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Janvier, un mois sous régime moral

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Chaque début d’année voit refleurir les injonctions aux bonnes résolutions. Depuis quelques saisons, janvier s’est imposé comme le mois de la purification contemporaine : sans alcool, sans viande, sans produits animaux. Après le « Dry January », voici le… « Veganuary ». Deux initiatives présentées comme ludiques, temporaires et volontaires. Deux symptômes, aussi, d’une même évolution culturelle, où l’abstinence tend à se confondre avec le progrès.

L’intention, en apparence, est positive. Réduire sa consommation d’alcool, interroger ses habitudes alimentaires, alléger son empreinte environnementale : autant d’objectifs largement partagés. Mais à mesure que ces défis gagnent en visibilité et en légitimité médiatique, ils cessent d’être de simples démarches individuelles. Ils s’inscrivent désormais dans un discours normatif plus large, où la santé, l’éthique et la morale s’agrègent en un récit prescriptif. Éviter l’alcool, manger végétal, une initiative qui émane majoritairement de milieux urbains, diplômés, socialement favorisés. Dans les deux cas, l’abstinence est valorisée comme un signe de lucidité, voire de responsabilité collective. À l’inverse, la persistance de pratiques traditionnelles (boire un verre, consommer de la viande) se trouve implicitement disqualifiée, reléguée au rang d’habitude dépassée ou de faiblesse individuelle. La différence, toutefois, est de taille. Là où le « Dry January » interroge un usage, le « Veganuary » remet en cause une filière entière. Derrière le défi d’un mois se dessine un projet plus global, assumé par ses promoteurs : celui d’une société affranchie de toute production animale. Ce glissement, souvent édulcoré dans la communication publique, n’est pas sans conséquences pour les territoires agricoles, et singulièrement pour l’élevage. Présenter l’abandon des produits animaux comme un horizon souhaitable, fût-ce sur un mode expérimental, revient à fragiliser symboliquement un secteur déjà soumis à de fortes pressions.

À force de vouloir corriger les comportements sous le prisme exclusif de la santé et de la morale, on en vient à oublier que l’alimentation est aussi un fait culturel, social et territorial. Et que l’agriculture, loin d’être un vestige du passé, demeure un enjeu central de notre avenir commun. Janvier s’ouvre dans l’épaisseur de l’hiver et appelle surtout une cuisine qui réchauffe les corps et les conversations : une choucroute fumante posée au centre de la table, des viandes généreuses, des fromages qui ont pris le temps de mûrir. Ces plats disent la saison, le terroir, la convivialité retrouvée autour d’un verre rassembleur. Ils rappellent, contre les prescriptions du moment, que manger est d’abord un plaisir vécu ensemble, avant d’être un acte à corriger. À votre santé, et meilleurs vœux pour une année fidèle au goût des choses partagées !

Marie-France Vienne

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