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Le sapin : Roi des forêts, spécialité de la famille Dubois

À l’approche des fêtes, nous sommes nombreux à avoir garni nos maisons de guirlandes lumineuses, de décorations enneigées, de crèches… Au cœur de ces fioritures, trône dans un coin de notre salon la pièce maîtresse de cette tradition : le sapin de Noël. Avec son odeur iconique et ses aiguilles d’un vert unique, il est l’un des rares arbres à conserver sa parure en hiver et est donc un symbole de vie éternelle. Particulièrement adapté au Sud du sillon Sambre-et-Meuse, pourquoi ne pas opter pour un sapin de qualité et surtout local ?

Temps de lecture : 8 min

C’est sur le plateau vallonné du Condroz, dans le village des Avins que l’on retrouve Luc, 65 ans, et Aurélien Dubois, 31 ans, éleveurs laitiers et producteurs de sapins.

Une diversification devenue une nécessité

« Je me suis lancé dans les sapins de Noël, il y a de ça 35 ans », raconte Luc. Après avoir repris l’exploitation, il se rend vite compte que les vaches ne suffisent pas à payer sa ferme. Il cherche alors des solutions et réalise des plantations forestières à destination de pépiniéristes. C’est là qu’il découvre la culture du sapin et qu’il prend conscience de l’importance de la demande derrière ce produit de fête.

Il commence donc à en planter pour d’autres exploitants, à en récolter déjà formés afin de créer son commerce et apprend le métier sur le tas. Luc entreprend ensuite des plantations à son propre compte, avec l’objectif de faire prospérer son activité et de proposer de la qualité. Aujourd’hui, les parcelles de sapins s’étendent sur un total de 5 h.

Luc et Aurélien Dubois, éleveurs laitiers, vendent chaque année entre 3.000 et 4.000 sapins.
Luc et Aurélien Dubois, éleveurs laitiers, vendent chaque année entre 3.000 et 4.000 sapins. - A.B.

L’agriculteur propose ses conifères à la vente sur plusieurs emplacements : à Nandrin, dans le parking de la galerie commerçante Belle-île à Liège et évidemment à la ferme. Depuis lors, son commerce a pris de l’ampleur, notamment avec l’arrivée sur l’exploitation de son fils, Aurélien, en 2014.

« En plus des trois emplacements sur lesquels papa vendait les sapins, nous livrons des magasins à la ferme et quelques autres revendeurs », complète Aurélien. Pour les magasins à la ferme, les agriculteurs fonctionnent avec « un système de dépôt » : Luc et Aurélien déposent les sapins chez leurs clients qui ont une « commission sapin ». Luc ajoute : « Avec ce principe, les magasins à la ferme ne risquent pas grand-chose car ils n’avancent pas d’argent et n’ont aucun invendu ». Tout le matériel nécessaire à la vente et au conditionnement des sapins, comme les emballeuses et les filets, est également mis à leur disposition. Aurélien et son papa se chargent de la gestion des stocks chez les différents revendeurs et des livraisons qui ont principalement lieu la nuit.

« La vente des sapins est une belle rentrée d’argent pour la ferme, un vrai plus qui m’a permis de rénover et d’améliorer mon exploitation », explique Luc. « Encore aujourd’hui, étant donné le contexte agricole et le revenu du secteur, la culture du sapin est une nécessité pour la ferme. L’élevage laitier seul ne nous permet pas d’en vivre ».

75 % de Nordmann et 20 % d’épicéa

Chaque hiver, entre 3.000 et 4.000 sapins sont vendus par la ferme Dubois.

L’entretien des parcelles demande un suivi tout au long de l’année. Pour les garder propres, un herbicide est appliqué au printemps et les terrains sont débroussaillés en fin de saison. Les arbres sont également taillés deux fois par an pour leur donner une belle forme de sapin.

Les agriculteurs souhaitent éviter tant que possible l’utilisation d’intrants. Selon Aurélien, il est assez rare d’observer des maladies, d’autant plus que peu de sapins sont cultivés dans la région. « Il nous est arrivé une fois de devoir traiter contre une araignée. Celle-ci provoque la mort du sapin par ses piqûres », indique-t-il.

Concernant les engrais, la culture est peu exigeante. En outre, les sapins sont sur les parcelles depuis un à deux cycles, ce qui limite l’appauvrissement des sols.

Les parcelles dédiées aux sapins peuvent être occupées une vingtaine d’années. « Nous produisons des arbres pouvant atteindre 8 m. Certains ont été plantés quand j’étais petit, je les ai vus grandir », illustre Aurélien.

Les plants de sapin sont mis en terre pour 4 à 8 ans et peuvent y rester jusqu’à 20 ans pour les plus grands formats.
Les plants de sapin sont mis en terre pour 4 à 8 ans et peuvent y rester jusqu’à 20 ans pour les plus grands formats. - A.B.

Les trois catégories de tailles les plus demandées sont celles de 1,5 à 1,75 m, 1,75 à 2 m et 2 à 2,5 m. Les hauteurs intermédiaires, comme les 80 cm à 1 m ainsi que les plus grands formats, rencontrent une demande plus limitée. Le Nordmann représente 75 % de la vente et l’épicéa, apprécié pour son odeur, 20 %. Une troisième variété, le Fraseri, complète les 5 % restants. Comme le Nordmann, ce dernier conserve ses aiguilles mais doit être entretenu assidûment pour lui donner sa forme.

