Une étude pointe les limites du « tout-bio »

Dans une communication publiée, fin octobre, par la revue scientifique Nature, des chercheurs se sont penchés sur les effets d’une conversion intégrale de l’Angleterre et du Pays de Galles à l’agriculture biologique.

En utilisant un modèle mathématique, les scientifiques estiment que la perte de production agricole pourrait atteindre 40 %, « en raison de rendements réduits et de la nécessité d’introduire des prairies temporaires dans les rotations ». Pour le seul blé tendre, la production estimée à 15 millions de tonnes en conventionnel chuterait de 2 millions de tonnes.

D’après les auteurs, si les possibilités d’amélioration des rendements par de meilleurs itinéraires techniques existent, elles seraient « probablement marginales », notamment en raison de la hausse des surfaces consacrées aux prairies temporaires. Par ailleurs, pour valoriser le surplus de fourrage issu de celles-ci, la simulation prévoit un accroissement du cheptel bovin allaitant et ovin.

Les scientifiques soulignent cependant que le volume total de viande produit serait identique, « en raison de poids-carcasse plus faibles et de temps de finition plus longs ».

Des bénéfices évidents, mais…

Sur la base de ces chiffres de production, il semblerait alors que le scénario « tout-bio » entraîne une hausse des émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole. Les chercheurs prévoient en effet qu’en cas de conversion, « la surface supplémentaire nécessaire à l’extérieur des territoires concernés pour répondre aux chutes de la production intérieure sera cinq fois plus élevée que la surface déjà utilisée à l’étranger pour produire de l’alimentation à destination de l’Angleterre et du Pays de Galles ».

Un chiffre qui conduirait, selon le type de surface utilisée par les pays exportateurs, à une augmentation d’émission de gaz à effet de serre de 0 à 50 % par rapport aux émissions de l’agriculture conventionnelle.

Dans leur conclusion, les auteurs de cette étude rappellent toutefois que les techniques de l’agriculture biologique apportent « des bénéfices environnementaux évidents, comme le stockage de carbone, une exposition réduite aux pesticides, et une augmentation de la biodiversité ». Le but de ces travaux n’est donc pas de décrédibiliser l’agriculture biologique, mais de montrer qu’il est « peu probable qu’une seule approche permette d’atteindre des systèmes alimentaires durables ».

Au-delà de la conversion, les chercheurs estiment notamment qu’au vu « de la contribution très importante de l’élevage aux émissions de CO2, une baisse importante pourrait être obtenue par une réduction de la consommation de viande ».

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