Le souchet comestible : un envahisseur discret
Le souchet comestible… Ce nom ne vous dit sans doute rien mais vous feriez bien de le retenir. Cette plante, aux allures de graminées, est encore méconnue dans la majorité des campagnes wallonnes. Dans le nord du pays, par contre, elle prend de plus en plus d’ampleur…

Le souchet comestible, Cyperus Esculentus de son nom latin, fait partie de la famille des Cypéracées, au même titre que le carex, le jonc ou encore le roseau. Il ne s’agit donc pas d’une graminée. Dans nos régions, cette famille est très peu cultivée.
Cette monocotylédone vivace et envahissante, une fois installée, est très problématique. Elle ne posera aucun problème en termes de qualité et de commercialisation des productions agricoles mais bien lors de la culture.
Le souchet comestible est, comme son nom l’indique, comestible ; les pays d’Afrique du nord en sont d’ailleurs très friands. Il peut être aussi connu sous les noms de souchet sucré, souchet tubéreux, amande de terre ou encore châtaigne de terre. Des appellations qui semblent pourtant bien inoffensives…
Identifiable à sa tige triangulaire et ses tubercules
Au premier coup d’œil, le souchet se différencie difficilement d’une graminée. Seulement, certaines caractéristiques permettent heureusement de le distinguer rapidement. Parmi, celles-ci : sa tige triangulaire et sa production de tubercules.
Pouvant atteindre de 20 à 70 cm de haut, cette plante possède un feuillage mince et très allongé. Les feuilles ont une largeur d’environ 4 à 8 mm et sont disposées par trois autour de la tige. Cette faible largeur des feuilles complique la lutte chimique contre le souchet en réduisant l’efficacité des matières actives. En effet, le rapport entre la surface foliaire et la masse racinaire est très faible, ce qui rend l’assimilation par les feuilles négligeables face à la quantité de racines et de tubercules.
Lors de la floraison, un épillet de couleur rousse et au reflet doré est produit. Les graines ne sont pas le facteur principal de multiplication : la pérennité du souchet est assurée par les tubercules qui sont les seuls organes capables de survivre à l’hiver. Ces organes de persistance sont initialement de couleur blanchâtre et deviennent presque noirs après quelques années. Ils mesurent entre 5 et 15 mm de diamètre et peuvent se maintenir plusieurs saisons dans le sol avant de germer. Ils sont repartis sur différentes profondeurs : 80 % des tubercules se trouvent dans les 10 ou 15 premiers centimètres, les 20 % restants peuvent descendre jusqu’à 50 cm.
Agir rapidement
Les terres sur lesquelles se développe idéalement le souchet sont des parcelles sableuses ainsi que celles avec une bonne structure même en profondeur pour pouvoir y déployer ses tubercules. Le système racinaire du souchet est structuré et stratifié. Un amas dense et touffu de racines et de tubercules se situe dans 15 premiers centimètres. Entre les différentes strates, les racines sont beaucoup plus fragiles et se brisent à la moindre pression ce qui rend l’arrachage complet impossible. Il s’agit là d’un mécanisme de protection pour la plante.
Selon Pierre Ver Eecke, ingénieur à le Fiwap qui présentait le souchet lors de la journée de restitution du Centre Pilote Pomme de terre (CPP), aucun moyen mécanique de tamisage du sol ne suffira pour extraire les tubercules, les plus petits mesurant à peine 5 mm. Le conseil reste donc « d’avoir l’œil » et de repérer assez vite le souchet pour pouvoir le maîtriser et éviter son extension en profondeur.
Une multiplication exponentielle
Le souchet a une capacité de multiplication impressionnante et exponentielle : une fois installée dans une parcelle, il aura tendance à combler l’espace disponible.
D’un point de vue pratique, les tubercules germent au printemps, lorsque le sol se réchauffe. Des levées échelonnées sont toutefois observées, les tubercules étant situés à différentes profondeurs.
Le tubercule mère germé produit un rhizome qui se dirige vers la surface et développe un bulbe basal à son extrémité. Ce bulbe basal sera à l’origine d’une plantule qui croîtra rapidement. Ce dernier est aussi capable d’émettre de nouveaux rhizomes qui produiront soit de nouveaux bulbes basaux et donc de nouvelles plantules ou soit des tubercules. Les parties aériennes, racinaires et les tubercules peuvent donc se développer simultanément.

Un tubercule de souchet peut produire jusqu’à 5.000 bulbes sur une année. « Il suffit d’un tubercule mère pour envahir une parcelle saine ». Pierre Ver Eecke nuance : si le pied mère n’est pas touché, son expansion sur la parcelle sera lente. Par contre, il existe un risque important de contamination intraparcellaire et pluri-parcellaire, influencée par le travail du sol.
Mieux vaut prévenir que guérir
La lutte contre le souchet comestible reste complexe et repose sur une combinaison de leviers chimiques, mécaniques et préventifs.
La lutte chimique montre des résultats variables. Comme mentionné précédemment, l’efficacité des produits phyto, comme le glyphosate, reste limitée, notamment en raison de l’étroitesse de feuilles du souchet. Pour une meilleure réussite, il est indispensable que le produit pénètre bien dans la plante.
Ensuite, vient le problème de la levée étalée. En effet, les tubercules, situés à différentes profondeurs, germent progressivement au fur et à mesure du réchauffement du sol, entraînant des levées hétérogènes. Cette dynamique complique le positionnement des traitements. Par ailleurs, la question de la rémanence de certains produits efficace constitue une contrainte supplémentaire. À noter toutefois que, dans le maïs par exemple, la lutte chimique avec certaines matières actives peut s’avérer plus efficiente.

D’autre part, la lutte mécanique constitue également un levier important, bien que délicat à maîtriser. Le travail simplifié du sol tend à favoriser le développement du souchet. À l’inverse, le recours à des outils à dents permet de fragmenter et d’épuiser les réserves des tubercules. L’objectif est notamment de faire remonter ces derniers en surface afin de favoriser leur dessèchement.
Une vigilance particulière est toutefois nécessaire, car ces interventions peuvent également entraîner une dispersion des tubercules en dehors de la parcelle et contribuer ainsi à la propagation de l’adventice.
Enfin, la prévention joue un rôle essentiel dans la gestion du souchet. Un nettoyage rigoureux du matériel agricole est indispensable afin d’éviter la contamination des parcelles saines. Les tubercules peuvent en effet s’accrocher aux outils, en devenant collant une fois blessé, et être transportés d’une parcelle à l’autre.
Il est également recommandé de travailler en dernier les parcelles infestées et d’éviter le transport de terres potentiellement contaminées.
Certaines pratiques culturales permettent de limiter le développement du souchet, notamment l’implantation de maïs d’ensilage suivi d’une culture pérenne comme une praire ou de plusieurs cultures couvrantes telles que le blé, l’orge ou le colza. Ces rotations empêchent le souchet de germer au printemps et fatigue ainsi les tubercules. À l’inverse, les cultures de type pommes de terre, bulbes, oignons, betteraves, chicorées ou carottes sont à éviter dans les parcelles infestées.





