Produits laitiers: la Chine a-t-elle fait des stocks en 2021?

En 2021, la Chine s’est montrée particulièrement présente sur les marchés internationaux, réduisant l’offre mondiale pour d’autres pays importateurs.
En 2021, la Chine s’est montrée particulièrement présente sur les marchés internationaux, réduisant l’offre mondiale pour d’autres pays importateurs. - J.V.

Les opérateurs de la filière se demandent quelle en est la pérennité pour l’année à venir. L’ombre de 2014 plane. À l’époque, l’optimisme régnait au vu de la croissance rapide des besoins de l’empire du Milieu. La brusque pause des achats chinois, combinée à l’arrêt des quotas laitiers en Europe en 2015, avait entraîné un fort déséquilibre entre l’offre et la demande mondiale et fait chuter les prix.

Forte hausse

des importations en 2021

L’empire du Milieu a surpris le marché en important massivement des produits laitiers cette année. La tendance vers plus de consommation de matières grasses se confirme avec des hausses assez conséquentes (+20.000 t de beurre soit +21 % et +63.000 t de crème soit +40 % sur janvier-octobre vs 2020). Même du côté des poudres, les importations sont importantes (+38 % sur de la poudre grasse soit +208.000 tonnes et +95.000 de poudre maigre, soit +34 % sur la même période). La Chine a ainsi asséché le marché mondial limitant les disponibilités pour les autres pays importateurs.

Au vu des difficultés logistiques à l’échelle mondiale, la Nouvelle-Zélande a su tirer parti de cette demande supplémentaire en passant des accords avec les transporteurs de containers internationaux. Toutefois, la dépendance de la Nouvelle-Zélande s’est, de fait, renforcée vis-à-vis du marché chinois. En 2020, il a capté 47 % des exportations totales de poudre de lait entier, près de 60 % sur les dix premiers mois de 2021. De même en beurre, la part de marché de la Chine dans les exportations totales est passée de 28 % à 36 % d’une année sur l’autre.

Cette hausse est-elle liée

à une augmentation

de consommation ?

Il est difficile de trouver la réponse quant à la part de ces importations qui a été consommée par rapport à celle qui a été stockée. Il est vrai que les tendances de consommation dans le pays demeurent globalement en hausse surtout en matière grasse. Le covid-19 n’a pas dû changer fondamentalement la tendance. Néanmoins, l’accélération de cette année a été particulièrement rapide. D’autre part, la fermeture de certains ports en Chine liée à des quarantaines pour cause de cas de covid-19 chez les dockers n’a pas permis à la logistique locale de toujours décharger aussi rapidement que souhaité. Une partie de ce stock pourrait donc être flottante au niveau des ports.

Les opérateurs de marchés demeurent donc prudents voire pessimistes quant à la poursuite des achats chinois alors qu’à cette période de l’année s’organisent les contrats pour les festivités de Nouvel An chinois.

Dans ce contexte, quelle conjoncture pour 2022 ?

Si de nombreux opérateurs craignent un remake de 2014, c’est-à-dire une chute brutale de la demande chinoise, la principale différence réside dans l’arrêt de la dynamique de production laitière. En effet, en 2015 la fin des quotas laitiers avait entraîné un fort rebond de la collecte européenne.

Outre la baisse de collecte chez les principaux pays producteurs européens, l’envolée des coûts de production n’incite pas les éleveurs à augmenter leur production. Une baisse des prix de l’énergie et des intrants paraît peu probable à très court terme. Aussi, une moindre demande chinoise pourrait s’accompagner d’une baisse plus conséquente de la collecte chez les exportateurs.

Par ailleurs, la demande de l’Asie du Sud n’est pas non plus la même qu’en 2014. Celle-ci croît plus durablement avec moins d’à coup qu’en Chine et pourrait facilement s’intensifier dans les mois à venir si les cours mondiaux devenaient moins élevés.

Les marchés mondiaux des produits laitiers devraient demeurer fermes dans les prochains mois même en cas de moindres achats de la Chine, ce qui reste à confirmer. La principale force ou pouvoir de la Chine restant son imprévisibilité…

D’après Tendances

lait et Viande (Idele)