À la plantation, les petits pieds de sapin, d’une vingtaine de centimètres, sont déjà âgés de 4 ans. « Ils sont nommés les S2R2, pour semés deux ans et repiqués deux ans, par les grossistes ardennais, chez qui nous nous fournissons », précise Aurélien. Pour une meilleure reprise, ils sont mis en terre au printemps, aux alentours de fin avril, avant leur débourrage.

Une fois à la taille souhaitée, après 4 à 5 ans pour les catégories classiques (1,5 à 2,5 m) d’épicéas et 6 à 8 ans pour les Nordmann, les conifères sont coupés et les parcelles sont replantées, après un broyage des racines en profondeur.

Luc termine : « Nous essayons de replanter quelques arbres chaque année voire tous les deux ans, pour pouvoir suivre la demande des prochaines années. Nous analysons également les quantités vendues et les quantités disponibles au champ ».

« C’est notre moisson d’hiver »

En parallèle des sapins, Luc et Aurélien doivent également s’occuper de leurs bêtes. « Gérer les deux activités n’est pas toujours évident », interpelle Aurélien. « C’est assez fatigant. Ce sont des grosses journées, de 18 h ou 20 h pour le moment… Les vaches sont là et ont besoin d’être traites et nourries tous les jours ». Aux 110 vaches à traire, s’ajoutent les sapins qu’il faut couper et livrer quotidiennement. « On a hâte d’être à Noël pour pouvoir dormir », plaisante Aurélien. « C’est notre moisson d’hiver ! ».

Les deux agriculteurs savent s’entourer efficacement. De vendeurs sur leurs points de distribution mais aussi d’indépendants qui reviennent, chaque année, en renfort pour préparer la saison hivernale. « Nous partons à plusieurs pour couper, débarder, ramener ce qui se trouve au plus loin de la ferme. Je garde ainsi les parcelles les plus proches pour les récolter durant la saison », explique Aurélien. L’avant-saison demande le plus de main-d’œuvre, avec la préparation des emplacements de vente, du matériel, le marquage des sapins à couper et la constitution du stock.

« Nous commençons à couper les premiers sapins dès novembre, en fonction des commandes. Nous approvisionnons des communes et des restaurants qui en ont besoin assez tôt ». Il poursuit : « Nous ouvrons les emplacements aux alentours du 20 novembre pour les particuliers, plus pressés ».

Luc et Aurélien observent plusieurs pics de vente : un premier fin novembre, un deuxième juste après la Saint-Nicolas et un dernier à la mi-décembre. Le plus gros du travail se trouve donc derrière eux. Ils poursuivent la vente à la ferme, à Nandrin et Belle-île à Liège, jusqu’au 24 décembre : « On continue à avoir des clients puisque de nombreux points de vente sont fermés à cette date. On est un des seuls à rester ouvert aussi tard ».

De saison en saison, les préférences du client restent plus ou moins constantes. « Le Nordmann est le premier choix même si les gens ont tendance à suivre la mode et ce que les médias mettent en avant », précise Luc.

Proposer de la qualité et satisfaire la clientèle

L’année 2025 est un peu particulière, avec une pénurie de sapin. Le secteur a souffert de gelées printanières et de nombreuses parcelles n’ont pu être récoltées. « Même les grossistes ardennais ne parviennent pas à fournir tous leurs clients. De notre côté, nous allons pouvoir terminer la vente avec juste ce qu’il nous fallait », affirme Aurélien.

Le prix des sapins de la ferme Dubois varie entre 8 et 170 €, pour les plus grands Nordmann. Les tarifs sont fixés chaque année par les grossistes ardennais, qui tiennent compte du contexte du secteur et du marché. Selon Aurélien, la Belgique serait « la plaque tournante » du sapin. Il développe : « La demande à l’export est tellement importante qu’elle crée un déficit en Belgique. De nombreux conifères sont dès lors importés du Danemark, de l’Allemagne et de la Finlande pour être commercialisé chez nous. Par conséquent, nous ne gérons plus vraiment les prix nous-même ».

L’avenir du sapin n’en est pas pour autant négatif. « Nous sommes conscients de la qualité de notre travail et de notre produit, cela reste notre premier objectif. Les clients le constatent également et reviennent pour cela. Il y aura toujours un marché localement », poursuit Aurélien.

Au-delà d’une nécessité économique, cette diversification atypique de la ferme Dubois offre un réel épanouissement aux deux éleveurs. « Partir aux sapins, me permet de me défouler », déclare Aurélien. « Les couper et les charger est assez physique mais me donne aussi l’occasion de changer mes idées, de sortir de la ferme et de ses problèmes. On s’amuse bien dans les sapins ! ».

Il conclut : « La commercialisation est également un aspect positif de l’activité. Le contact avec les clients est très souvent valorisant et enrichissant. Cela nous permet de parler de notre travail et de la ferme. Durant les week-ends, les clients viennent régulièrement avec leurs enfants qui sont directement attirés par les vaches et les petits veaux, visibles depuis le magasin. C’est important de leur montrer notre métier ! ».

Astrid Bughin

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