écurie est composée de dix chevaux issus de tous horizons. On compte des chevaux de sports, de loisirs, des chevaux à la retraite. La tranche d’âge varie entre trois et plus de vingt ans. Tous les modèles sont présents, du shetland à l’irish cob en passant par le trotteur. Toutefois, j’ai pris la décision d’aménager leur espace pour deux chevaux en particulier : un hongre au passé très compliqué et une jeune pouliche. »

Le Sillon Belge : Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans ce concept ?

Nadia Bernard : Cela ne fait que six ans que je suis dans les chevaux. Je ne suis pas formatée. Quand je me suis tournée vers cette alternative, je me suis avant tout intéressée à leur milieu de vie. J’ai très vite su ce que je ne voulais pas d’un cheval enfermé ! Un cheval sportif peut, selon moi, avoir aussi une vraie vie de cheval.

S.B.: Est-ce facile de l’appliquer chez soi ?

N.B.: Oui c’est tout à fait possible à mettre en place pour autant qu’on ait du terrain. Toutefois, il faut faire attention, entre autres, à la nature du sol, aux aires de repos qu’il faut créer… L’entretien est par contre très compliqué. Les crottins, présents sur les dalles de béton où est distribué le foin, sont nettoyés tous les soirs sauf en plein hiver quand il gèle. Quand il fait humide, ce n’est pas de tout repos.

S.B.: Avez-vous visité d’autres infrastructures avant de vous lancer dans un tel projet ?

N.B.: Non, ça s’est fait naturellement. J’avais une prairie de quatre hectares que j’ai d’abord divisée en cinq parcelles. Puis j’ai créé un couloir et puis petit à petit tout s’est mis en place en fonction des finances.

S.B.: Quelles sont les règles à respecter ?

N.B.: La règle principale ? Observer les chevaux et distinguer leur bien-être et leur mal-être. L’aménagement doit toujours être en cours de réflexion. En termes de structure, on est aux alentours de 600 piquets, 1.800 attaches, 600 trous à faire, 24 km de fils en galvanisé, 52 tonnes de gravats, 30 m³ de béton, sans compter les abris et les stalles en bois construites pour les compléments alimentaires. Ce sont des centaines d’heures de travail. Cela prend énormément de temps. Quelques années sont encore nécessaires à la finalisation du projet.

S.B.: Quel public se tourne vers les paddocks paradise ?

N.B.: Les amoureux de la nature mais surtout les vrais amoureux de chevaux, ceux qui cherchent à les écouter et à leur laisser vivre leur vraie vie de cheval.

S.B.: Quel investissement est nécessaire au jour le jour ?

N.B.: Énormément de temps d’observation, d’écoute et de remise en question.

S.B.: Comment se passe la gestion du groupe ?

N.B.: La gestion du groupe se passe simplement. Tout le monde est ensemble. Il faut savoir que rassembler trois chevaux sur cinquante ares est bien plus dangereux que dix sur une grande superficie. Au sein du troupeau, la hiérarchie change souvent, puisque certains rentrent le soir. De ce fait, celle du jour est différente de celle qui s’impose la nuit. Mais il n’y a jamais de grosse violence.

S.B.: Remarquez-vous une différence dans leur comportement et au niveau de leur santé ?

N.B.: Oui. Mon hongre, qui était ingérable, s’est posé. Quant au troupeau en général, il se porte bien. Il n’y a plus de souci de santé. Jamais de colique. Le maréchal voit la différence également, on ne voit plus de problème au niveau des pieds. Et par rapport aux dents, on observe qu’elles s’usent au fur et à mesure du fait qu’ils mangent constamment. C’est une vie de cheval en adéquation avec leur nature.

S.B.: Quels sont vos projets futurs ?

N.B.: Créer une bouquinerie. Mais j’aimerais surtout que l’écurie devienne un centre de bien-être pour le cheval et l’humain. Les chevaux sont les meilleurs thérapeutes au monde.

Créer son paddock paradise

De par les conclusions de Jaime Jackson, et nos observations chez Nadia Bernard, plusieurs points sont à retenir pour l’aménagement d’installations de ce genre : l’espace, le temps et le sens d’observation. Il est important de pouvoir modifier l’aménagement en fonction des besoins des chevaux.

D’un point de vue pratique, il faudra penser à créer un tracé qui ne soit pas monotone pour inciter les chevaux à bouger. Les types de sols devront être différents, pour renforcer les pieds et favoriser leur usure naturelle (sable, cailloux, poussière et même des déchets de briques pour stabiliser les sols plus boueux). Le relief ne doit pas non plus être uniforme. Les équidés doivent non seulement s’habituer aux sols que l’on retrouve en extérieur mais également travailler leur musculature et leurs articulations. De ce fait, on pourra installer des obstacles comme des troncs d’arbre, des pneus…

Les points d’intérêt (abris, nourriture, eau) se retrouveront à des endroits différents afin d’inciter les chevaux à se déplacer. Les couloirs devront faire le tour des différentes parcelles de prairies et seront tantôt larges, tantôt plus étroits pour que les sens des animaux soient stimulés. Des points d’ombre devront être pensés sans pour autant que le cheval doive forcément se mettre sous un abri.

Notons encore que la plantation de piquets provisoires aidera à la conception finale des lieux.

Céline Mary