Le retour d’une inquiétude structurelle

La baisse des prix du lait s’inscrit dans une séquence désormais familière, presque ritualisée, que les éleveurs belges et européens reconnaissent aussitôt. Depuis l’automne, les indicateurs se retournent les uns après les autres dans l’ensemble de l’UE. Entre octobre et novembre, le prix moyen du lait payé aux producteurs recule d’environ 20 €/t. Le mouvement se prolonge, sans surprise, comme si le marché retrouvait un chemin qu’il connaît trop bien.
En Belgique, la trajectoire est particulièrement marquée. Après avoir dépassé les 0,50 €/l en début d’année, le prix du lait est tombé en quelques mois autour de 0,35 €, avec la perspective, dans certaines laiteries, d’un passage sous les 0,30 €. Or, pour les éleveurs laitiers wallons, le seuil est connu : le coût de production, avant même la rémunération du travail, s’élève en moyenne à 0,46 €/l. Autrement dit, nombre d’éleveurs travaillent aujourd’hui à perte. Cette chute concerne l’ensemble du marché européen, mais la Belgique se distingue tristement par des prix parmi les plus bas de l’UE. Ce différentiel nourrit une inquiétude diffuse, rarement formulée sur le mode de la crise ouverte, mais profondément ancrée : celle d’un modèle où la fragilité économique n’est plus une exception, mais une donnée presque ordinaire du métier. Les causes sont identifiées. À l’échelle mondiale, la production progresse, portée notamment par une hausse significative des volumes européens au second semestre 2025. En Wallonie, la collecte a atteint à l’automne des niveaux rarement observés, en forte augmentation sur un an. Cette abondance pèse sur les marchés du beurre et de la poudre de lait, et le prix du lait s’ajuste, rapidement, mécaniquement, sans véritable amortisseur.
L’inquiétude ne se limite plus aux fermes : elle est désormais remontée jusqu’aux enceintes européennes, où les ministres de l’Agriculture constatent un déséquilibre croissant entre une offre en hausse et une demande insuffisante, au point de remettre sur la table l’ensemble des instruments de marché disponibles. À la commission, le ton demeure mesuré : le commissaire Hansen reconnaît une dégradation rapide de la situation, tout en se refusant encore à parler de crise. En Belgique, cette tension européenne entre en résonance avec une réalité plus aiguë encore : malgré les annonces et les dispositifs de concertation, la question du prix payé aux producteurs reste entière, dans un contexte où les achats en dessous des coûts de production continuent d’être tolérés.
La Fugea et l’EMB (European Milk Board) sont quant à eux sortis du bois pour appeler à une réduction rapide des volumes et à une régulation plus structurelle du marché, tandis que la responsabilité immédiate se joue aussi dans la chaîne alimentaire, afin d’éviter que les exploitations ne deviennent, une fois de plus, la variable d’ajustement.





