Colruyt et l’achat de terres: une nouvelle perte d’autonomie pour le secteur agricole, selon la Fugea

Colruyt et l’achat de terres: une nouvelle perte d’autonomie pour le secteur agricole, selon la Fugea

Avec la concrétisation de l'achat, prévu depuis 2018, de la ferme biologique «Het Zilverleen» et de ses 25ha de terrain situés en Flandre occidentale, le groupe Colruyt affiche sa volonté de garantir la disponibilité de produits belges dans ses rayons «en toute transparence et grâce à la coopération avec les agriculteurs locaux».

Derrière cette communication peaufinée et ces objectifs à priori louables se cachent en réalité une mainmise dangereuse d’un groupe sur l’agriculteur dépourvu de toute autonomie décisionnelle sur la ferme. En effet, le producteur qui exploitera la ferme «Het Zilverleen» sera responsable de la gestion opérationnelle quotidienne de la ferme, mais devra répondre aux décisions stratégiques de l’enseigne. La grande distribution impose donc, ici, de manière encore plus directe et coercitive son influence sur le producteur. Ces pratiques d’un autre âge nous feraient presque penser au servage féodal. Pourtant, la relation entre propriétaire et locataire définie à travers le décret du bail à ferme est supposé garantir la liberté de culture pour l’agriculteur. Pour la Fugea, ce principe de base est non négociable.

Par ailleurs, si dans ce cas il s’agit d’une ferme en bio, il y a fort à parier que des fermes qui répondent directement aux décisions stratégiques de la grande distribution soient contraintes d’adopter un modèle de production bio intensif.

Comme elle le déplore souvent, le paysage agricole belge se caractérise notamment par une pression foncière accrue, qui bloque l’installation des jeunes et freine la reprise d’exploitations. L’entrée sur le marché du foncier agricole, d’acteurs aussi puissants que ladite enseigne risque fortement d’accroître encore davantage ce phénomène.

Enfin, dans sa communication Colruyt se targue de vouloir assurer plus de « durabilité dès le début de la chaine ». Difficile à entendre pour le monde agricole vu la problématique des prix non-rémunérateurs appliqués par la grande distribution à l’égard des producteurs et des productrices.

Pour la Fugea, en menaçant l’autonomie des fermes, la question du prix juste et de l’accès à la terre, le modèle proposé par le groupe et sa société d’exploitation Agripartners, ne constitue pas une réponse aux enjeux d’une transition agricole favorable aux acteurs du secteur agricole et à l’environnement. Après avoir affaibli les agriculteurs et les agricultrices, les acteurs de la grande distribution voudraient maintenant les remplacer et les utiliser à leur service.

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