Betteraves à la RT: détails 2020, nouveaux contrats 2022 et perspectives du marché!

Sylvie Decaigny, Guy Paternoster, Erwin Boonen et Gautier Quenon ont pris successivement la parole  pour détailler les perceptives future de la betteraves à la RT.
Sylvie Decaigny, Guy Paternoster, Erwin Boonen et Gautier Quenon ont pris successivement la parole pour détailler les perceptives future de la betteraves à la RT.

Guy Paternoster, administrateur délégué de la RT a ouvert les présentations faisant le point sur les investissements faits et à venir dans les usines : « L’année a été pleine de défis mais, je suis heureux de constater que les perspectives s’améliorent. Nous avons fait et continuons à faire des investissements pour que les sucreries soient performantes et constamment mises à niveau afin de garantir un traitement des betteraves en un minimum de temps lors de la campagne. Ces investissements sont également faits dans le but d’une économie d’énergie et d’une diminution des pertes en sucre. Ils font partie de la stratégie de groupe Südzucker».

Satisfait du rendement de production en 2020

« Avant et durant la campagne 2020, nous avons tout mis en œuvre pour que la réception des betteraves soit fiable et performante. Lors de la dernière compagne, Longchamps a réceptionné jusqu’à 17.000 tonnes de betteraves par jour et Tirlemont, 14.000 tonnes. À Tirlemont, il a été produit davantage de sucre et stocké plus de sirop grâce à de nouveaux outils. Une nouvelle installation permet également aux clients de choisir différents types de mélasse selon la concentration en sucre et la viscosité souhaitée. Fin de campagne 2020, un ralentissement du débit du jus transporté via pipeline entre Wanze-Longchamps a été constaté. Le pipeline a été nettoyé sur 5 km avec de l’eau à haute pression et des tests de capacité sont en cours. Des contrôles sont également prévus pendant la campagne. Mis à part ces soucis, Wanze et Longchamps ont très bien tourné en 2020 ».

L’objectif des investissements est de fiabiliser les usines tant au niveau de la qualité du sucre que de leur allure. « C’est pourquoi, la chaudière de Wanze va subir une maintenance importante et des projets relatifs aux cabines électriques et au sécheur à sucre sont également en cours. À côté des installations et leur entretien, nous avons aussi l’ambition d’aller de l’avant et de faire des investissements pour le futur. À Wanze-Longchamps,nous installerons un nouveau système pour amener les betteraves lavées dans l’usine. Tout sera fonctionnel pour la campagne 2021 ». Pour la campagne 2023, l’administrateur annonce également l’installation d’une nouvelle tour de diffusion à Tirlemont ainsi qu’un gros entretien du turbo et des infrastructures qui produisent le lait de chaux.

Le projet Climate Farming

Sylvie Decaigny, Agro-manager à la RT aborde rapidement le projet Climate Farming supporté par Beneo et la RT. « Les ambitions de la Commission européenne en termes de neutralité carbone d’ici 2050 sont bien connues. Les entreprises émettrices de CO2 seront amenées à réduire au maximum leurs émissions dans les années à venir. Tout comme les autres, l’agriculture devra y travailler mais, grâce à des techniques culturales adaptées, elle est en mesure de stocker plus de carbone qu’elle n’en émet. Les agriculteurs qui séquestreront du carbone seront rémunérés pour ce rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. L’Europe veut promouvoir un nouveau modèle économique dans ce sens. Pour la filière betteraves et chicorées il s’agit d’une opportunité à saisir et la RT a choisi de le faire et de trouver des solutions pour toute la filière, notamment par le lancement du projet Climate Farming auquel participe un groupe d’agriculteurs. Ils travailleront, entre autres, sur des techniques culturales favorables au climat et à la biodiversité, sur la collecte efficace des données nécessaire à ce nouveau modèle mais aussi sur les besoins des acheteurs et les manières de rémunérer les nouveaux services proposer par la filière ».

