Produire malgré les secousses du monde

L’actualité des jours à venir devrait encore être rythmée par la guerre en Iran. Bien que celle-ci aurait dû être terminée en quelques jours seulement, selon les annonces répétées de Donald Trump, le conflit a rapidement pris de l’envergure, touchant de nombreux pays du Moyen-Orient. Le président américain multiplie les ultimatums à l’égard des dirigeants iraniens, sans résultat à la clé. Du moins, pour le moment.
Ces quelques jours se sont donc transformés en plusieurs semaines. Et bientôt mois ? Avec les conséquences que l’on connaît, notamment sur le commerce international et, plus encore, sur le prix des produits pétroliers et de leurs dérivés.
Ce conflit implique plusieurs membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) dont les installations ont été touchées à maintes reprises, réduisant leur capacité de production et d’exportation de pétrole et de gaz. Par ailleurs, la fermeture du détroit d’Ormuz ralentit grandement le transport et la livraison de ces produits cruciaux pour l’économie mondiale.
L’agriculture européenne souffre de ce conflit. Son impact se fait ressentir via les marchés des intrants, qu’il s’agisse des carburants destinés aux engins agricoles ou des fertilisants. En effet, un tiers des engrais transite via le détroit d’Ormuz, tandis que leur production repose massivement sur le gaz naturel. Sans surprise, la situation pèse déjà lourdement sur nos fermes et entreprises de travaux agricoles, mais aussi sur les acteurs de l’amont et de l’aval.
Si la situation venait à se prolonger, les agriculteurs européens, déjà éprouvés, pourraient voir leurs marges se réduire, entre coûts de production en hausse et prix de vente ne suivant pas systématiquement la même courbe.
En parallèle, ce conflit nous rappelle une certaine dualité entourant notre agriculture. D’une part, le monde politique, tout niveau de pouvoir confondu, répète à l’envi combien il est important de soutenir notre modèle agricole européen afin d’en assurer la pérennité mais aussi de préserver notre sécurité alimentaire. D’autre part, les annonces ne se concrétisent que trop peu souvent sur le terrain, mettant éleveurs et cultivateurs dans l’incertitude face à leur avenir.
Une production alimentaire européenne et qualitative implique de disposer des surfaces nécessaires, d’élever suffisamment de bétail, d’alléger les cadres réglementaires contraignants, d’obtenir des prix rémunérateurs… mais avant tout et surtout de pouvoir compter sur des agriculteurs motivés, soutenus et en mesure de poursuivre leur métier.
À mesure que le conflit iranien s’enlise et redessine les équilibres entre puissances mondiales, une certitude demeure : la résilience de notre agriculture ne se décide pas à coups de législations et de discours. Elle s’inscrit ici et maintenant, avec des agriculteurs que l’on choisit – ou non… – d’accompagner réellement.





