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Les entrepreneurs s’estiment fragilisés par les bouleversements dans les filières betterave et chicorée

Alors que les filières betterave et chicorée traverse une période de profondes mutations, les entrepreneurs agricoles spécialisés dans l’arrachage estiment avoir du mal à faire entendre leur voix, en dépit de leur rôle crucial dans la chaîne d’approvisionnement, entre le champ et l’usine.

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Ces entrepreneurs rappellent que leur métier repose sur une expertise technique rare mais aussi sur des machines extrêmement spécifiques et coûteuses. Les montants engagés sont tels qu’ils requièrent des amortissements sur minimum sept ans minimum. « Il est donc essentiel d’avoir des garanties de production sur une longue période », clament-ils.

Et d’ajouter : « Cette stabilité financière se trouve pourtant menacée par la réduction des surfaces cultivées. Des réductions des emblavements ont été annoncées pour 2026 par les deux principaux sucriers belges. Cette contraction constitue un choc pour les entrepreneurs qui n’ont que deux clients possibles en Belgique, parfois un seul selon la région, ce qui rend la moindre décision industrielle structurante, voire déterminante pour la survie de leur activité ».

Cette pression financière est également ressentie par les entrepreneurs lorsque des parcelles, tant de betteraves que de chicorées, ne sont pas récoltées. « Nous mobilisons nos machines, planifions nos équipes et supportons les frais fixes, sans recevoir de compensation. Alors que les agriculteurs bénéficient d’une compensation financière importante, ce qui est légitime. » Ils estiment donc que leur modèle économique s’en trouve déséquilibré, « d’autant que, dans le prix facturé à l’agriculteur, 60 à 70 %, représentent l’amortissement de la machine, une part incompressible ».

De nombreuses difficultés

« À cette pression financière s’ajoute une pression organisationnelle croissante », estiment encore les entrepreneurs, pointant des exigences industrielles accrues et des plannings de plus en plus serrés et changeants.

« La coordination générale reste perfectible. La planification entre betterave, chicorée et régions manque encore de concertation avec les entrepreneurs. Il n’est ainsi pas rare d’observer des arracheuses travaillant à flux tendu dans une zone, alors que plusieurs machines restent immobilisées dans la région voisine », constatent-ils encore.

Ces difficultés surviennent alors même que la Belgique fait partie des zones aux meilleurs rendements sucriers d’Europe. Cette performance, reconnue au niveau européen, repose non seulement sur la qualité des sols et le savoir-faire des planteurs, « mais également sur la disponibilité opérationnelle des entrepreneurs d’arrachage ». Ceux-ci l’affirment haut et fort : « sans leur travail, aucune betterave, même d’excellente qualité, ne parvient jusqu’à l’usine ».

Un métier à sécuriser

Face à ces défis, les entrepreneurs expriment aujourd’hui une volonté claire : participer activement à un dialogue constructif avec les industriels, les planteurs et les pouvoirs publics. Leur objectif est de sécuriser leur métier et de contribuer à une organisation plus efficace de la filière, notamment par une meilleure coordination des arrachages entre régions et entre cultures, une reconnaissance officielle de leur rôle dans la chaîne de valeur, un cadre équilibré de compensation en cas de non-récolte, et une prise en compte réelle de l’évolution du coût du matériel, du travail et de l’énergie.

Dans un contexte où les surfaces diminuent, où les machines ne réaliseront plus les volumes anticipés au moment de leur achat et où la pression économique s’intensifie, « préserver les entrepreneurs agricoles revient à préserver l’ensemble de la filière », disent-ils. Car sans eux, aucune récolte ne quitte les champs, aucune usine ne tourne, aucun sucre ne quitte les lignes de production. « Protéger ce maillon essentiel, c’est protéger toute la chaîne », concluent-ils.

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