La valorisation des betteraves 2020

Erwin Boonen, directeur matière première de la RT, détaille, quant à lui, les éléments du récent paiement des betteraves de la campagne 2020 et parle du contexte actuel et des perspectives. « Depuis l’arrêt des quotas, le secteur du sucre a subi de fameux bouleversements avec une chute des prix en Europe, des fermetures d’usines et des soucis liés aux cultures. Néanmoins, début 2020, on a assisté à un redressement du marché avec une croissance significative du prix du sucre. Malheureusement, celui-ci a été suivi d’un ralentissement dû au covid. Dans ces conditions, la RT et le groupe Südzucker ont soutenu la betterave par un prix minimum visible sur le bordereau d’achat sous forme de bonus garanti et par un supplément de prix. Grâce à cette hausse du prix du sucre combinée au prix minimum et au supplément, le prix moyen des betteraves est en croissance depuis la fin des quotas. Certes, pas encore à la hauteur des espérances des planteurs et des nôtres mais, l’évolution du marché va clairement dans la bonne direction».

Plus particulièrement, concernant le paiement des betteraves 2020, il a été convenu d’une meilleure valorisation du contrat de base et de 10 % en plus de celui-ci sous forme additionnelle. Les tonnes au-delà de ces 10 % sont valorisées à un prix inférieur. « Ainsi, un bonus garanti de 5, 65 euros/t est octroyé pour 70 % des tonnes en contrat. Ce qui représente 3,96 euros/ t si le bonus est réparti sur toutes les tonnes en contrat. On ajoute à cela 2,20 euros/t de supplément de prix, réparti en 2,25 euros/t pour les tonnes en contrat et 1,70 euro pour les tonnes additionnelles supplémentaires. Globalement, cela revient, tout compris, à un prix moyen des betteraves en contrat de 28,75 euros à 18ºS, soit 1,70 euro de plus qu’en 2019. Malheureusement, la richesse en 2020 était de 17,46ºS avec un prix moyen tout compris de 27,38 euros/t, soit 1,20 euro en plus qu’en 2019 », détaille Erwin Boonen.

Un acompte de 18 euros/t à 18ºS a été payé lors de la campagne. Le solde payé fin juin représente donc le solde des betteraves, diverses primes et réfactions, le prix minimum (bonus garanti) et supplément de prix. « La totalité de tous ces paramètres donne un paiement en juin de 10,75 euros à 18ºS duquel il faut déduire les factures de semences de 2020 et les éventuelles factures de coproduits ».

Prix du sucre à la hausse

Erwin Boonen revient sur le redressement du marché et des perspectives positives sur lesquelles, selon lui, on peut compter : « Suite à la réforme de 2017, le prix du sucre a été divisé par deux avec pour conséquence des fermetures d’usines. Néanmoins, depuis fin 2019, le marché reprend des couleurs et, en février 2020, on observait un sérieux redressement. Malheureusement, l’arrivée du Covid et les mesures de confinement ont provoqué une forte diminution des consommations de sucre et de bioéthanol. Le déconfinement semble maintenant se maintenir et le marché revient à des niveaux plus intéressants. Au niveau mondial, un déficit de production pour la saison 2020 de 5 millions de tonnes réduit les stocks et pousse le marché à la hausse. Au niveau européen, la faible production 2020 conduit aussi le marché à la hausse. Au niveau mondial, cette reprise du marché du sucre est basée sur des fondamentaux positifs : la sécheresse au Brésil et la réduction du volume de sucre produit ; l’augmentation des ambitions de production en bioéthanol en Inde qui consommera davantage de sucre et le rendra indisponible sur le marché ; et enfin, la hausse de toutes les matières premières qui suscitent l’intérêt des acteurs spéculatifs, même si l’effet sera sans doute temporaire ».

