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Débardeur au cheval: une profession en péril

« Quel avenir pour le débardage au cheval ? » : c’est la question que se sont posée les associations Meneurs et Canopea. Pour y répondre, elles ont réalisé une enquête et interrogé les différents acteurs sylvicoles. Et malheureusement, le constat est alarmant : cette profession risque de disparaître si des mesures rapides et adéquates ne sont pas prises.

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P our exercer la profession de débardeur au cheval, une chose est sûre : il faut avant tout être un passionné. En effet, les avantages de cette profession sont peu nombreux. Et, disons le d’emblée, ce n’est pas en exerçant ce travail que l’on fait fortune, que du contraire… Ainsi, si un débardeur au cheval consacre, environ, 77 heures par semaine à son activité (débardage, soins du cheval, transports, tâches administratives, etc.), à la fin du mois, il ne perçoit, en moyenne que 1.270 euros net. De plus, travaillant sous le statut d’indépendant, et ce par tous les temps, été comme hiver, cette activité demande aussi une sacrée condition physique. Pourtant la moyenne d’âge des débardeurs exerçant en région wallonne est de 55 ans.

Ces chiffres, ce sont les asbl Meneurs et Canopea qui nous les ont communiqués au terme d’une enquête longue de six mois. Un état des lieux qui s’inscrit dans les objectifs de la Déclaration de Politique Régionale et de la volonté de la ministre de l’Environnement, Céline Tellier, de faire évoluer les pratiques sylvicoles vers une gestion plus durable, et ainsi rendre les forêts wallonnes plus résilientes face au changement climatique.

De janvier à juin, Gaëtan Pyckhout, président de l’asbl Meneurs a donc rencontré des débardeurs wallons, afin de collecter leurs témoignages, d’identifier leurs besoins et de trouver des opportunités pour redynamiser la filière. « La première chose qui ressort de l’enquête est qu’il s’agisse de débardeurs, de marchands, d’exploitants forestiers, tous sont unanimes : le débardage au cheval doit perdurer », indique-t-il directement.

Mais si dans les années 90, ils étaient 250 professionnels, aujourd’hui ils ne sont plus qu’une dizaine, basés principalement à Neufchâteau et à Eupen, à exercer ce métier à titre principal. « Beaucoup de jeunes se tournent vers d’autres activités car, soyons honnêtes, il est impossible de vivre avec un tel salaire ». D’après leurs calculs, idéalement ces professionnels devraient être rémunérés 60 euros de l’heure, pour un revenu mensuel de 1.960 euros. Le prix du débardage serait alors d’environ 15 euros du m3, soit trois euros de plus que ce qui est pratiqué à l’heure actuelle. Un effort pouvant faire une sacrée différence.

 

En région wallonne, ils ne sont plus qu’une dizaine à exercer ce métier à titre principal.
En région wallonne, ils ne sont plus qu’une dizaine à exercer ce métier à titre principal. - D.T.

Pas de temps à perdre pour ces professionnels

Un autre frein identifié est l’insécurité du métier. Et oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, si vous désirez faire appel à un débardeur pour un chantier, vous risquez d’avoir pas mal de difficultés pour en trouver un qui accepte de vous répondre positivement. En effet, la majorité des débardeurs préférera rester sur son chantier plutôt que de prendre le risque de se déplacer pour un travail qu’ils n’obtiendront peut-être pas ou qui pourra s’avérer plus compliqué que celui en cours. De plus, pour certains travaux, ces derniers doivent remplir un cahier de charges, et devant cette tâche administrative importante, beaucoup préfèrent faire marche arrière…

Peu mobilisables, les débardeurs sont aussi pressés par le temps. Pas facile pour eux de trouver un créneau horaire pour former les générations futures. « Il n’y a pas d’accès à la profession, pas de formation spécifique. Le seul moyen d’apprendre le métier est d’aller se former auprès d’un autre débardeur. Mais ces derniers n’ont ni le temps, ni l’envie de prendre un jeune sous leurs ailes, qui, de plus, n’a aucun statut officiel », poursuit le président de l’asbl Meneurs.

Enfin, si ce métier est aujourd’hui en danger, d’autres facteurs sont également à prendre en compte. Parmi ceux-ci, citons notamment le nombre d’élevages de chevaux aptes au débardage en chute libre ou encore la pénurie de professions spécifiques liées à cette activité, telles que bourrelier.

Quelles solutions pour sauver le débardage ?

Outre une augmentation salariale, d’autres pistes existent pour sauver ce métier. Tout d’abord, force est de constater que les aides publiques déployées lors des différentes législatures n’ont pas porté leurs fruits… Dès lors, l’équipe des asbl Canopea et Meneurs plaident pour le déploiement d’aides directes pour les débardeurs, ainsi que pour la création ou l’amélioration d’outils législatifs imposant ou favorisant le débardage au cheval en forêt publique et en forêt privée.

Ils souhaiteraient également créer un pôle d’accompagnement propre à la profession. Une cellule dont les rôles seraient, par exemple, de proposer des soutiens financiers et administratifs, des formations ou encore de mettre en place des achats groupés pour du matériel spécifique. Il s’agirait aussi d’une interface entre les différents acteurs sylvicoles. Le président de l’asbl Meneurs ajoute : « La conduite au cordon est une technique très spécifique de notre région. Nous souhaiterions donc pouvoir l’inscrire au patrimoine immatériel de l’Unesco ». Enfin, un meilleur accompagnement des nouveaux débardeurs est également un point essentiel pour permettre à cette profession de perdurer. « Il faudra soutenir l’insertion de nouveaux candidats, mais dans des conditions sociales et financières justes ».

En tout cas, une chose est sûre : « Si on ne commence pas maintenant à mettre des choses en place, c’est foutu : ce métier va disparaître », alerte Gaëtan Pyckhout.

Déborah Toussaint

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