Au niveau européen, la Commission européenne estime le stock de fin septembre 2021 à environ 1,2 million de tonnes. « C’est le niveau le plus bas depuis 2010. À l’époque, cela avait conduit à une évolution du prix du sucre jusqu’à 700 euros la tonne la campagne suivante. Aujourd’hui, il n’y a quasi plus de sucre disponible pour les clients qui ne se sont pas couverts. Le prix spot en Europe est supérieur à 450 euros la tonne de sucre rendu chez le client même si peu de sucre est vendu à ce prix-là pour l’instant, il s’agit d’un très bon point de départ pour les contrats 2021. Les premiers contrats de vente pour 2021 confirment la tendance même si les volumes sont actuellement trop limités pour être déterminants ».

Au sujet de la politique de vente, Erwin Boonen précise néanmoins que celle-ci a changé depuis la fin des quotas : « En 2017, elle était basée sur un volume à vendre sur le marché européen et mondial avec pour but de diminuer les frais des usines et de donner une plus-value pour les betteraves. En 2019, on est passé à une vente de valeur concentrée sur le marché européen avec des usines qui tournent plus de 120 jours, à capacité maximale ».

Contrats 2022 : plus de protection et de simplification

Enfin, Gautier Quenon, Agro-manager à la RT, expose les principes à la base des contrats 2022. « Les points centraux sont la simplification et la protection. La première amélioration repose sur la simplification de l’application des primes hâtives et tardives qui seront directement liées à la date de livraison et aux quantités livrées. L’échelle des primes hâtives a été augmentée et prolongée pour arriver à une fin théorique au 10 octobre au lieu du 5 octobre, avec une augmentation de l’ordre de 60 % autour du 20 et 25 septembre et de 100 % à partir du 1er octobre ».

La seconde simplification importante se trouve dans le prix tout compris des différents types de betteraves. « Dorénavant, il y aura une échelle spécifique pour les contrats de base et une autre pour les betteraves additionnelles et hors contrat. Tout cela amène plus de clarté et de transparence ».

Le supplément de prix sera distribué en interprofession. « Il pourra être distribué sur les différentes catégories en contrat et cette distribution ne sera plus liée à des limitations contractuelles ».

« Cette simplification dans les échelles est possible car nous avons décidé d’appliquer le prix minimum sur toute la quantité de betteraves en contrat. 100 % des betteraves en contrat de base et additionnel profitent ainsi d’un prix minimum garanti ce qui augmente la protection contre la volatilité du marché. Concrètement, pour les betteraves en contrat de base, la valeur minimale sera de 24,28 euros/t à 18ºS tout compris. Le prix sera stable jusqu’au prix de reporting européen du sucre de 420 euros/t. Au-delà de ce prix du sucre, le prix des betteraves augmentera automatiquement comme c’est le cas actuellement. Les betteraves en contrat additionnel auront un prix minimum de 27,24 euros/t. À partir d’un prix du sucre de 403 euros/t, la valeur de ces betteraves augmentera. cette protection est plus claire et simple, d’autant plus qu’elle ne dépend plus d’un bonus garanti mais d’un prix tel quel qui ne dépendra pas de l’emblavement en 2023 mais sera acquis pour tout un chacun qui plante ses betteraves en 2022. Ce prix minimum sera payé en mars 2023, ce qui signifie que les primes seront payées assez vite après la campagne ».

« Finalement, la continuité des éléments positifs du contrat est maintenue. La possibilité d’un supplément de prix était parfois remise en question mais son application est une réalité depuis l’arrêt des quotas. C’est un outil qui permet au planteur d’augmenter la valorisation de ses betteraves. Cette diminution de risques sera dorénavant disponible pour les planteurs qui continuent à emblaver leur contrat de base de 2022 à 2023. Les acomptes mensuels en campagne continuent à hauteur de 18 euros/t à 18ºS et le solde prix réel moins le prix minimum payé en juin comme aujourd’hui ».

«Grâce à nos efforts dans le cadre du contrat qui vous donnera davantage de protection, nous réussirons à atténuer les risques,. Avec le contrat 2022, nous esperons vous encourager à emblaver votre contrat de base sinon plus parce que les prévisions de marché sont meilleures et parce que c’est gâce à vous, ensemble, que nous pouvons maintenir la capacité de traitement des betteraves en Belgique», conclut Guy Paternoster.

Propos recueillis par D. Jaunard